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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Les marches du trône

Les marches du trône
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 et les allées de la foire    

 

Dans le précédent billet était présenté rapidement le modèle proposé par Teilhard de Chardin pour décrire l’évolution sur notre planète. Il présentait en quelque sorte l’Humanité comme trônant au sommet d’une estrade, dominant mentalement et opérationnellement par ses capacités intellectuelles le reste de la création. Son ouvrage date de 1955 et le temps passe vite.

 

Revoyons-le un peu, à la lumière des avancées de la recherche scientifique.

 

Sa réflexion est inscrite dans le temps, donc ne peut démarrer qu’au moment du « big-bang ». Il est possible cependant de remarquer que l’univers physique qui en est issu dans la figuration proposée repose sur une strate sous jacente, constituée du domaine de la physique quantique. Cela n’a aucune importance, le point alpha du raisonnement peut très bien être placé au moment de la constitution du globe terrestre. C’est le futur qui intéresse.

Le raisonnement logique humain est essentiellement dirigé vers la recherche d’arborescences de causes à effets. Il s’inscrit forcément dans une vision temporelle des réalités.

Il est tout à fait possible de s’évader de ce tropisme par l’utilisation de la logique mathématique où la dimension temps n’est qu’une dimension parmi d’autres, utilisée ou non dans les raisonnements. C’est indispensable pour fouiller les composantes de la strate quantique mais elle n’est pas prise en compte dans le schéma proposé par Teilhard.

 

L’empilage proposé de domaines chaotiques, chacun en complexification croissante au cours du temps, comme les ramures étagées d’un arbre, suggère de chercher des aides conceptuelles dans les études plus récentes menées sur les milieux chaotiques, ne serait-ce que pour le vocabulaire.

Ces études mettent en particulier en évidence que, dans un milieu perçu comme chaotique, sans règles apparentes, des « émergences » insoupçonnées se révèlent. Elles se manifestent par la découverte d’un « ordre » jusque là inapparent. Ainsi, les caprices du temps qui ne trouvaient aucune autre explication que magique ont été décryptés sur des bases scientifiques et la météorologie a fait faire progresser considérablement la prévision.

 

Toute novation représentative d’un « ordre nouveau », jusque là inapparent, est concrétisée par des règles vérifiées scientifiquement et se manifeste rarement avec l’évidence de l’éclair. De brutales révélations telles que celles symbolisées par la baignoire d’Archimède ou la pomme de Newton restent des exceptions. Les règles qui s’imposent finalement pour la compréhension des phénomènes sont généralement le fruit de tâtonnements conceptuels progressifs.

 

Dans notre recherche de sens à l’évolution, bien sûr, c’est la sphère cognitive, la noosphère de Teilhard, et sa prolifération en de multiples rameaux, qui fascinent. Les strates subalternes sont déjà largement sous les projecteurs de la recherche scientifique. Néanmoins quelques novations n’ont guère été soulignées mais elles concourent au fonctionnement de notre strate en expansion. Alors faisons-le.

 

La première est la notion d’identité et d’historique. Dans la géosphère, tous les composants ne sont connus que par leur genre, molécule d’un certain type, océan, cristal de ceci ou de cela, etc. L’inscription possible de chacun de ces composants élémentaires dans un cursus temporel, si l’on prend le soin de les identifier individuellement, permet de leur associer un historique et de rendre unique leur prise en considération. Le Mont Blanc n’est pas l’Everest et ne lui est pas substituable dans un raisonnement sur la tectonique des plaques au cours du temps. L’évolution n’est pas réversible.

 

Une autre intervient dans l’étude de la biosphère, l’identité liée au matériel génétique d’un être vivant. Si l’on veut prendre en compte de manière fine les lois qui régissent ce domaine, tout particulièrement le Darwinisme qui y joue un rôle important, c’est indispensable. Il apparaît ainsi de manière indiscutable les fractures entre l’individu, sa variété, son espèce, son genre. C’est la distinction formelle et probante entre un individu humain et « les autres ».

Certes, les manipulations génétiques peuvent introduire des remue-ménages dans le Darwinisme, mais la base sera toujours là en arrière-plan, le jeu de la sélection naturelle dans le domaine du vivant soumis à une concurrence inter-espèces et intra-espèce.

 

Les novations présentées par la sphère cognitive, les plus fondamentales pour son développement et sa complexification, ont été d’abord l’intelligence symbolique, la capacité pour le cerveau de traiter des concepts abstraits, indépendants des affects opérant, conscients (par exemple les ressentis sensibles) ou inconscients (par exemple l’effet de réflexes innés ou acquis). Elle marque la frontière entre le monde animal et l’humain.

Ensuite la représentation symbolique des mots du langage : l’écriture.

Elles ont installé l’espèce humaine sur un trône pour dominer (et asservir) les constituants des strates inférieures. A elles deux, elles ont permis le développement de plus en plus explosif du « phénomène humain », la prolifération accélérée de l’étage de la pensée humaine, dans ses multiples directions.

 

En première approche, nous pouvons citer les plus apparentes :

  • la recherche scientifique, basée sur l’élaboration d’hypothèse vraisemblables et la recherche de confirmations dans l’exploration des réalités objectives.
  • la pensée magique, justement destinée à fournir des explications à toutes les constatations psychologiquement dérangeantes (voir le triangle de Sigaut dans le billet précédent) et qui ne trouvent pas de justifications logiques avérées par des constats objectifs. Elle ne se limite pas aux croyances religieuses mais elle investit tout le champ opérationnel, partout. Les échecs répétés des gesticulations politico-financières dans la crise multidimensionnelle actuelle en témoignent par exemple.
  • les mathématiques. Elles reposent sur la démarche qui consiste à concevoir conceptuellement des « objets mathématiques », purs concepts parfaitement définis, mais en vrac, et à trouver et définir les liens logiques qui permettent de les relier dans une cohérence sans faille. Elles sont une aide devenue indispensable pour les démarches de type scientifique.
  • les innovations technologiques, dans tous les domaines, industrie, agriculture, gestions administratives, finances, politique, communication, loisirs, etc.
  • la gestion de l’information, qui est devenue un monde à part. Elle s’applique indistinctement à tous les types d’informations, exactes (reposant sur des constats objectifs), erronées volontairement ou non, fantasmatiques liées à la pensée magique, etc.

 

Toutes ces novations permettent à chaque être humain de se constituer son propre ensemble de convictions, d’essayer en insérant des liens entre elles, d’en constituer un système (au sens de la systémique) cohérent, afin de gérer lui-même son propre ressenti psychologique. Ceci est indispensable pour décider de ses comportements.

 

En somme, la sphère cognitive se présente comme un vaste foirail, sans clôtures. Chacun peut y installer sa boutique, qu’elle soit minuscule ou envahissante, qu’il soit du genre « Nobel », ou « lapin crétin » (quel genre a-t-il le plus de followers ?)

 

Une remarque en passant mérite d’être faite.

Dans le langage savant, une vérité assimilée à une réalité dans les raisonnements qui y font référence, est appelée « axiome ». Chaque être humain se constitue son « système d’axiomes » comme point de repère. Il lui est propre même si des similitudes existent entre familles conceptuelles. Ces axiomes présentent des liens entre eux, ce qui permet de les considérer comme un « système individuel spécifique ». Leur apparente cohérence globale est indispensable pour sauvegarder le confort psychologique de leur collectionneur.

Il se trouve que dans les mathématiques, la notion de système d’axiomes est bien connue. Elle permet d’isoler un ensemble de postulats et autres objets mathématiques liés entre eux afin de les étudier sans être distrait par d’autres objets mathématiques sans interférences décelables, afin de décrypter leurs liens et mieux cerner leur connaissance. Rien n’empêche d’appliquer à un système quelconque d’axiomes le raisonnement mathématique. Il suffit de les considérer comme des objets mathématiques, des postulats, des démonstrations, des équations ou des « fonctions » par exemple, sans aller plus loin, et de ne rechercher qu’en premier lieu leurs liens et leur cohérence, s’assurer qu’il n’existe pas d’incohérence dans les raisonnements existentiels.

 

Le mathématicien Kurt Gödel (1906-1978) a démontré qu’un système d’axiomes ne pouvait être à la fois être complet, pouvoir se suffire à lui-même aussi loin que l’on pousse les raisonnements, et être cohérent, c'est-à-dire ne comportant aucun axiome réfutable. C’est « le théorème d’incomplétude » de Gödel.

Comme quoi la pensée magique ne pourra jamais être évacuée d’un ensemble de convictions individuelles, elle a tout l’avenir devant elle. Nous pouvons même constater qu’elle n’a jamais été autant diversifiée, complexification de la sphère cognitive oblige.

Le recours perpétuel à la « langue de bois » et la manipulation de l’information, de la part des commentateurs officiels de l’actualité, sont une façon de masquer la vacuité des raisonnements en vigueur, sans affronter le risque de démentis flagrants de la part des réalités.

 

Si nous cherchons une piste pour situer la position probable d’un « bourgeon sommital » éventuel, point de départ pour une poussée de l’évolution vers un « point oméga » synonyme de Vérité d’ordre supérieur, nous avons la possibilité de considérer les différents domaines de la sphère cognitive afin d’y déceler l’endroit où la porte est ouverte vers un saut métaphysique, vers une strate de nature complètement différente. Si nous trouvons des indices, nous seront cependant confrontés à un mur infranchissable pour notre logique intellectuelle actuellement en fonctionnement. Les éléments de la géosphère sont confrontés à la logique de la biosphère et la science n’est toujours pas capable d’expliquer ce qu’est la Vie. Elle est un constat, c’est tout.

Les êtres vivants sont confrontés à l’intelligence symbolique des êtres humains. Ils restent, sauf notre espèce, enfermés dans l’Animalité et ils sont bien forcés de se soumettre à la dominance de l’Humanité.

Comment pourrait-on croire à la possibilité de comprendre le fonctionnement d’une strate d’ordre supérieur avec notre simple intelligence humaine ?

 

… à plus … 

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A
La réponse la plus juste à une question de science est actuellement d'ordre mathématique ou logique, et mérite le qualificatif d'exact, de conforme au fonctionnement du monde matériel tel qu'il s'impose à nos sens. Ce n'est le cas que dans les rares société laïques où la vérité scientifique a pris de l'ascendant sur la vérité religieuse. Il fut un temps où la réponse la plus juste au fonctionnement du monde matériel était d'ordre biblique ou coranique ou autre, en tout cas révélée aux hommes par leur créateur tout puissant.<br /> <br /> De même, la réponse la plus juste à une question de société est actuellement d'ordre juridique ou légal, et mérite le qualificatif d'adéquat, de conforme au fonctionnement de la société humaine telle que nous la percevons, ou telle qu'elle s'impose à nous. Ce n'est le cas que dans les rares sociétés laïques où règne l'état de droit plus que la loi de Dieu ou de son Eglise. Il fut un temps où la réponse la plus juste au fonctionnement et aux dysfonctionnements de la société humaine était d'ordre biblique ou coranique ou autre, en tout cas révélée aux hommes par leur créateur tout puissant.<br /> <br /> Il n'y a rien de magique à croire qu'il vaut mieux s'en remettre à une institution judiciaire pour régler nos différents, de même qu'il vaut mieux s'en remettre à nos scientifiques pour connaitre le fonctionnement des planètes, d'un moteur à essence ou de la génétique.<br /> <br /> "Tu ne jugeras pas" se lisait quand Dieu était le juge suprême et le révélateur exclusif du fonctionnement de sa création. C'est devenu "nul ne peut se faire justice à soi-même", et dans les rares pays où cette maxime est appliquée, nous l'acceptons volontiers pour notre fonctionnement social, de même que pour le fonctionnement du monde matériel nous acceptons volontiers qu'une terre composée d'atomes tourne autour du soleil.<br /> <br /> Quant aux constats objectifs irréfutables, n'est-ce pas ceux que posent les croyants. Les autres, ceux qui doutent et qui cherchent, ne trouvant que des lois toujours réfutables, et souvent réfutées?
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A
"Comment pourrait-on croire à la possibilité de comprendre le fonctionnement d’une strate d’ordre supérieur avec notre simple intelligence humaine ?"<br /> <br /> A moins d'ériger en vérité votre erreur typographique disant que " notre logique intellectuelle actuelle mentirait en fonctionnement", la notion d'incompréhensible est un concept que nous pouvons concevoir, comme le concept de paradoxe, comme le concept de " strate d’ordre supérieure".<br /> <br /> Et de même que " rien n’empêche d’appliquer à un système quelconque d’axiomes le raisonnement mathématique" (ou logique), pour créer un système qui "ne peut être à la fois être complet, se suffire à lui-même aussi loin que l’on pousse les raisonnements, et être cohérent", de même, nous pouvons créer un système qui "ne peut être à la fois être complet, se suffire à lui-même aussi loin que l’on pousse les raisonnements, et être cohérent", et qui inclut les axiomes d'incompréhensibilité et de strate d'ordre supérieur.<br /> <br /> Enfin, où situez-vous dans votre liste de "phénomènes humains" le phénomène des lois, conventions, traités, règlements, tout le domaine du juridique, qui s'impose à nous de façon parfois naturelle, parfois contraignante et institutionnalisée, et qui régit de façon très diverse, d'innombrables aspects de notre vie en société?<br /> <br /> Par exemple, nous sommes passés du prescrit instinctif et animal "tu tueras pour assurer ta survie ou pour assouvir une pulsion" au prescrit divin "tu ne tueras pas" (sauf peut-être pour des motifs que Dieu ne peut qu'approuver, selon ses plus fidèles serviteurs), et au prescrit juridique "tu ne tueras que si la société l'autorise par la Loi, sinon, c'est, selon les cas, vingt ans de prison, la guillotine, la chaise électrique, la lapidation, ou le drone téléguidé".<br /> <br /> Les lois mathématiques comme les lois juridiques ne décrivent-elles pas toutes les deux ce qui est juste?
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E
Erreur typo réparée. Merci.
E
Dans mon billet, je ne crois pas avoir fait allusion à une « justice », c’est un mot trop ambigu. J’ai même lu quelque part « tu ne jugeras pas », sans doute pour déconseiller à chacun de tomber dans cette ambiguïté. <br /> Le mot « exact » est préférable. Il permet de se baser sur l’existence de preuves, sous forme de constats objectifs indiscutables, ou de vérifications scientifiques. <br /> Par définition, le raisonnement mathématique est au service de l’exactitude, néanmoins avec l’incertitude potentielle soulevée par Gödel quand à la complétude des axiomes.<br /> <br /> Pour ce qui concerne les règlements et les lois, juridiques ou autres, prétendre leur attribuer une quelconque exactitude, une correspondance entre leurs objectifs prétendus et leurs résultats objectifs, serait du ressort de la pensée magique plutôt que de la vérification scientifique (si j’en juge …).<br /> Je les ai incluses dans les le foisonnement technologique, au titre du développement des innovations politiques.