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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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La pompe à phynance

 

C'est une étiquette classique appliquée aux mécanismes financiers

 

pompe 1 Nous sommes au royaume du père Ubu et, comme des shadoks, les humains pompent de toute leur énergie avec comme principal effet de gonfler les portefeuilles des uns en vidant ceux des autres, sans rien produire de plus substantiel que du vent.

 

Dans ce blog, il est régulièrement et doctement affirmé que le crédit ne sert qu’à créer des liquidités scripturales, avec comme effet de pomper le pouvoir d’achat des uns pour alimenter celui d’autres. Passons à une démonstration en observant le fonctionnement d’un circuit financier réduit à l’essentiel pour mettre en évidence le mécanisme.

 

Je suis propriétaire et gérant d’une entreprise, le CCPB (Comptoir Commercial des Produits du Bâtiment). L’un de mes bons clients, l’entreprise MPF (Maçons de Père en Fils), vient me demander d’accepter de n’être payé, des 100 k€ qu’il doit pour une importante récente livraison, que dans plusieurs mois parce que les travaux qu’il a effectués à la banque BCBG (Banque de Crédit Bien Gérée) ne lui seront payés qu’après expertise par l’architecte attitré de la banque et que celui-ci est en mission dans un pays étranger, pour superviser la modernisation immobilière du réseau local de la dite banque.

Il se trouve que la BCBG est à la fois ma banque à titre personnel et celui du CCPB. Je me réjouis en constatant qu’elle est bien gérée et que j’ai bien fait de placer 100 k€, représentant mes économies personnelles, en obligations de la BCBG ; mais en même temps je me désole car il se trouve que mon entreprise doit payer la même somme en taxes et impôts au fisc (qui se fait un plaisir en cas de retard d’infliger des pénalités).

Ne voulant pas tomber dans le collimateur de l’inspecteur des impôts, je vais à la BCBG pour solliciter une autorisation de découvert de 100 k€ qui m’est accordée avec le sourire parce que je suis clean.

Trois mois après, je m’aperçois que les frais de découvert se montent déjà à 5 k€ et la bonne gestion de la BCBG commence à m’inquiéter sérieusement. Heureusement, je reçois le chèque attendu de MPF que je me dépêche de remettre en banque. Comme il reste encore 5 k€ de découvert, je fais une avance de trésorerie en alimentant mon compte d’associé du CCPB, avec un chèque de cette somme tiré sur mon compte personnel.

 

Qui est berné en l’occurrence par la bonne gestion de la BCBG ? Ma pomme !

 

Déjà, il est possible de constater que le volume des liquidités mises en circulation est passé de 100 à 105 k€ simplement par  le jeu de quelques écritures. Point n’est besoin que la BCBG emprunte auprès de la Banque Centrale Européenne et l’impact sur l’inflation est absolument nul, toutes proportions gardées.

Mon pouvoir d’achat a été ponctionné au bénéfice des salariés et actionnaires de la banque qui n’ont pas eu à se fatiguer alors que je me débats quotidiennement et sans compter mes heures, pour faire tourner la boutique (et nourrir salariés et familles).

Ce genre de cocufiage s’est fait en douceur, simplement en laissant fonctionner le système. Il fallait simplement un capital de départ et il n’est pas entamé. Dans cette histoire, c’est moi qui l’ai fourni mais cela aurait pu être n’importe qui.  

 

Selon le contexte, les choses peuvent être reçues de plusieurs façons.

 

Si je n’étais pas actionnaire de la BCBG, j’aurais à diminuer de 5 k€ mon pouvoir d’achat et à essayer de bosser plus et mieux pour le récupérer, … si je peux.

 

Il se trouve néanmoins qu’en tant que détenteur d’obligations de la banque, je vais recevoir 2 k€ d’intérêts (après amputation des frais de tenue de compte et du prélèvement forfaitaire au bénéfice du fisc). Je me dirai donc que c’est toujours ça de repris et que si je changeais de banque ce serait pareil. J’aurai à bosser pour récupérer 3 k€.

 

Si j’étais un très gros actionnaire de la BCBG, grâce à des dividendes et même peut-être à des jetons de présence, je toucherais largement plus que les misérables 5 k€ perdus par ailleurs. Ceci serait au détriment d'un certain nombre d'autres usagers mais ce n'est pas mon problème. Je n’aurais même plus à travailler. Avec un train de vie décent, je pourrais acheter encore des titres, pourquoi pas de la BCBG puisqu’elle est si bien gérée. Si je plaçais mes revenus au lieu d’augmenter mes consommations, il n’y aurait aucun impact sur l’inflation, simplement d’autres encore seraient condamnés à consommer moins ou à produire plus. Au futur je gagnerais encore plus et la BCBG pourrait encore mieux fournir des crédits pour pomper la phynance dans la poche de ses clients. Le cours en bourse de ses obligations et actions se porterait toujours bien (à ma grande satisfaction) et sa notation resterait du AAA (ce qui facilite son efficacité comme ampli du capital).

 

Pour commencer à bénéficier petitement du système, je calcule qu’il aurait fallu que je place un capital de départ supérieur à 250 k€, … à condition bien sûr d’en disposer.

 

Cette petite description symbolise en fait, vous l’avez compris, les rapports entre l’usager (mon personnage fictif, avec le double rôle de professionnel et de client privé), et le système financier (la BCBG). Tout le mode est abusé car chacun fait consciencieusement ce qui lui semble logique. En fait, le système financier fonctionne en l’occurrence comme une pompe pour soutirer du pouvoir d’achat partout où il faut faire circuler des liquidités, aux bénéfices réels d’une faible minorité inactive.

Ne pourrait-on pas gérer différemment les flux monétaires ? J’attends vos commentaires et propositions éclairées.

 

Nota : d’autres mécanismes entrent aussi en jeu pour pomper, par exemple les produits dérivés. Ce sera, le cas échéant, l’objet d’autres billets.

 

Le système financier se porte bien. S’il a des défaillances, c’est au reste du monde de pédaler pour le regonfler.

Il est indispensable comme machine à faire circuler les liquidités mais il fait du zèle au bénéfice de certains. « Y-a comme un défaut ! » dirait Fernand Raynaud s’il était encore en vie mais ça, c’est de l’histoire très ancienne.                  Au marché factuel, l’effet Larsen,

 

à plus …

 

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