Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
Ce n’est pas du suivisme mais, une fois de plus, je souscris aux positions prises par Henri Regnault.
< http://www.ieim.uqam.ca/IMG/pdf/la_crise_no27_1_.pdf>
Ce n’est pas du suivisme, contrairement à ce que certains pourraient penser, en constatant que j’applaudis à chaque publication d’un épisode nouveau de sa publication trimestrielle. En fait je réagis parce que, chaque fois, il expose avec beaucoup de talent des analyses et des prises de positions auxquelles j’arrive de mon côté par des méthodes toutes autres que les siennes.
En effet, je ne suis pas économiste. Même si je consulte (un peu) les statistiques, je me garde bien d’en faire la base de mes réflexions et d’y rechercher leurs données de départ
Il faut dire que, des statistiques, j’en ai pas mal utilisées (et même produites) pour rechercher des corrélations, des probabilités etc. Je me méfie énormément de la qualité des données qu’elles utilisent. Elles sortent des ordinateurs toutes moulues, sans aucune mention des marges d’erreur qu’elles peuvent présenter, du fait de la méconnaissance de l’imprécision des données qu’elles synthétisent. Les incertitudes se cumulent à chaque étape de synthèse et non pas se compensent comme certains le pensent. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le calcul des probabilités. Or, pour arriver aux chiffres qui nourrissent les macro-économistes, des étapes de synthèse, il n’en manque pas.
Une autre cause de méfiance, plus grave à mes yeux, est la non-représentativité des taux de change qui servent à élaborer les données comptables. Les cours des différentes monnaies ne résultent pas de comparaisons objectives entre les économies réelles, mais de manipulations financières et de luttes d’influence politique entre les différents pays.
Tout se passe dans un microcosme en fonction d’intérêts particuliers, et non pas avec la prise en comptes des véritables données économiques. Elles, elles s’apprécient sur le terrain, en fonction des besoins et de la manière dont elles sont traitées. C’est le niveau de vie moyen, considéré à partir des consommations réelles, qui représente la réalité de l’économie. Les cours de change devraient être établis par des sociologues.
Compte tenu de toutes ces réserves, pour étudier les problèmes économiques qui me concernent comme tout le monde, pour comprendre les causes des événements qui risquent de me tomber dessus (même si je n’ai pas trop lieu de m’inquiéter comparativement à d’autres), j’utilise des méthodes venues d’ailleurs pour analyser les situations. Elles n’ont rien d’habituel comparativement à la pratique classique des économistes. Cependant elles n’ont rien de farfelu, elles sont largement utilisées dans le domaine de l’organisation et de ce que l’on appelle la conduite de changement. En particulier je mène des réflexions sans regarder les chiffres dans un premier temps, je ne les regarde qu’après coup pour détecter d’éventuelles erreurs de raisonnement car on ne prend jamais trop de précautions (c’est maintenant un principe constitutionnel).
Toujours est-il que je trouve chaque fois une convergence étonnante avec les prises de position d’Henri Regnault, contrairement à ce qui m’arrive souvent avec d’autres. J’essaie néanmoins de dénicher quelques points de divergence, mais je ne tombe que sur des bricoles.
Cette fois encore, c’est le cas. Je vous conseille donc de cliquer sur le lien ci-dessus et de prendre connaissance de ce billet n° 27.
En deux mots, il renvoie dos à dos les « eurolâtres » et les « europhobes », avec des arguments convaincants. Il prône aussi une « monnaie commune » dans l’Euroland. Enfin, il conseille de se méfier des titres (au sens des banquiers) purement financiers et de leur préférer des sous-jacents solides. Mais le mieux est de vous reporter au texte et, ce qui ne gâte rien, il est rédigé avec humour et style (comme d’habitude).
Venons-en maintenant aux bricoles. Elles ne changent rien à la pertinence.
En l’absence d’un vrai fédéralisme européen, Henri Regnault propose une « monnaie commune » réservée aux transactions de l’Euroland avec le reste du monde, et de réutiliser en interne les monnaies nationales, avec des cours réajustés régulièrement par voie politique, par rapport avec cette monnaie commune. C’est effectivement une bonne alternative aux errements actuels de l’économie européenne. En l’absence d’une telle solution la crise, qui n’est actuellement que difficilement contenue, va exploser dans les années qui viennent, avec pertes et fracas si, d’ici là, il n’ya pas de vraies réformes structurelles. Mais eurolâtres et europhobes n’ont rien compris et se cramponnent chacun à ses fantasmes.
Le hic est que ces deux populations représentent la part importante de l’opinion. Plus la « très grande crise multi dimensionnelle » progresse, plus la proportion des europhobes grossit. Les transfuges passent d’un camp à l’autre sans étape intermédiaire. La très bonne solution proposée risque tout simplement de ne jamais voir le jour. Avant, l’Euroland aura éclaté : la France aura sauté, sans parachute et sans bien savoir nager, dans la mare du commerce international. Elle boira la tasse.
J’espère avoir tort, et je serais ravi de m’être trompé.
Un autre point me fait tiquer, la recommandation d’investir sa fortune dans des biens tangibles. Le recours traditionnel est la pierre, l’immobilier. Alors, j’en viens à souhaiter que « La crise n° 27 » ne convainque personne dans son dernier développement. Si tous les possesseurs de patrimoine se précipitaient encore plus sur l’immobilier, les prix du logement augmenteraient encore plus, les propriétaires se garderaient de vendre, le marché s’effondrerait complètement, l’industrie du bâtiment serait encore plus sinistrée et les mal logés seraient de plus en plus nombreux.
Le tarissement des liquidités empêcherait les achats, mais s’il n’y a rien à vendre, ce n’est pas le prix qui va jouer. Le problème est ailleurs : si les prix s’effondrent ce sera après la disparition des liquidités, donc après le déclenchement cataclysmique de la crise. A ce moment, il sera trop tard pour réagir. Ce seront les étrangers qui pourront réellement profiter d’emplettes à prix bradés.
Vous me direz peut-être « on y est déjà pour l’immobilier de prestige ». Ce à quoi je répondrai « c’est fort possible, mais c’est un domaine où les prix comptent peu et pour lequel je n’ai pas de statistiques probatoires ».
… à plus …