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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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La liberté de bêler …

 

…  le libéralisme, mais pas au pas cadencé 

Mouton 1

Bêler, c’est bon pour les moutons. Aucun rapport avec le libéralisme. Voire …

 

Dans leur embourbement dans « la crise », confrontés aux résultats de leurs maladresses, les dirigeants politiques des différents pays semblent s’accorder dans un consensus mou : il faut faire confiance au libéralisme car la régulation sous leur égide a montré leur incapacité à traiter judicieusement la situation, quelles qu’en soient les modalités opérationnelles. Le dirigisme demande des compétences qu’ils n’ont pas et n’auront jamais car il leur faudrait être multi-compétents. De plus, il serait à l’évidence nécessaire de réformer le système, or aller contre toutes les inerties bien enracinées en tous lieux, c’est mécontenter tout le monde : ce serait suicidaire pour leur avenir électoral.

Ils ont décrété le non-lieu, ils ont libéré le libéralisme de leur garde à vue.

 

Ont-ils raison ? Le libéralisme évoque la « Liberté » et c’est une étiquette fort alléchante a priori. Tout le monde est d’accord sur un point « Vive la liberté ! ». Mais à partir de là, les choses se compliquent. Comment faut-il se comporter, en pratique ?

 

« Il est interdit d’interdire » est un slogan qui sonnait bien en 1969 mais qui est logiquement absurde. Il faut à la fois la chose et son contraire : c’est la parfaite illustration de l’impossibilité opérationnelle de respecter cette Liberté que tout le monde prétend défendre. « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! » : ce fut un constat de Manon Roland, égérie des révolutionnaires Girondins de 1789, qui était bien placée (sur le chemin de l’échafaud) pour savoir de quoi il retournait.

Ceux qui parlent le plus de la liberté, avec des trémolos dans leur babil, ce sont en même temps ceux se rattachent aux théories économico-politiques les plus antilibérales. Y-a comme un défaut !

 

La « Liberté » est farcie de paradoxes. Une bonne raison pour l’aborder dans ce blog.

 

Elle a pour fondement de supprimer toutes les contraintes extérieures à la personnalité de chacun. A l’individu de gérer sa liberté. En économie elle patronne le libéralisme qui consiste à se fier à « la loi du marché », autrement dit à laisser tous les individus se débrouiller entre eux dans le domaine opérationnel. Mais est-ce la liberté que de se soumettre à une loi, fût-ce volontairement, fût-elle la loi du Marché ?

 

Chacun a pu le constater, dès la cour de récréation : ceux qui profitent de la liberté opérationnelle, ce sont les plus forts et entreprenants. La liberté des uns bute sur la liberté des autres, alors les plus forts bousculent les plus faibles pour les contraindre à leurs vues. Leur contrainte envers les autres n’est limitée que par la dimension de leur sans-gêne et par le jeu des rivalités entre eux. Dans tout troupeau, il y a les dominants et les dominés.

En matière économique, qui détient le pouvoir ? Evidemment ceux qui pilotent la circulation des liquidités. Ce sont donc les dirigeants politiques, qui ont pouvoir pour prélever autoritairement, où ils le veulent, les liquidités en circulation, afin de les mettre au service de leurs objectifs, et aussi les financiers qui maîtrisent la mise en circulation des mêmes liquidités par le crédit et par la gestion des mouvements comptables.

Sous leur pilotage à deux manettes, qu’il se réduise à un laisser-faire, ou impose une forte régulation anti-libertaire, la loi du marché n’échappe pas à cette loi universelle, « la loi du plus fort est toujours la meilleure » selon un dicton bien connu. Mais le libéralisme n’est que la moins mauvaise solution car toutes les autres tutelles de l’économie ont prouvé qu’elles sont encore pires par leurs résultats. Jacques Rueff, tout en s’étonnant de sa mauvaise réputation, a souligné que le libéralisme était à la source de l’énorme développement économique des 19ème et 20ème siècles, qui permet de faire vivre aujourd’hui 7 milliards d’individus sur notre planète, ce qui aurait ahuri Malthus.

 

La liberté en économie présente deux faces à qui veut bien la regarder sans parti-pris théorique.

La mauvaise face est l’amplification des fractures sociales par le jeu des contraintes imposées sur les marchés par les uns aux autres. Dans les confrontations économiques, ce sont toujours les mêmes qui mènent le jeu, dans leur propre intérêt, et qui cantonnent sciemment les autres aux frontières de l’intolérable. La notion d’intérêt collectif n’est qu’une coquetterie de langage.

La bonne est la porte ouverte à la liberté de penser et de dire. Sans cette liberté, toute créativité est tuée dans l’œuf. L’adaptation raisonnée des pratiques à l’évolution inévitable des contingences est alors impossible. Pour la survie de l’espèce, il ne reste plus en ce cas que le jeu de la sélection darwinienne, la subsistance des mieux placés au détriment des autres, une accentuation de la facture sociale.

 

Il nous faut donc profiter de cette liberté de réfléchir, même relative, octroyée par les puissants, pour ne pas nous laisser circonvenir. Il nous faut chercher en permanence l’antidote opérationnel du moment pour soigner les défauts du libéralisme tout en le suivant.

 

De toutes les façons, la liberté de réfléchir génère elle-même ses limitations. Dans notre crise qui s’enracine, un auteur, Orwell, revient à la mode dans les commentaires. Ce n’est pas un hasard. Il a dénoncé le terrorisme intellectuel, autrement dit, il a défendu la liberté de penser. Confronté aux drames des révolutions marxistes et au fascisme des années 1930, il était, lui aussi, bien placé pour en juger.

Il a montré que la liberté de penser conduit à des courants de pensées qui s’opposent, qui embrigadent des supporters pour s’imposer. Ils instaurent dans les différents secteurs, c'est-à-dire partout où s’installent des collectifs d’activités opérationnelle, des « pensées uniques » dont il est malséant de s’affranchir.

 

La pensée unique est mortifère pour la liberté de penser mais elle tend toujours à s’installer dans les comportements collectifs. Elle se faufile partout, bien sûr dans les fonctionnements de la gouvernance étatique ou dans les pratiques financières à grande échelle, mais aussi dans des domaines où elle n’aurait rien à faire. Dans le billet précédent, j’ai abordé par la bande les outrances de la pensée unique qui prévaut dans le domaine culturel < article-l-enfance-de-l-art >.

A fortiori, il faut la brider dès qu’elle se développe dans des domaines cruciaux, en particulier donc dans nos fonctionnements politiques et financiers.

 

La pensée unique a sa marque de fabrique, elle essaye toujours de se présenter emmaillotée dans un emballage théorique afin que ses victimes évitent de penser (cela fatigue les méninges), qu’ils se contentent de se ranger derrière des entraîneurs, ceux qui « disent le vrai ». Ce qui lui convient, ce sont des entraîneurs entraînants, au charisme remarquable. Ce n’est plus la pensée qui guide, c’est la séduction du « bien-parlé », même si il ne présente que des sornettes. Le charisme est aussi un facteur de pouvoir, surtout s’il se combine avec des positions bien établies dans les domaines politiques ou financiers. On ne prête qu’aux riches, même quand il ne s’agit que de prêter attention.

 

Venons-en aux moutons.

 

Le citoyen ordinaire est habitué à être tondu par les détenteurs de pouvoir qui lui broutent la laine sur le dos. Néanmoins, ne serait-ce que par intermittence, il pense et il communique ses idées. Il ne le fait pas en bêlant comme les moutons, mais plutôt maintenant par Internet.

Dans notre troupeau, chacun doit s’efforcer de caser sa petite musique, en fonction de ses réflexions. Mais il ne s’agit pas de « bêler » tous en chœurs, en pas cadencé, une pensée unique, sous la baguette orchestrale de dominants qui joueraient les chiens de berger. Pour cela il faut veiller à ne pas se laisser prendre aux pièges de la communication, fût-elle indispensable, car ce sont les dirigeants qui bêlent le mieux. S’ils ne le faisaient pas, ils seraient suspectés par leurs ouailles de projets inavouables, par exemple celui de les tondre encore plus.

 

A chacun sa liberté de réfléchir et d’afficher ses convictions. Pour ce qui est du comportement à adopter il ne reste en fait que l’intuition profonde de ce qui est convenable en société et de ce qui ne l’est pas. Ce n’est pas une question de théories, c’est une question de valeurs humaines partagées.

 

La Liberté est indispensable, mais c’est prioritairement la liberté de penser, une ouverture vers la réflexion individuelle. Elle ne fournit aucune piste particulière pour une facilité opérationnelle et le libéralisme n’en est qu’un sous-produit. La « common decency » de Orwell, disons le « bon sens commun », doit primer intellectuellement par rapport à la pensée unique et au politiquement correct entretenus par ceux qui en profitent et les diffusent.

 

… à plus …

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A
Promenons-nous dans les blogs...<br /> La liberté en économie présente trois faces à qui veut bien la regarder sans parti-pris théorique.<br /> La troisième est une efficacité dans la production des richesses bien supérieure et des moutons bien plus grassouillets et libres de bêler, que dans les économies qui brident totalement cette liberté au profit d'une égalité qui donne aux gestionnaires de cette égalité une liberté que rien ne bride face à des moutons tous également tondus, ,silencieux, petits, et maigrichons.
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A
Ce dont vous vous étonnez par Rueff interposé, sans considérer qu'il s'agit là d'une des faces peut-être incontournable de cette liberté.