Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
Crise, croissance et poudre aux yeux
Concernant l’économie, qu’attendent les citoyens ordinaires du monde politique ?
Qu’il fournisse des dirigeants capables de piloter le pays de manière à fournir à chacun un pouvoir d’achat décent, fonction de son mérite aux yeux de l’opinion, dans un climat de justice sociale reconnue.
Mais qu’est-ce qu’un « pouvoir d’achat décent » ?
L’être humain est boulimique. Il n’est jamais à court d’envies de consommer, et si ce n’est pas la quantité qu’il recherche, ce sera la qualité et le côté gratifiant de sa propre consommation. D’aucuns dénoncent la « société de consommation » pour ses dégâts sociaux et écologiques avérés, mais généralement ils ont déjà eux-mêmes atteint un certain niveau de confort. Les publicités directes, ou indirectes au travers des publications médiatiques, par leur affichage artificiel de modes de vie hors commun, ne font qu’accentuer le phénomène.
Tous les systèmes politiques qui se sont attachés à réguler les besoins de consommation et, conséquemment, les moyens de les assurer ont abouti à des fiascos socioéconomiques. Il est donc nécessaire de traiter le problème autrement.
Les régimes des pays dits « développés » ou « en cours de développement » ont choisi une autre voie, laisser l’initiative de la croissance à des « entrepreneurs » privés ou publics qui, pour réussir, doivent trouver une adéquation entre besoins ressentis et capacité d’y répondre. Il s’agit en l’occurrence de respecter la « loi du marché ». Est-ce pour autant une panacée ?
En fait, il s’agit d’engager une démarche dite libérale. Mais, de même la démocratie est le pire moyen de gouverner … après tous les autres (dixit Churchill), le libéralisme n’est que le moins mauvais système économique. En effet, ses dérives sont manifestes, même quand ses règles de bases sont respectées tant bien que mal : existence d’une concurrence effective, chasse aux monopoles, élimination naturelle des entreprises dépassées par les évolutions des marchés, connaissances économiques développées et information pour les consommateurs, etc. En fait, pour ses intérêts personnels, chacun s’ingénie à contourner les règles du système. Les dégâts ont d’autant plus d’impacts que les acteurs, individuels ou claniques, ont plus de poids dans le jeu économique.
Le citoyen ordinaire compte sur les dirigeants politiques pour mettre de l’ordre dans tout cela. Il considère généralement, à juste titre, que c’est leur rôle irremplaçable en tant que garants et faciliteurs de l’efficacité collective.
Pour mettre de l’ordre, il leur faudrait comprendre et s’adapter aux évolutions mondiales de l’économie. En France, les personnages politiques pour la plupart, au pouvoir comme dans l’opposition, n’ont aucune expérience concrète de la réalité économique. Ils sont issus de pépinières orchestrées par les partis. Les débutants sont pris en charge par leur secte et ne font qu’imiter les comportements de leurs anciens. Ils n’ont aucune pratique de l’économie concrète, à base de détection des besoins. Ils vivent dans leur bulle de rivalités, de compromissions, et d’aveuglements sectaires.
Dans notre monde politique, les acteurs, dans leur immense majorité, n’ont en fait aucune expérience du « domaine marchand » qui est le terreau du libéralisme. Dans l’économie, ils ne connaissent opérationnellement que le volet consommation. Grâce à leurs prérogatives, ils s’arrangent d’ailleurs pour alimenter en liquidités, visiblement sans retenue, leur bulle. Les nombreuses têtes de liste des multiples organismes qu’ils créent à cet effet, ont un train de vie fort au dessus de celui des citoyens lambda.
Par contre, ils ne connaissent le volet production (en vue de la consommation) que par des personnes interposées, qu’ils sélectionnent en raison de leur complaisance à l’égard de leurs thèses, escamotant les sujets qui fâchent.
Pourtant, la logique fondamentale de l’économie est une logique d’utilité et d’efficacité. Produire est contraignant. Ce n’est justifiable que par des perspectives de consommation. Consommer des formalités et et les dispositions législatives ne nourrit pas son homme. Un minimum de règles est nécessaire mais tout excès est nuisible.
Le seul critère qui permet de distinguer les activités efficaces des gesticulations parasites est leur côté marchand. Les citoyens acceptent de payer (le moins possible) ce qui est utile, à condition d’y reconnaître pour contrepartie, de manière factuelle, un besoin de consommation.
C’est le cas de certains services publiques, à condition d’être en concurrence effective avec leurs homologues privés, santé et instruction par exemple, au moins dans une certaine mesure car les personnages politiques qui les supervisent recherchent avec application à les installer dans un positionnement monopolistique : c’est le reflexe basique cultivé dans la bulle politique en agitation permanente et conflictuelle.
Certes, il existe des activités régaliennes indispensables : adaptation de la législation aux contraintes opérationnelles, justice, police, défense. L’efficience, autrement dit la recherche du minimum de ressources pour atteindre des objectifs indiscutables, n’y est guère au rendez-vous, ce serait trop trivial.
Pour bien installer leur statut, les acteurs de la bulle politique ont besoin de prouver leur utilité dans le domaine économique. Ils ont en particulier à apporter la preuve de leur application à optimiser l’économie.
Pour ce faire, ils ont un leitmotiv, la croissance. Encore faut-il être capable de lui donner une représentation un peu concrète. Ils ont choisi le PIB qui présente l’intérêt de prétendre représenter en un seul chiffre toute l’économie d’un pays. Mauvaise pioche, c’est un indicateur fallacieux.
http://www.zenon-elee.fr/article-la-magie-du-pib-123544915.html
Il n’empêche que pour eux, c’est l’alpha et l’oméga de l’économie. Un chiffre officiel est bien plus facile à consulter depuis leur perchoir que les réalités du terrain.
L’aveuglement des dirigeants politiques les empêche de comprendre suffisamment en amont les causalités des crises. Elle leur évite de constater les vraies responsabilités dans leur survenue régulière car ils y trouveraient trop leur marque. Ils masquent leur désarroi par des gesticulations fébriles et rituelles, se rejetant mutuellement la balle. Le citoyen ordinaire est de moins en moins dupe de la profusion de pseudo-diagnostics qu’ils diffusent tout en essayant de s’en persuader eux-mêmes..
En fait, les spécialistes de l’action politique vivent en pleine schizophrénie. Ils raisonnent dans un monde virtuel qu’ils voudraient transformer en réalité. Le problème majeur est qu’ils essayent de la faire partager par leurs électeurs, qu’ils y arrivent partiellement,car ce sont eux qui réglementent le système.
… à plus …