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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Pompiers, pompistes, ou … ?

 

Shadoks 1 

 Shadoks ?

 

Dans les billets précédents, il était question du pompage de liquidités. Si nous cherchons à étudier les spécialistes de l’utilisation des pompes, nous allons penser aux pompiers, aux pompistes et même aux Shadoks.

Regardons plus précisément le champ d’observation : si nous nous focalisons sur le pompage des liquidités monétaires, nous allons apercevoir les dirigeants étatiques et les financiers.

Tous les deux voudraient être vus comme des pompiers volant au secours du bon peuple. Après analyse, ils apparaissent plutôt comme des pompistes experts en soutirages et en transferts entre les réservoirs de leur choix. Ils peuvent également faire penser aux Shadoks en raison de la frénésie qu’ils mettent à pomper.

Les premiers ont été évoqués dans le billet précédent, alors nous allons cette fois-ci nous occuper des seconds, les maîtres de la pharmacopée financière.

 

Aux origines de leur métier se trouve la pratique usuraire. Elle consiste à fournir un crédit et à recevoir ensuite à la fois le remboursement de la somme prêtée et une rallonge sous forme d’intérêts. Ils se considéraient comme des fournisseurs de service. Ils étaient vus plutôt comme des buveurs de sang, exploitant à outrance les emprunteurs solvables et réduisant à l’esclavage les insolvables, souvent la veuve et l’orphelin, pour se « payer sur la bête ». Ils se justifiaient en évoquant la compensation des risques pris par eux.

Ils étaient limités dans leur exercice par le volume des liquidités en circulation car ils ne pouvaient pas créer eux-mêmes de la monnaie métallique (un privilège réservé aux dirigeants politiques) et celle dont ils disposaient n’était que celle qu’ils pouvaient soutirer ailleurs, grâce aux remboursements et aux intérêts qu’ils exigeaient.

Pour élargir leur champ d’action, ils devinrent banquiers en offrant à titre onéreux des services supplémentaires, la garde et la sécurisation des économies. Le développement des techniques comptables leur apporta une maîtrise qui les rendit indispensables, en particulier pour assurer comme intermédiaires la circulation des espèces entre les acteurs économiques. Mais ils étaient toujours limités pour fournir le crédit par le volume total des espèces métalliques en circulation.

L’invention de la monnaie-papier entraîna celle de la monnaie scripturale. Du coup les échanges de liquidités devinrent des circulations d’ordres de mouvements comptables sur les comptes de dépôt, ces réservoirs de valeur conventionnelle. Les banques devinrent complètement indispensables pour l’économie à tous les niveaux. Elles se diversifièrent, en interne ou en se spécialisant, qui sur la logistique et les  transferts, qui sur la gestion de l’épargne, qui sur le crédit, qui sur la spéculation.

Le crédit est devenu un jeu d’écritures et les dirigeants politiques s’y intéressaient car cela leur facilitait la création des liquidités, à utiliser eux-mêmes ou à distribuer. Ils n’étaient plus  limités dans leur création de monnaie par le volume de métaux précieux en leur possession. Ils profitèrent de leur pouvoir de réglementation pour mettre en place des banques centrales, consacrées respectivement à la monnaie de la nation administrée par leur gouvernance étatique, pour contrôler ces créations de liquidités. Les autres banques locales furent soumises à des réglementations spécifiques telles qu’une couverture des risques qu’elles prennent par des fonds propres supposés suffisants. Elles furent tenues d’équilibrer leur fourniture de crédit, en cas de manque pour elles-mêmes de liquidités disponibles, par des créances auprès de leur banque centrale.

En fait, le seul indicateur dont disposent les dirigeants politiques pour contrôler ce fonctionnement était, et est toujours, la surveillance de l’inflation (ou de la déflation). Comme ils se sont rendu compte expérimentalement de leur côté que les excès de prélèvements institutionnels finissaient par détruire l’économie dite réelle (celle des consommations et des productions qu’elles nécessitent), plutôt que de trop pomper au présent, ils se mirent aussi à accabler les générations futures par des prises de crédit auprès de l’industrie financière. Mais alors il faut au minimum payer les intérêts. Dans notre budget étatique, par exemple, le service de la dette prend une place tellement considérable que l’Etat emprunte aussi pour payer les intérêts qu’il doit.

L’organisation financière savait (elle n’a pas besoin de cours particuliers de comptabilité) que les créances qu’elle possédait sous forme de titres (actions, obligations, …), à condition que leurs émetteurs soient considérés comme solvables, disposant eux-mêmes de garanties sérieuses sous forme de fonds propres et/ou de biens matériels, et soient par ailleurs suffisamment hors du système bancaire lui-même (donc aussi de sa prise de risques spécifiques), faisaient partie de leurs fonds propres, en application de la réglementation. Les Etats réputés sérieux en étaient, bien sûr, et il aurait été très maladroit de les dédaigner en leur refusant du crédit (les intérêts qui leur sont demandés sont particulièrement bas et sont même parfois négatifs).

 

Tout ce développement, qui évoque de manière très acrobatique les racines de la situation présente, permet de l’expliquer. Les financiers se sont révélés comme des pompistes très efficaces pour soutirer d’importantes quantités de liquidités et donc des assistants indispensables pour les dirigeants politiques trop dépensiers, afin de neutraliser le risque inflationniste qu’ils suscitent avec leur redistribution.

Le fait de mettre en circulation des liquidités sans contrepartie productive et marchande  immédiate est en effet générateur d’inflation, que ce soit le fait de la redistribution ou du crédit à la consommation, même si elle est consacrée à de l’investissement productif (le sujet a déjà été abordé :  Un temps pour chaque chose). Dans ce cas, le rapport entre la quantité des liquidités allant vers la consommation et la quantité de produits présente sur le marché augmente. Les prix grimpent en valeur nominale pour rester en proportion de la destruction de valeur d’usage induite par la consommation (finale ou consommation de produits intermédiaires).

 

Le phénomène inflationniste est une régulation naturelle. Il n’est gommé, lui aussi de manière naturelle, que si l’augmentation du rendement des productions marchandes compense en temps quasiment réel l’augmentation de la demande de consommation.  Il est dangereux de s’y soustraire artificiellement avec l’aide d’escamoteurs professionnels, de faire de la redistribution sans s’assurer au préalable de la réalité d’une croissance des productions marchandes qui équilibrerait la consommation, elle aussi évidemment marchande par le jeu des marchés. Or cet escamotage, c’est la « bonne finance » aux yeux des dirigeants politiques.

 

Le pompage financier a deux inconvénients majeurs. Le premier tient à l’appauvrissement des flux de liquidités issues des ventes dans l’économie réelle et retournant vers les achats dans cette même économie. L’épargne se dirige vers la spéculation financière au lieu d’aller vers l’investissement réel, présenté comme trop aléatoire par des vendeurs de rentes réputées sans risques. De ce fait, la croissance s’effondre encore plus en raison de cet assèchement venant s’ajouter aux pompages politiques (voir le billet précédent).

Le second est que la fracture sociale se creuse entre ceux qui disposent de facilités d’épargne qu’ils peuvent investir dans la spéculation financière tournant en circuit fermé, et ceux qui n’ont pas d’épargne, ou seulement une épargne de précaution pour gérer les à-coups économiques et les aléas de la vie. Pour parler par euphémisme, ce phénomène sape l’harmonie sociale et les « capitalistes » sont rituellement honnis par les agitateurs d’opinion.

 

Le fond du problème, ce qui bloque toute tentative de correction du système, est que les dirigeants politiques souffrent d’une addiction à la dépense. Les financiers, qui se mobilisent et se démènent pour favoriser chez eux cette addiction (dont ils profitent pour prospérer) ne leur fournissent pas de médication. Plutôt qu’en thérapeutes, ils se comportent comme des producteurs et dealers de drogue.

Sont-ils plutôt pompiers, pompistes ou Shadoks ?, à vous d’en juger.

 

Si vous trouvez que ce billet est trop fantaisiste, prenez-le comme une fable, mais les fables d’Esope illustraient de façon imagée des réalités trop oubliées par la pensée unique.

 

… à plus …

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G
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