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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Avec mes gros sabots

                               dépannage 1

Régulons, régulons

 

Le prix Nobel d’économie vient d’être attribué à un Français, Jean Tirole. Certains commentateurs y voient un trait d’humour de l’Académie Suédoise en face des brillantes démonstrations de la France en matière de réussite économique.

Toujours est-il que je ne connaissais pratiquement pas les mérites de ce chercheur, très discret semble-t-il à l’égard des médias qui font l’opinion. Afin d’apprécier ses apports dans un domaine qui m’intéresse, j’ai donc consulté les articles que j’ai trouvé le concernant.

Un mot y revenait chaque fois, le mot « régulation », sans toujours préciser de quoi il s’agissait. Avant d’aller plus loin, le sujet étant vraiment au centre de la nécessité de réforme systémique, pour le moment, je me suis arrêté sur le mot.

 

Sauf avis contraire, réguler consiste à édicter des règles et à les faire appliquer autoritairement. En l’occurrence, la régulation évoquée est celle qui est effectuée par la gouvernance étatique. Quand il s’agit d’invoquer simultanément les gouvernances françaises et européennes, la question se complique déjà, bien sûr.

 

D’une certaine manière, globalement, la France est une championne en matière de régulation économique. Les textes applicables dans tous les domaines qui impactent l’économie de façon ou d’autre représentent plusieurs bibliothèques. Regardons-y de plus près :

- Leur cohérence est problématique car ils ont été élaborés par le pouvoir temporairement en place, en fonction des préoccupations du moment, sans rechercher un quelconque objectif d’ensemble (à terme et faisant consensus). Ils vont dans des détails tellement tatillons que les connaître tous et les respecter est une prouesse. Ils ont été concoctés à partir de bases où interfèrent aussi bien des considérations politiciennes au ras des intérêts électoraux de certains, les pressions de lobbies, les oukases syndicaux, le fameux principe de précaution figurant dans notre constitution, etc. Ils sont une galerie d’exposition édifiante des tabous et totems qui servent de points de repère à  notre gouvernance.

- Ils ont été établis par des personnes ignorantes des réalités du terrain opérationnel et des évolutions en cours. Ils ont comme principe élémentaire de dire ce qu’il ne faut pas faire et non ce qu’il faut faire. Ce n’est pas très moteur pour une dynamique de progrès.

- Enfin, leur élaboration et leur faisabilité sont souvent justifiées par des études statistiques. J’ai déjà abordé ce sujet en notant deux choses. Premièrement, les statistiques sont en grande partie fallacieuses car elles reposent pour beaucoup sur des circulations de liquidités, chiffrées en utilisant des valeurs manipulées à outrance par la spéculation. Deuxièmement, elles reflètent le passé. Elles reviennent à ne regarder que ce que montre le rétroviseur alors que le véhicule avance sur une route inconnue, dans un paysage économique en perpétuelle mutation. Pour aller de l’avant, c’est quand même inquiétant !

 

Dans le meilleur des cas, des experts opérationnels sont consultés. Mais comment sont-ils choisis  et par qui ?

Pour aborder à cet égard certaines modalités pratiques de la consultation, je vais prendre mes gros sabots et aborder un domaine particulier, jamais évoqué tant il apparaît plus que les autres dégagé des intérêts particuliers : la normalisation. Elle est le parapluie emblématique des ignorants myopes régulateurs.

Ayant fait partie de quelques commissions de normalisation à l’AFNOR, je peux en donner ma vision de prétendu expert (à une certaine époque et dans un domaine circonscrit), désigné par ses pairs. Aux yeux des naïfs, c’est toujours gratifiant pour un CV, même si je n’étais pas des plus assidus aux séances.

 

Une norme est d’abord un recueil de bonnes pratiques, identifiées par des hommes de terrain. Son contenu fait l’objet de débats entre « experts », honnêtes intellectuellement, mais qui proviennent essentiellement de grosses structures, donc qui n’ont généralement qu’une vision réduite de ce qui se passe dans les PME. Pour arriver à un consensus, il leur est nécessaire de ne retenir que ce qui est suffisamment généralisé, autrement dit ce qui est déjà entré dans une certaine routine.

Pour garder une cohérence internationale, une norme fait souvent l’objet de concertations au sein de l’ISO (organisme européen de normalisation), ce qui en accentue l’imperméabilité aux innovations, celles-ci étant nécessairement toujours localisées au départ.

Une norme met plusieurs années à se concocter avant d’être publiée, ce qui ne peut que conforter son côté « sagesse des anciens un peu dépassés ». Ce n’est absolument pas un facteur dynamisant. D’ailleurs, dès qu’une norme a été (enfin) publiée, le collège d’experts consulté ne pense qu’à la prochaine version, qui intègrera les idées intéressantes survenues entre temps et laissées en observation pour faire leurs preuves.

 

Contrairement à ce que pensent la plupart des gens, une norme n’a aucune caractéristique exécutoire. C’est une aide pour ceux qui veulent se situer par rapport à une problématique professionnelle.

 

Mais les régulateurs étatiques, ignorants et myopes comme leurs prouesses le démontrent, veulent très souvent une caution opérationnelle dans leurs efforts d’égalitarisme forcené.  Ils cherchent à bénéficier d’un support concret pour contrôler la bien-pensance qu’ils veulent imposer, une sorte de « check list ».

Dès qu’une norme leur semble utilisable, ils se dépêchent de la rendre exécutoire pour faire état de leur prétendue bonne connaissance du dossier. Croyant être à la pointe du progrès, ils ne font que le freiner.

Certes, des normes imposées sont nécessaires dans des domaines comme la santé publique ou le respect de l’environnement. Elles peuvent aussi être utiles comme obstacle aux importations inopportunes. Mais pour le reste, y voir un outil propre à doper la croissance est une complète illusion.

 

En l’occurrence, en parlant de la normalisation, la régulation dont il s’agit est une régulation microéconomique. Regardons les choses d’un peu plus haut.

 

La macroéconomie est la prise en observation d’un système hypercomplexe et s’auto-générant, celui qui résulte d’une foultitude de décisions microéconomiques, celles des acteurs de base. C’est la microéconomie qui est le moteur des évolutions, c’est elle qui arbitre la réalité de manière factuelle, par la mise en œuvre de l’opérationnel économique élémentaire. La difficulté fondamentale n’est pas de dégager du « y a qu’à faut qu’on » macroéconomique, si intelligent soit-il, c’est de transformer une vision globale en un ensemble d’éclairages focalisés sur les tâches élémentaires, et cohérents entre eux.

En accumulant les règles administratives à visées parcellaires et incohérentes, sans études prédictives globales, la gouvernance française a conduit le pays à la paralysie économique. C’est le résultat du jacobinisme primaire de l’activité politicienne en vigueur chez nous, et cultivé avec assiduité par les partis, quels qu’ils soient.

 

Nota  (voir Wikipédia) : Le mot jacobinisme désigne aujourd'hui une doctrine qui tend à organiser le pouvoir de façon très administrative (bureaucratie) et très centralisée (centralisation) et à le faire exercer par une petite élite de techniciens (technocratie) qui étendent leur compétence à tous les échelons géographiques et à tous les domaines de la vie sociale afin de les rendre uniformes, …

 

J’arrête ici mes observations irrévérencieuses qui ne risquent que de tomber dans l’oreille de sourds. Il me faudrait l’appui d’un titulaire de prix Nobel en activité mais ne délirons pas, ceci n’est que de l’humour en gros sabots.

 

… à plus …

 

 

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