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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Investissement : le grand carnaval

 

masque 3

 

  

 

 

  Derrière le déguisement,

                  qui est dupe de qui ?

 

 

 

   

Sauf chez ceux qui en font ouvertement profession, la spéculation est entachée d’une suspicion certaine : une activité qui a pour but d’enrichir ses acteurs avec comme seule utilité l’enrichissement, sans rien produire d’utile en contrepartie, est a priori suspecte de fonctionner par simple prélèvement, chez d’autres, de richesses déjà existantes. Cela ressemble fort à de la prestidigitation au service de pickpockets.

Par contre l’investissement semble paré de toutes les vertus, surtout chez ceux qui en parlent sans rien en connaître. Est-ce justifié ?

 

Voyons de plus près les pratiques habituelles qui relèvent de l’une et de l’autre.

 

La spéculation consiste à acheter des propriétés dont la valeur de revente a de fortes chances de monter, donc de procurer des plus-values. Dans le monde actuel, elle se concrétise essentiellement par l’achat de titres de natures très diverses, dont la valeur est fixée par des « marchés » très organisés.

L’investissement privé consiste à affecter des liquidités à l’achat de propriétés (dont la raison d’être est la production de richesses), avec la perspective de dégager des plus-values de l’opération, à la fois par des revenus tirés de la propriété et par une augmentation de la valeur de revente de la propriété. Dans le monde actuel, il se concrétise essentiellement par l’achat de titres de natures très diverses (actions, obligations, parts de sociétés), dont la valeur est fixée par des « marchés » souvent très organisés. L’investissement privé à grande échelle est avant tout une spéculation ciblée sur certains titres et assortie d’une perspective de revenus de la production. Pour certains investisseurs, des « entrepreneurs », la perspective n’est pas d’abord l’investissement, mais la mise en œuvre de technologies pour lesquelles ils éprouvent une attirance subjective, l’enrichissement privé n’est alors que la cerise sur le gâteau, le cas échéant. Les « vrais entrepreneurs » sont très rares.

L’investissement public relèverait plutôt d’une attitude entrepreneuriale motivée par des perspectives politiques. Il a tendance à installer des organismes à fonctionnement monopolistique donc à l’efficience sujette à caution.

 

La confusion habituelle entre richesses tangibles et richesses virtuelles a étendu à toutes sortes d’organismes, y compris par exemple des organismes dédiés à la finance, le domaine prétendu de l’investissement. Dans la majorité des cas il n’est que spéculatif, les perspectives de productions tangibles futures passent au second rang des préoccupations des propriétaires, l’objectif est de bénéficier d’une montée des cours et des dividendes, quelle que soit la raison de cette plus-value.

 

Des pratiques de toutes sortes sont masquées sous une image d’investissement pour profiter de son image positive :

-      l’investissement entrepreneurial « pur et dur » où l’investisseur ne vise que le développement productif de l’organisme et fait passer en priorité seconde son enrichissement personnel,

-      la réinjection de liquidités abusivement extraites de l’amortissement des équipements et des compétences, afin de procéder à des maintenances indispensables,

-      la croissance externe dont l’objectif n’est pas de grossir la capacité de production sur un marché limité, mais de démembrer les nouvelles acquisitions pour les revendre par morceaux,

-      l’achat d’organismes pour en faire grimper la valeur en augmentant les dividendes au détriment de la pérennité,

-      l’achat d’organismes pour en revendre certains actifs sous-évalués, au détriment de la pérennité,

-      l’achat d’organismes pour créer des situations monopolistiques,

-      l’achat d’organismes pour bénéficier d'économies d'échelle en diminuant la diversité,

-      etc.

 

La grande crainte des pouvoirs publics, quand il s’agit de réguler la pratique financière, est de voir se tarir « l’investissement », ce substantif chatoyant. Déjà, il est bien connu que le plus gros de l’investissement dans des entreprises de production de richesses tangibles est de l’auto-investissement, sans recours au marché financier.

Pour y voir plus clair, il faudrait faire la part de l’investissement utile représenté par les deux premiers items de la liste ci-dessus et les autres, sachant que le bilan final n’est peut-être pas positif. Il faudrait aussi comparer les intérêts à court et à long terme, ils ne sont pas nécessairement concordants.

Enfin, il faudrait considérer le bilan avec une vision internationale. Des investissements de l’étranger conduisent souvent à des exportations plus ou moins sauvages d’équipements, de connaissances et de savoir-faire, ce qui n’est pas sans conséquences dans un contexte concurrentiel mondialisé.

 

Tout cela pour dire que, bien sûr, il faut réguler la spéculation affichée, mais qu’il faut aussi réguler l’investissement spéculatif et regarder ce qui se cache réellement derrière le masque, … quitte à être déçu.

 

Pour revenir à un article précédent, l’épargne est une richesse précieuse. Pour la préserver à long terme, la solution n’est sans doute pas de la transformer en un carburant pour la spéculation mais de la consacrer à l’investissement utile, en dépouillant les masques.

Dans le fond, éviter les crises causées par la spéculation est un moyen de s’en préserver et donc de rasséréner les épargnants, du moins peut-on le penser. Le paradoxe est que leurs réflexes de protection jouent en sens inverse.

 

à plus …

 

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A
<br /> La question concernait moins la récupération de l’indignation, que l’idée que si des révolutions peu préparées, destinées aux excès ou aux parodies, ont pu devenir contagieuses, des idées<br /> vertueuses bien préparées, mises à l’essai fructueusement localement, pourraient peut-être, à fortiori, devenir contagieuses.<br />
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A
<br /> Ne suffirait-il pas que, dans un seul pays, par exemple un pays qui a démontré récemment qu’il a envie d’un changement en matière financière, pays qui a une tradition révolutionnaire, même si<br /> elle s’est diluée, pays qui a le culte de la proposition prématurée, de la promesse électorale intenable, et du remède pire que le mal, bref, la France, puisqu’il faut l’appeler pas son nom, se<br /> constitue votre « groupe de réflexion multidisciplinaire de très bon niveau, et constitué autour de bases conceptuelles partagées » ?<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ce groupe pourrait se constituer en « assemblée constituante » pour renouer avec le passé et susciter la curiosité, et préparer des propositions de lois cohérentes, à destination des<br /> pouvoirs politiques qui prétendent être d’accord avec ce type de proposition sans oser les implanter.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Calebirri a pris une initiative louable en ce sens, mais il faut sans doute plus de moyens et d’audience que celle d’un simple blog. Et il s’agit sans doute d’un de ces estimables « rêveurs<br /> idéologues qui n’ont aucune expérience des terrains » isolé, et qui fait tout ce qu’il peut pour « reconsidérer le système socio-économique ». et informer afin que, un jour<br /> « au moins 60% des personnes concernées aient envie du changement proposé. »<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Si un Etat soudain vertueux se mettait ensuite à promulguer des lois qui vont dans le bon sens, même au détriment de la logique comptable macroéconomique, et en retirait quelques avantages au<br /> point de vue stabilité financière, satisfaction électorale, et sentiment de justice et de légitimité de sa population, cela ne pourrait-il pas devenir contagieux, comme 1789 ou le printemps arabe<br /> l’ont été ?<br />
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E
<br /> <br /> L'indignation se fait tellement facilement récupérer que le romantisme révolutionnaire ne me semble effectivement qu'un support pour commencer un rêve, mais qui risque fort de tourner au<br /> cauchemar s'il se poursuit trop. 1789 a été la porte ouverte à la Terreur, à ses massacres et génocides, et a servi de rampe de lancement à Napoléon I. Le printemps arabe vire à la<br /> parodie démocratique en Egypte et en Tunisie. L'anarchie s'installe en Lybie et la Syrie mélange révolution, rivalités tribales et conflits religieux. Il faut garder la tête froide<br /> et avancer pas à pas, mais c'est juste mon avis.<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Celui qui cherche des voies de réformes qui ne profitent pas d’abord aux nantis, ne trouve dans les blogs<br /> que des « illustrations de la situation par la mise en évidence de la réalité des processus et de leurs résultats », souvent approfondies et nuancées, ou des slogans simplistes<br /> réclamant des réformes inapplicables en pratique.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Les nantis ont-ils donc le monopole de la réflexion qui se traduit en textes de loi ?<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Depuis que le bruit des bottes s’est tu au niveau mondial, n’y a-t-il plus que le cliquetis de l’argent et<br /> le silence des pantoufles ?<br />
Répondre
E
<br /> <br /> @agequodagix<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> « Les nantis ont-ils<br /> donc le monopole de la réflexion qui se traduit en textes de loi ? »<br /> <br /> <br /> <br /> Je ne le pense pas, et les slogans simplistes ne suffisent qu’au bonheur des simples de montrer qu’ils existent.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Vous vous placez dans une perspective de conduite de changement. Les spécialistes de la chose considèrent que, pour qu’une réforme<br /> puisse voir le jour, il faut qu’au moins 60% des personnes concernées aient envie du changement proposé. En l’occurrence, cela concerne toute la planète économique, excusez du peu. Une reforme ne<br /> pourra être envisagée sérieusement que quand les deux tiers des acteurs majeurs (politiciens et décideurs économiques des pays dominants) seront convaincus, et encore faudra-t-il qu’ils soient à<br /> l’unisson sur la nature de la réforme en question.<br /> <br /> <br /> Faire des propositions trop prématurément ne ferait que retarder le processus car les opposants potentiels en profiteraient pour<br /> susciter des contrefeux afin de retarder l’échéance. Pour l’instant, beaucoup trop peu d’entre eux en sont à gratter le fond du tiroir-caisse au point de se casser les ongles. Un blog public ne<br /> peut pas servir de forum à un groupe de réflexion ad hoc.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Dans l’immédiat, vu l’ampleur du sujet (et la nécessité de trouver des remèdes qui ne soient pas pires que le mal), il ne peut<br /> valablement être abordé que par un groupe de réflexion multidisciplinaire de très bon niveau, et constitué autour de bases conceptuelles partagées. C’est tout le système socioéconomique qu’il<br /> s’agit de reconsidérer, jusqu’à l’étude détaillée des conséquences sur le terrain (il est vaste) des propositions de réforme, à court et plus long terme.<br /> <br /> <br /> Les bases conceptuelles socioéconomiques actuelles, resucées jusqu’à l’écœurement, sont complètement dépassées, la preuve en est<br /> faite. Les groupes de réflexion qui existent, pour le peu que j’en connaisse, sont, soit des groupes de rêveurs idéologues qui n’ont aucune expérience des terrains, soit des think tanks au services de lobbys politiques et/ou économiques mis en place par les bénéficiaires actuels du système pour renforcer encore leur<br /> pouvoir.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Existe-t-il un raccourci pour sauter directement aux propositions de lois ? J’en doute, et si vous trouvez un groupe de<br /> réflexion qui tient la route, je serai très intéressé d’en savoir plus.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ceci dit, merci de votre contribution à la réflexion et cordiales salutations.<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> La plus grande crainte des pouvoirs<br /> publics, quand il s’agit de réguler la pratique financière, et la spéculation, est-elle vraiment de voir se tarir « l’investissement » ? N’est-ce pas là une crainte de professeurs<br /> d’économie plus que d’hommes politiques ?<br /> <br /> <br /> La pratique financière et la spéculation, hors cas de<br /> crise majeure où l’Etat prend en charge le sauvetage de son système financier, qu’il a sans doute contribué à mettre en péril pas son propre laxisme législatif, n’est-elle pas surtout extrêmement<br /> lucrative pour les systèmes financiers des Etats qui en autorisent la pratique, et donc pour les Etats eux-mêmes ? Ces Etats ne chercheront-ils pas alors à convaincre leur population que ce<br /> qui est bon pour la finance est bon pour l’Etat et donc sa population, même si ce seront toujours les mêmes qui en profiteront et si la majorité de la population n’en profitera pas où y<br /> perdra ?<br /> <br /> <br /> Or, il n’y a pas encore d’institutions mondiales qui<br /> permettraient de légiférer en matière de spéculation de façon contraignante pour tous les Etats ou Unions d’Etats.<br /> <br /> <br /> Par conséquent les Etats vertueux qui imposeraient des<br /> règles limitant ou interdisant la spéculation chez eux ne priveraient-ils pas leur système financier de ressources importantes et ne permettraient-ils pas aux systèmes financiers des Etats qui<br /> n’imposeraient pas ces règles de profiter de la disparition de concurrents dans les domaine de la spéculation pour renforcer leur capacité et leur enrichissement en matière de<br /> spéculation ?<br /> <br /> <br /> Les hommes politiques ne craindront-ils pas de voir se<br /> tarir une source de pouvoir et de richesse pour leur état en faveur d’Etats moins vertueux ?<br /> <br /> <br /> Que faire alors ? Les Etats riches ne devraient-ils<br /> pas « donner le bon exemple » s’ils veulent un jour convaincre des pays moins riches d’abandonner cette source de richesses.<br /> <br /> <br /> Comment convaincre la City de Londres, Wall Street, Hong<br /> Kong, Singapour, Nassau… ?<br />
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E
<br /> <br /> Effectivement, si l'on aborde la problème par la voie traditionnelle de la macroéconomie, qui n'est qu'une représentation virtuelle de la réalité économique, la démonstration comptable de la<br /> dangerosité de la spéculation n'est pas évidente. La distorsion des taux de change par rapport à la réalité concrète des productions et des consommations masque beaucoup de choses et bien des<br /> éléments qui jouent dans l'économie réelle, comme le savoir-faire le niveau moyen d'éducation, la performance des équipements collectifs, etc. ne sont pas chiffrés donc sont ignorés. La<br /> crise actuelle et la difficulté d'en sortir sont des démonstrations expérimentales des erreurs en cours.<br /> <br /> <br /> En dehors d'une illustration de la situation par la mise en évidence de la réalité des processus et de leurs résultats, je ne vois guère de possibilité de convaincre de  la nécessité de<br /> réformer profondément la fonction financière.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />