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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Théorie du complot et pragmatisme à trop courte vue

 

 

 antiaméricanisme 1  

 

Quid de l’antiaméricanisme ordinaire ?

 

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, un antiaméricanisme latent existe dans notre pays. J’en suis moi-même porteur dans mon for intérieur, et je ne m’en cache pas. Peu importent ses origines, que ce soient la méfiance du Général De Gaulle à leur égard, les retombées de la guerre froide, ou une analyse rapide des évolutions de l’Economie mondiale à partir des trente glorieuses. Le fait est que les prises de position américaines et les conséquences qui en découlent sont une composante majeure évidente de la situation présente au niveau mondial. Or la situation mondiale actuelle est évidemment dominée par une grande crise multidimensionnelle.

Ce que je trouve inquiétant c’est que, dans les médias et les propos habituels, les situations mondiales regrettables (oh combien !) soient présentées comme résultant d’un vaste complot animé par une minorité d’oligarques au service d’une hégémonie américaine. C’est une « pensée unique » omniprésente mais sans perspective opérationnelle possible. Ce n’est qu’un dérivatif intellectuel et stérile.

 

Un complot nécessite des comploteurs, avec des objectifs communs, et des actions concertées sur la base d’objectifs stratégiques déclinés en tactique et actions opérationnelles sur le terrain. Un complot peut être déjoué si l’on connaît les comploteurs, leurs objectifs, leur tactique, leur mode opérationnel. Si ces constituants n’existent pas ou ne sont pas détectables, toute action contre les réalités inadmissibles est impossible en l’occurrence.

 

Il se passe, ou il s’est passé, de nombreux événements qui ont installés les Etats-Unis dans la position qu’on leur reproche. Citons en quelques uns.

 

Les accords de Bretton Woods ont placé les US dans une position unique, qui les mettait sur orbite. Cette concertation internationale avait pour objectif de réorganiser les finances internationales pour faire face aux défis de la reconstruction de l’Economie mondiale complètement désorganisée à la suite de la guerre. Plutôt que d’adopter une monnaie de réserve universelle, un artefact tel que le Bancor de Keynes, plutôt donc que d’aller en terrain complètement inconnu, par pusillanimité, les participants ont choisi de prendre le Dollar comme monnaie de réserve. Ils ont créé de concert la Banque Mondiale et le FMI. De fait, ils remettaient la finance aux bons soins de l’actionnaire principal et de loin de cette « entreprise » mondiale, ainsi créée. De là à y voir un complot ourdi contre les intérêts des autres pays, il y a un pas qui n’a rien d’évident.

 

La non-convertibilité du Dollar dans le courant des trente glorieuses qui s’ensuivirent n’a rien eu d’un complot. Nixon était un magouilleur au présent, pas un comploteur stratégique à longue vue. D’autres pays avaient déjà fait ce choix et les US avaient de grandes difficultés à concilier les deux aspects du Dollar, monnaie domestique et réserve de change, dans une période de commerce mondial en plein boum. Ce faisant, ils ont inconsciemment confié leur gouvernance politique à la tutelle de Wall Street, qui n’avait plus aucun frein pour jongler avec les monnaies et l’utilisation spéculative du crédit.

 

Les US, de par leur origine, ont une population beaucoup plus entreprenante que notre vieux pays, qui préfère la parlote philosophico-culturelle à l’action pragmatique. Elle refuse dans sa majorité (confère les mécomptes récents d’Obama) les mesures qui (pense-t-elle) limitent ou noient sous la paperasse toutes les initiatives de création et de développement. Les études à vocation technologique y ont la cote. Le pays attire les esprits dynamiques qui s’étouffent ailleurs. Dans ces domaines, leur avance par rapport à certains pays émergents se réduit mais ils ont encore de très fortes positions. Ce n’est le fait d’aucun complot.

 

Leur politique internationale vise d’abord à maintenir leur position avec ses « avantages acquis », tels qu’ils les perçoivent, c'est-à-dire avec une vue courte et égocentrée. Comme dans tout pays quelque peu démocrate, l’horizon des politiciens aux mannettes est celui de leurs échéances électorales. Est-il envisageable qu’il en soit autrement ? A cet égard, ce n’est sûrement pas à nous de leur donner des leçons.

 

Pour beaucoup d’Européens, l’UE et l’Euro ont été des tentatives pour susciter un contrepoids. Après des débuts encourageants, l’opération est entrée dans une phase critique en raison de deux vices fondamentaux, une absence de règles politiques et fiscales communes, une politique d’expansion territoriale qui conduit à intégrer les pays périphériques sans souci d’homogénéisation des pratiques de gouvernance étatique. Cela n’a rien d’un complot américanophile.

 

En l’absence d’une politique et de moyens de défense communs, les pays européens ont choisi, de fait, d’utiliser l’Otan comme outil de défense collective. Par cette démission, ils ont aussi obéré leur indépendance militaire.

 

Actuellement plusieurs conflits inquiétants déchirent le monde. L’Europe s’en mêle peu, sinon par des discours moralisateurs. Elle le fait en ordre dispersé, sous le paravent de l’Otan, au gré des politiciens de chaque pays animés par le désir de bien se positionner par rapport à leur opinion publique domestique.

Un conflit particulier anime actuellement chez nous de nombreux commentateurs, le plus proche, les événements en Ukraine. La faute est-elle chez les Russes ou chez les dirigeants du régime fascisant en place ? Probablement des deux côtés à la fois. Il se trouve comme toujours et partout des agitateurs pour jeter de l’huile sur le feu. Ces événements nous fournissent un dérivatif. Nos dirigeants ont choisi de se ranger derrière l’Ukraine, bien sûr. Une tentative de prise d’indépendance d’une province par rapport à une nation serait inquiétante pour eux si elle réussissait, elle créerait un précédent. Des germes existent ailleurs qu’il s’agit de ne pas laisser se développer : Ecosse, Catalogne, Flandre belge, et pourquoi pas Pays Basque, Corse ou Italie du nord … Et puis l’Ukraine peut être un futur participant à l’UE, il faut donc la soutenir.

Les américains ont aussi choisi de se ranger derrière l’Ukraine, les souvenirs de la guerre froide et la concurrence des BRICS expliquent très bien ce choix. Cette conjonction d’attitudes tient-elle à un complot occulte ? A chacun son opinion.

 

 

Toujours est-il que les événements, passés et récents, cristallisent les fantasmes. Si les financiers de Wall Street, en particulier, semblent mener le jeu économique mondial, est-ce en raison d’une complicité occulte, ou tout simplement en raison de leur créativité en matière de produits dérivés et en tant que champions des manœuvres spéculatives. Les banques attirent les liquidités qui circulent un peu partout et qui ne sont pas utilisées pour la consommation et l’investissement productif. Celui-ci par essence est risqué et les « gestionnaires en bons pères de famille », qu’ils soient épargnants particuliers ou aux ordres de leurs actionnaires, préfèrent mettre leurs économies à l’abri du parapluie Dollar. Il ne peut pas être dévalué ni surévalué aventureusement puisque c’est lui la référence. Ce sont les organismes financiers qui gèrent les flux de liquidités, le jeu financier est international et, dans ce jeu, les organismes américains ont un leadership de fait, pour des raisons à la fois techniques et historiques.

 

 

Ce qui est déplorable, c’est d’une part que la situation soit ce qu’elle est et que les US (en raison de leur pragmatisme) y soient pour beaucoup du fait de mauvaises décisions d’autres pays, d’autre part que les anti-hégémoniques (dont je suis) se contentent de chercher des boucs émissaires imaginaires plutôt que d’aller aux causes pour chercher des remèdes. Le vrai responsable de la situation est le citoyen ordinaire, européen particulièrement, quand il utilise son bulletin de vote et quand il confie ses petites économies à sa banque pour les faire fructifier le plus avantageusement possible (pense-t-il). Elle le fait grâce à des manœuvres spéculatives, … dans un contexte mondialisé, … avec des supports essentiellement constitués de produits dérivés, … le tout reposant sur des créances initiales, … qui finissent toujours par lui retomber globalement sur le dos d’une manière ou d’une autre.

Certains savent prendre leur bénéfice politique et/ou patrimonial à temps, d’autres non. Cela suffit pour expliquer la situation.

 

… à plus …

 

 

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