Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
… pour faire danser la capucine
L’article le plus lu sur ce blog depuis quelques semaines est « Dansons la capucine », paru en novembre 2012. C’est étonnant. Il faut croire que le lien le concernant circule encore sur le Web.
Cet article présentait l’économie mondiale comme une ronde, de plus en plus accélérée par les acteurs politiques et financiers utilisant leurs arguments dogmatiques. A chaque tour, la création de valeur tangible de la part des producteurs de « l’économie réelle » est détournée vers des « réellement improductifs » pour accroître leur pouvoir, et faire tourner les danseurs encore plus vite, sauf s’ils tombent dans le chômage. Il en résulte un épuisement bien compréhensible des assujettis lassés par l’impudeur des profiteurs stériles qui ne leur offrent que des perspectives désastreuses.
Simultanément, nous constatons une convergence de la blogosphère vers des réflexions à connotations dogmatiques, sur la question des identités nationales et des frontières. Très récemment, j’ai effleuré moi aussi le sujet avec le billet « Pas touche à mes frontières … ». Cette convergence est évidemment liée aux événements dramatiques à l’est de la Méditerranée et ailleurs. Les événements d’Ukraine ou même de la Catalogne bien proche, nous donnent aussi à réfléchir.
Qu’est-ce qui fait bruisser ainsi l’air du temps ? Ces deux constats, pris sur le vif parmi bien d’autres, n’ont-ils qu’une concomitance fortuite ?
En fait, cette concomitance est apportée par la notion de désespérance. Les lassés de toutes sortes sont devenus des désespérés car ils ne croient plus aux dogmes dont ils ont été bassinés, directement ou indirectement. Ils ne voient d’autres échappatoires que la fuite ou la violence aveugle, avec les conséquences multiples auxquelles nous assistons à peu près impuissants. Les convergences nationales qui maintenaient un équilibre, au mieux se disjoignent, mais souvent explosent avec pertes et fracas.
En vertu du « triangle de Sigaut », tout est relatif à l’ego, y compris l’espoir. Selon les cas, les désespérés perçoivent l’esclavage auquel ils sont astreints comme plutôt un esclavage politique ou plutôt un esclavage économique, … ou les deux à la fois. Ils y voient le fait de leurs pilotes sytémiques et/ou le fait de la mondialisation. Cela dépend du choix des agitateurs derrière lesquels ils se placent, et de l’habileté que leurs dirigeants de fait mettent à détourner vers d’autres leurs propres responsabilités et les dégâts qu’ils provoquent.
Les pilotes des réalités sont à l’évidence les coteries politiques et les coteries financières et elles sont en pleine tempête. Elles ont tellement entrelacé leurs intérêts que les pouvoirs en place sont dans l’incapacité d’agir : il leur faudrait tout réformer et commencer par descendre de leur trône pour poser les pieds sur terre.
Le billet du 15/10/15 évoqué plus haut se termine, en termes de rugby, par un « botter en touche ». Quand rien ne sort des mêlées, il faut déplacer le jeu. Ce billet soulève finalement la question des valeurs qui entretiennent une unité nationale et lui permettent de perdurer géographiquement, politiquement et économiquement. C’est choisir un autre angle de vue pour essayer de comprendre le foutoir actuel.
Ce n’est pas un hasard si, dans les flux actuels de l’air du temps, de plus en plus de penseurs perçoivent l’importance des valeurs pour fédérer une collectivité nationale, et chacun y va de son opinion. Certains se cramponnent à des prétendus chefs d’œuvre conceptuels ( article-tamisons-les-lumieres ). D’autres sont en recherche pour renouveler la réflexion. Ils se font vilipender par les premiers qui ne perçoivent pas que leurs fantasmes ne débouchent plus maintenant que sur un vide intersidéral car ils voient le monde comme éternellement figé, régi par des dogmes enracinés dans la pensée européenne du 18ème siècle. Ils n’arrivent pas à se hisser au niveau du présent mondialisé et scientifiquement installé dans le 21ème siècle. Si nous laissons chanter Gavroche :
Ils sont tombés par terre,
c’est la faute à Voltaire,
le nez dans le ruisseau,
c’est la faute à Rousseau !
Une interview de Elisabeth Lévy expose avec talent ce phénomène d’autisme intellectuel, elisabeth-levy-la-gauche-lyncheuse-a-perdu, mais ce n’est pas pour autant que je sois un inconditionnel de cette journaliste.
Toujours est-il qu’il devient à la mode de parler de « panne de valeurs » et de dresser une couronne mortuaire à notre « civilisation moribonde », en attendant une résurrection génétique grâce à des greffons d’ADN issus on ne sait d’où.
Le sujet est tellement vaste que, pour l’instant, il ne sera question dans le présent billet que des réflexes pavloviens de nos dirigeants politiques.
Ces acteurs politiques, enfermés dans leur microcosme dogmatique et social, hument l’air du temps pour actualiser leurs totems en fonction des prochaines échéances électorales. Ils commencent à les brandir haut et fort pour rameuter les citoyens afin de se faire hisser sur les pavois. Ils essayent de sélectionner avec un beau flou artistique les valeurs qui leur apparaissent comme les plus aguichantes, afin de les afficher comme des décorations sur leur autoportrait emblématique à exhiber urbi et orbi. Mais attention, ils se gardent bien de se mouiller. Pour faire illusion ils exploitent les déficits, évidents dans le domaine des valeurs, manifestés sur le terrain par leurs rivaux et ils laissent entendre qu’ils sont à même de combler les failles ouvertes sous nos pieds par ceux-ci, ou par eux-mêmes dans un passé proche.
Actuellement, ils surfent tous sur les vagues qui viennent secouer notre esquif : le puits sans fond des déficits publics, les problèmes de sécurité civile, les immigrés à nos frontières, les tensions liées aux intégrismes religieux ou antireligieux, le chômage, les échecs du politiquement correct de gauche dans le système éducatif national, l’alignement réflexe sur les positions américaines en matière de politique internationale (avec leurs conséquences), etc.
Ils le font avec des effets de plastron, dans des grands concerts de bons sentiments et de prises de positions démagogiques sur les podiums médiatiques. Chacun, a défaut de programme cohérent et réaliste, vient avec son bénitier de belles envolées pleines de trémolos et, avec son goupillon, il en asperge auditeurs et spectateurs. Entre deux exercices d’auto-gratification, pour contrebalancer, ils dénigrent leurs adversaires et leur préparent des chausse-trappes.
Le problème est que cela fait plus de quarante ans que cela dure et que la désespérance gagne progressivement leurs assujettis de tous bords.
Tout ce beau monde joue à cache-cache en espérant que la ronde de la capucine va continuer à tourner gentiment et qu’ils pourront prolonger leurs jeux stériles, au moins encore pour une mandature de plus.
Le microcosme politique joue à cache-cache avec lui-même pour se masquer ses incompétences et ses florilèges de couacs. Il se garde bien de chercher à identifier les valeurs qui doivent guider un dirigeant politique, et que ses administrés aimeraient le voir incarner, à commencer par le souci du bien public et d’une compétence avérée dans le domaine qui lui incombe, plutôt que le souci de sa carrière personnelle.
Il joue aussi à cache-cache avec ses interlocuteurs en se gardant bien d’identifier ouvertement les valeurs, toutes les valeurs, auxquelles ils sont sensibles. Les acteurs politiques espèrent être convaincants en agitant quelques grelots qui se résument finalement à « grâce à moi, le bonheur pour tous les honnêtes gens ». La plupart des Français ne sont pas sortis de l’ENA mais il ne faut tout de même pas les prendre en majorité pour des demeurés mentaux.
Tant qu’une équipe politique ne sera pas capable de considérer à fond les valeurs qu’elle entend incarner, et de bâtir un programme crédible pour les conforter, la lente régression va continuer, et peut-être s’accélérer.
Les derniers sondages politiques n’ont rien de rassurant. Il semble que ce sont des porteurs de valeurs les moins séduisantes qui tiennent la corde. Il leur a suffit d’afficher sur le sujet quelques prises de position éminemment discutables pour acquérir une représentativité. La nature a horreur du vide et les absents des débats fondamentaux ont toujours tort. Les invectives, mises à l’index et procès d’intention n’y feront rien.
Mais comment organiser un bouquet de valeurs qui se tienne ? C’est une bonne question qui mérite réponse.
… à plus …