Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
c’est tellement plus confortable d’être rentier …
Les « Pigeons » rechignent à se faire pigeonner, quels vilains gêneurs que ces entrepreneurs alors que les "sachant" s’échinent par tous les moyens à faire fonctionner quand même une machinerie économique obsolète, arrivée en phase terminale, vampirisée par les parasites et les métastases.
Voila-t-il pas qu’ils s’agitent, ces trublions, bien que tout soit fait depuis des décennies pour scier leurs pattes trop remuantes qui dérangent les routines savamment orchestrées !
Mieux vaut consolider les avantages acquis à force de persévérance, en approfondissant les ornières traditionnelles, qu’écouter des farfelus qui ne songent qu’à s’échapper sur les terrains non balisés.
Prisonniers de leurs idées reçues, nos gouvernants sont perplexes. Ils veulent ressusciter une « croissance » (un mot magique que tous vénèrent, de droite comme de gauche, sans pouvoir le préciser de manière concrète) qui appartient à notre passé mythique, mais qui semble avoir disparu progressivement au fur et à mesure de l’installation de réseaux informatiques dans les administrations pour la gérer.
Vus de loin, en effet, « entreprendre » et « croissance » sont deux concepts qui, intuitivement, semblent aussi intimement associés par des liens de cause à effet que « marcher » et « progression pédestre ».
Mais aussi, entreprendre c’est mettre en branle un mécanisme capitalistique ce qui choque la bienpensance nationale comme étant intrinsèquement pervers. Cruel dilemme.
Regardons de plus près.
Les entrepreneurs ont en commun la volonté d’exploiter des idées, généralement les leurs, pour produire quelque chose de vendable, prendre une position sur le marché et développer leur entreprise en l’améliorant toujours. S l’on n’a pas cette perspective on est condamné à disparaître rapidement : quand l’idée est bonne, d’autres ambitieux sauront bien s’en inspirer et évincer les pionniers en ne commettant pas les mêmes erreurs qu’eux.
Ils ont détecté un besoin latent et ils l’exploitent. Ils cumulent trois caractéristiques : ils s’investissent eux-mêmes (avec leurs qualités, défauts et compétences), ils investissent des capitaux (leur appartenant ou à eux confiés) et ils se positionnent en pilotes de l’ensemble des activités à mettre en œuvre (individuellement ou avec quelques partenaires). Tout ceci est fait dans l’espoir de bénéficier à terme d’une rémunération attractive, mais aussi en prenant le risque notoire de se casser la figure et d’avoir perdu son temps, son argent et une part de sa réputation professionnelle et sociale.
Pour ceux qui ambitionnent une vie sans imagination risquée, ce que sont la plupart de nos concitoyens, il est beaucoup plus tentant de se positionner sur les rails d’un train-train, par exemple comme suiveurs d’une grosse locomotive économique ou politique bien lancée et dotée d’une inertie importante, quitte à avaler quelques couleuvres et à se montrer, pour progresser, à la fois disciplinés et doués comme porte-flingues des pilotes de la motrice concernée. Cela demande des capacités stratégiques. Il est également possible de vendre contractuellement ses compétences à un entrepreneur qui a réussi et qui recrute. C’est un peu plus risqué car le point de chute peut être aléatoire. Pour ceux qui n’y arrivent pas, par malchance ou manque de compétences, il y a encore la possibilité de rejoindre la cohorte des abonnés à la redistribution publique, pour recevoir des rentes, plus ou moins copieuses, en échange de services passés, présents ou futurs, plus ou moins réels (sans parallélisme avérée entre les deux « plus ou moins » précédant cette parenthèse).
Les entrepreneurs sont une denrée rare alors il ne faudrait pas les gâcher.
Il y a en fait deux catégories d’entrepreneurs. Ceux qui veulent s’investir dans l’économie réelle et ceux qui visent l’économie financière. Les premiers participent à la croissance, les seconds font de la gonflette. < Triple A >
Les premiers s’investissent dans la production de biens et services destinés à la consommation. S’ils exploitent des créneaux de besoins insatisfaits et créent un surcroît de richesses consommables à un prix abordable, ils vont générer de la valeur justifiant à la fois une circulation de liquidités et la consommation de ressources, sous forme particulièrement de travail humain, pour reconstituer les richesses détruites en continu par la consommation. Ce faisant, à la fois ils augmentent le « PIB réel » et rognent le chômage. C’est intéressant pour un pays de les encourager, de les conserver et de les faire œuvrer sur le territoire national
Les seconds s’activent à faire croître les valeurs conventionnelles d’actifs inconsommables, des sous-jacents spéculatifs. Cela peut donner l’illusion d’une croissance du PIB mais, en fait, cela n’opère que des transferts du pouvoir de consommation (convertible en pouvoir de spéculation et réciproquement) sans contrepartie notable de production consommable. Le résultat en est un accroissement de la fracture sociale et une perturbation quantitative et qualitative de l’économie réelle. < Boudin >
Pour un pays, il est préférable de les voir sévir ailleurs comme spéculateurs et revenir en tant que consommateurs étrangers de richesses consommables (et non comme prédateurs des richesses patrimoniales).
Derrière tout ce fonctionnement se retrouve le "concept d’investissement", qu’il soit sous forme de capitaux ou de créativité personnelle. La confusion qui règne autour du concept d’entrepreneur se retrouve naturellement aussi autour de cette notion. < le grand carnaval >
D’autres recoupements sont nécessaires. Déjà, il faut que la création de valeur par l’entreprenariat ne se fasse pas au détriment d’autres productions, ou tout au moins que le bilan global soit positif. Il faut aussi que, sur une planète au potentiel limité, la consommation de ressources rares qu’ils provoquent ne soit pas prohibitive. Le travail humain, même en période de chômage généralisé, est une ressource précieuse quand il requiert des compétences très particulières. Par exemple, il est dommage que des entrepreneurs doués pour ce rôle se dirigent vers l’économie financière plutôt que vers l’économie réelle, mais la remarque ne se limite pas à ce seul cas.
Finalement, après ces considérations, il apparaît encore une fois que booster la croissance, en encourageant par exemple les entrepreneurs réellement utiles, demande d’être sélectif, de se placer au ras du terrain de l’économie réelle au lieu de jongler avec des concepts approximatifs.
Pour en revenir aux « Pigeons » du début du billet, qui s’agitent auprès du Ministre de l’Economie, se pose aussi la question de la « prise de bénéfice ». Faut-il taxer comme une plus-value le fruit de la vente d’une entreprise créée de toutes pièces ?
Factuellement, cette valeur est celle que l’entrepreneur a créée par son activité spécifique, et qui est restée « en compte » au lieu de lui être attribuée comme salaire tout au long de son activité. La logique voudrait qu’elle soit vue comme un complément de revenu à versement différé, à répartir tout au long de la période de pilotage direct et d’investissement personnel à temps complet. La taxation serait à calculer comme un rappel d’impôt sur le revenu, sans pénalités bien sûr. Quant à savoir si des franchises et/ou des calculs d’actualisation de la valeur doivent jouer, c’est à discuter mais ce ne serait que du fignolage.
Et puis il ne faut pas oublier qu’existent d’autres possibilités que la vente de ses parts pour un entrepreneur qui veut passer la main à d’autres dirigeants.
De toutes les façons, un entrepreneur qui a passé la main n’est plus un entrepreneur. Il peut le redevenir mais alors c’est une autre histoire.
Evidemment, même si c’est un peu hors sujet, cette prise de position se conjugue avec la remarque qu’un revenu spéculatif est dégagé, sans contrepartie réelle, aux dépens de l’économie de production. Le taxer au minimum de la même façon qu’un revenu du travail productif relève d’une équité minimaliste indispensable. Toutes les niches fiscales, favorisant de prétendus investissements qui ne sont que des spéculations déguisées, devraient être supprimées. Cela aiderait les « vrais entrepreneurs » à trouver des capitaux pour faire de la croissance réelle.
à plus …