Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
La théorie et la pratique
Comme les réalités démontrent tous les jours que les invocations verbales au retour de la croissance achoppent régulièrement, notre Président commence, semble-t-il, à chercher autre chose. Malgré son truchement, les mânes de Jaurès et de Mitterrand associées radotent de manière de plus en plus inefficace. C’est normal, depuis leur sortie du monde des réalités, les choses ont beaucoup changé. Il faut innover.
Pour piloter un esquif, fût-il en perdition, la théorie énonce qu’il faut lui sélectionner une destination, choisir un itinéraire, et agir sur les gouvernes. Pour donner l’impression d’être un pilote rassurant, capable de fédérer les énergies, il faut pouvoir afficher un objectif, un itinéraire, et une action sur les gouvernes qui mette en évidence leur efficacité manœuvrière pour tenir un cap.
A l'expérience, les objectifs annoncés se révèlent être purement démagogiques, il n’existe pas de cartes à jour pour trouver le chemin vers le futur, et les gouvernes du gouvernement sont articulées sur des dispositifs grippés. Elles en viennent à se prendre en grippe elles aussi et à se crêper le chignon, à commencer par les ministères cruciaux.
C’était prévisible, mais à vivre dans leur bulle irisée, les politiciens de tous bords restent factuellement incongrus. Ils ne savent que se cramponner à leurs fantasmes et, lors de leurs péroraisons, à chercher des diversions aux réalités dérangeantes.
Les réalités tiennent à ce que le monde est mondial (évidemment), hypercomplexe et secoué d’événements imprévisibles. Les objectifs, même sélectionnés avec un maximum de précautions sont rapidement dépassés par les événements, les itinéraires tentants débouchent sur des impasses et les dispositifs systémiques entassés les uns sur les autres, au fil des revirements d’opinion, sont de plus en plus paralysés et paralysants.
Pour gagner du temps en espérant le miracle d’un retournement de situation, les esprits en panne d’inspiration, si spirituels soient-ils, ressortent les vieilles ficelles.
La première est de refiler les problèmes à ceux qui y pataugent et qui en sont malades : ça les occupe et pendant qu’ils cherchent des remèdes introuvables, les médecins autoproclamés peuvent ratiociner doctement.
Les remèdes sont introuvables parce que le mal est systémique. Les représentants des malades sont justement ceux qui ont mis le système en place, et qui en profitent. Pour eux, l’objectif est de le pérenniser contre tous les aléas afin de conserver leurs privilèges. Comme la crise est systémique, elle ne peut être traitée que par des réformes en profondeur et tout montre que nous ne prenons guère ce chemin.
La réforme financière paramétrée par les financiers n’est de la poudre aux yeux destinée à des ignorants des réalités financières. La réforme des institutions confiée aux institutionnels qui prospèrent dans le fromage étatique n’en finit pas de ne pas aboutir depuis plusieurs années. La lutte contre le chômage, circonvenue par les syndicats d’employés et d’employeurs, ne débouche que sur des propositions dérisoires, sachant que les premiers ne représentent guère que des protégés contre le chômage et les seconds des bénéficiaires des effets d’aubaine à courte vue procurés par le chômage, par ses causes ou par ses conséquences. Les dispositions pour traiter le problème des retraites sont élaborées sous contrôle des représentants de la catégorie des pensionnés actuels ou qui le seront à court terme, et non des producteurs (des richesses consommables souhaitées par les pensionnés) cotisants actuels ou futurs. Etc. …
La seconde est de substituer des images oniriques aux dures réalités. Faire rêver à un 2025 enchanteur s’inscrit dans cette démarche.
Ces images feront-elles bouger l’énorme inertie des conservateurs de toute nature qui ne songent qu’à pérenniser leurs privilèges garantis par le système ?
Si elles incitent à continuer à ne rien faire, elles seront copieusement exposées. Si, improbablement, elles impliquent des réformes courageuses, elles seront vouées aux oubliettes pour ne pas troubler l’autosatisfaction et le principe de précaution de tout-un-chacun.
Qui peut dire ce que sera le monde en 2025 ? Si les dirigeants des différentes nations, en 2000, au tournant du siècle, avaient convoqué leurs experts (a fortiori leurs amis politiques) pour décrire leur pays en 2012, nos comiques contemporains ne manqueraient pas de sujets de plaisanterie. Auraient-ils pris en compte ces événements majeurs qui ont influencé de manière considérable notre monde actuel ?
Citons en vrac, de manière non exhaustive : les attentats du 11 septembre 2001, la crise des subprimes, la crise de la dette étatique, la catastrophe de Fukushima, le phénomène Al-Qaïda, les printemps arabes, l’explosion des réseaux sociaux des smart-phones ou des tablettes numériques, l’exploitation du gaz de schiste, l’accélération des changements climatiques, ...
Dans un monde incertain, toute réforme envisagée comporte un risque, mais il est souvent encore plus risqué de rester immobile.
Ce qui nous pend au nez, c’est un renforcement de nos lignes-Maginot administratives, quelques centaines de milliers de lignes d’articles de lois, de règlements et de normes en plus, soit encore plus de paralysie en face d’un monde où les incendies éclatent un peu partout.
Il vaudrait mieux faire sauter toutes les entraves qui interdisent de se manifester à ce qui subsiste de notre génie national, si tant est qu’il en reste encore quelque chose après des décennies d’aveuglement. Cela, ce serait une bonne pratique !
Un commentaire obséquieux, dédié à cette enquête utopique sur le futur, évoquait l’image du sage qui montre la Lune tandis que le sot ne regarde que son doigt. La sagesse des nations est un filon inépuisable alors creusons un peu celui-ci.
Nos dirigeants, sages autoproclamés, se sont fait élire en promettant la Lune. Manque de chance, celle-ci est capricieuse et, en fin de décroissance (mais y sommes-nous enfin ?) il faut attendre la nouvelle lune, croissante, pour y voir un peu clair. En attendant, les vieilles lunes chéries des Pierrots de la commedia dell’arte sont passées de mode. Les Pantalon, Arlequin et Polichinelle, faisant la cour à Colombine en jouant du pipeau, sont surannés dans les pays de Kalachnikov, de Marijuana, de C-D-Swap, de Binge-Drinking, de Wikileaks ou de Twitter (par exemple).
Pour occuper le terrain, ils veulent nous faire fantasmer sur une pleine lune resplendissante en 2025, après une croissance inexorable réveillée par la vertu de leur doigt magique.
Le problème est que la Lune s’est peut être éclipsée pour longtemps, que l’orage de la Crise Mondiale Multidimensionnelle gronde, avec ses nuages, sa grêle et ses flashs parasites. Ce problème est renforcé par la tendance, classique chez les dirigeants (comme chez les autres), de se boucher les yeux pour ne pas voir les réalités dérangeantes. Où, quand et comment la « Nouvelle Lune Croissante » va-t-elle apparaître pour leur permettre de la montrer du doigt ?
Un dirigeant normal se voit comme un phare qui éclaire le paysage. Il se veut statufié sur un piédestal, l’index levé, et la Lune qu’il a promise accrochée solidement au bout de son doigt. Ainsi, les sages et les sots, dans un même regard révérencieux, pourraient contempler à la fois son personnage, sa posture, et l’éclairage qu’il dispense …, à eux ensuite de se débrouiller !
La seule difficulté pratique est de découvrir et d'immobiliser une nouvelle lune croissant, et de l'arrimer solidement.
à plus …