Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
ou l’addiction à une monnaie trop forte.
C’est un sujet tabou. Que je sache, il n’est jamais abordé dans les réunions du G20 car il dérange tous les princes qui nous gouvernent. L’assujetti ordinaire n’a pas les mêmes scrupules, alors, allons y.
Pour les petits curieux qui regardent autour d’eux, il existe un sujet d’étonnement sans réponse officielle. Comment se fait-il que, dans certains pays, nombreux, à compétences égales, à performances équivalentes et à conditions de travail comparables, les salariés soient payés nettement moins cher moins cher que chez nous ? Pour un pays donné, mettons le Maroc (qui n'est pas très loin), c’est inférieur à la moitié. Suivant les contrées et les professions, cela peut être un peu différent mais le phénomène est très fréquent. Pourtant, le niveau de vie y est tout à fait honorable (à conditions professionnelles comparables, bien sûr).
Evidemment, c’est parce que, chez eux, tous les produits et services de consommation courante sont aussi en proportion. Cela tient aux « taux de change ».
Cela signifie donc que les taux de change n’ont pas grand-chose à voir avec l’économie réelle, ne pensez-vous pas ?
Ce phénomène curieux s’installe de manière très insidieuse. A partir d’un contexte propice, plusieurs phénomènes se mettent en place et se développent de manière irréversible.
Ø L’enclenchement
- Situation de départ - Un pays, la France par exemple (mais d’autres sont tout autant concernés), réunit les conditions de fonctionnement d’une économie suffisamment solide (ressources, compétences, infrastructures, structures de production, de distribution et de gestion financières bien rodées, organisation politique stable, dirigeants plutôt honnêtes et compétents, …) – Dans d’autres pays, certaines des conditions ci-dessus, notoirement, ne sont pas remplies ce qui crée des inquiétudes quant à l’évolution de l’économie et la garantie chez eux du droit de propriété.
- Les populations des différents pays ont intérêt à commercer ensemble de manière à ce que la répartition des activités de production soit optimisée en termes d’efficience globale. Dans une économie générale mondialisée, c’est ce qu’elles font à grande échelle. Il existe des échanges de produits et de services entre pays et des échanges de monnaies en conséquence.
- En raison du commerce international, les vendeurs des autres pays vont recevoir des euros (des francs précédemment), et nos représentants vont se voir proposer d’autres monnaies. Les détenteurs de liquidités essayent de maintenir leur pouvoir d’achat. Beaucoup de ces autres monnaies inspirent des inquiétudes à leurs possesseurs. Ils vont essayer de les éviter, pour thésauriser des monnaies plus solides, ou de les échanger contre des euros. Il va y avoir sur le marché des changes un déséquilibre des offres et des demandes. La cote de l’Euro va grimper. De ce fait nos biens durables vont aussi être surcotés par rapport à leurs équivalents ailleurs.
Si l’on peut parler d’objectivité dans ce domaine, le décalage des cotes a comme justification l’écart des risques concernant la propriété de richesses dans les différents pays.
- L’évolution des cotes respectives des monnaies, toutes choses égales par ailleurs, va nécessiter que les quantités de produits exportés des pays à monnaie plus faible augmentent face à nos exportations pour maintenir l’équilibre du commerce. Leurs populations devront travailler plus pour consommer nos productions s’ils en ont besoin. A travail égal, qualitativement et quantitativement, les niveaux de vie seront supérieurs chez nous.
Ø La désindustrialisation
Plusieurs évolutions vont se produire :
- Pour des produits équivalents, il sera plus intéressant, en raison des différences de prix de revient, de les acheter ailleurs que de les produire. Il y aura une pression factuelle des consommateurs sur les chaînes de distribution pour faire évoluer leurs approvisionnements dans ce sens.
Chez nous, les producteurs des produits concernés n’auront plus de clients et une désindustrialisation (au sens large incluant aussi des productions agricoles) va se produire. Cela va concerner au début tous les produits qui peuvent être fabriqués indifféremment dans tous les pays.
- Nos équipementiers affectés par la désindustrialisation, bénéficiant de leur savoir-faire, vont chercher et trouver des clients dans d’autres pays, ce qui soutiendra l’équilibre commercial pendant quelques temps. De toutes les façons ils n’auront pas d’autres choix pour subsister. C’est tout aussi vrai dans les pays dans la même situation que ceux de l’Euroland (USA, GB …).
La désindustrialisation va faire tache d’huile. De manière générale, toutes les productions de consommation courante, ne demandant pas de main d’œuvre très qualifiée ni expérimentée, ni des conditions structurelles particulières, vont tendre à émigrer, avec un chômage chez nous pour la main d’œuvre peu qualifiée.
- Pour des raisons de coût de main d’œuvre (et d’autres citées plus loin), la fabrication d’équipements, la recherche technologique et le savoir-faire vont alors se développer dans d’autres pays, les BRICS entre autres.
- Il ne subsistera chez nous que les productions de haut de gamme demandant un savoir-faire très spécifique, certaines productions de niches, les productions soutenues artificiellement par des subventions, ainsi que les productions de prestige, bénéficiant (tant que cela peut durer) de l’image de luxe attachée au pays.
Le manque de débouchés pour les produits locaux dans de nombreux secteurs de l’économie, combiné avec les habitudes anciennes et les inerties du système social et éducatif, va entretenir un chômage structurel.
- Dans ce processus, nos avantages à base de savoir-faire spécifique disparaissent progressivement. Les secteurs réputés culturels et artistiques résistent mieux parce qu’ils bénéficient de structures bien rodées de promotion, et du prestige de la culture, auprès des nouveaux riches qui cherchent à se doter d’une image de respectabilité intellectuelle.
- Malgré la désindustrialisation, la situation est ressentie comme confortable par la majorité de nos concitoyens (ceux qui ne souffrent pas réellement du chômage) pour plusieurs raisons : Les consommateurs ont à leur disposition des produits à plus faible coût, sans avoir à supporter les contraintes de leur production – Les objets monétaires euros (créances) trouvent facilement preneurs, l’industrie financière est prospère – Les entrepreneurs peuvent facilement entreprendre de manière capitalistique dans les autres pays – Les propriétaires disposent de richesses surévaluées, ils sont des « riches » – Les travailleurs venant des autres pays sont disposés à assurer les travaux pénibles ou déconsidérés.
L’inconvénient du chômage, par contre, nécessite la mise en place de dispositifs de prélèvement et de redistribution pour éviter trop de tensions sociales. Cette situation est supportable jusqu’à un certain niveau.
Ø L’équilibre des comptes
Il s’agit d’équilibrer les échanges, il faut vendre quelque chose pour équilibrer nos achats de consommation.
- Les créances trouvant facilement preneur. L’industrie financière qui en vit encourage le crédit. Tout le monde y recourt : Les instances publiques pour financer leurs générosités sans avoir à imposer trop de taxes impopulaires – Les consommateurs éblouis par les fantasmes d’une consommation sans limites – Les investisseurs pour leurs projets dans tous les pays – Les spéculateurs pour spéculer – Les organismes sociaux pour faire face à la croissance des effets de l’inactivité.
Des créances sous diverses formes, ou des produits financiers dérivés à base de créances sont donc vendus largement aux possesseurs étrangers d’euros.
- Les propriétaires qui ont des besoins de liquidités et qui ne veulent pas s’engager dans des surendettements irraisonnés trouvent facilement preneurs pour leurs biens intéressants, à des prix élevés, auprès des très riches des autres pays. Cela concerne principalement deux natures de biens, les achats de prestige et les parts de sociétés (avec le savoir-faire, les équipements et les pouvoirs de décision que cela représente). C’est « la vente de bijoux de famille » !
Ce phénomène est masqué temporairement comme « investissement de capitaux étrangers » et les gogos se réjouissent de « l’attractivité du pays ».
- Les propriétaires des autres pays qui veulent spéculer ont accès à nos services bancaires, développée et bien organisée. Nous vendons des services financiers.
D’autres services sont aussi vendus, formation supérieure et connaissances technologiques, services d’ingénierie, ainsi que les équipements qui vont avec (tout au moins au début).
- En contrepartie, nous achetons des produits et services tangibles qui disparaissent dans la consommation et dont il ne reste que les résidus polluants.
Les autres pays se trouvent donc alimentés en richesses durables, qu’elles soient cotées ou non, titres, parts de sociétés, équipements, savoir-faire, formation supérieure, brevets et licences.
- Les comptes sont équilibrés, « Tout va très bien Madame la Marquise ! » … Il y a quand même un « tout petit rien », nous nous vidons d’une bonne partie de nos atouts concurrentiels et les autres pays disposent de créances qui ne demandent qu’à s’exercer à nos dépens. Tant que l’Euro reste très surcoté, cela freine le dépouillement progressif mais le moindre signe de faiblesse peut provoquer un hallali.
Ø L’addiction
- Pour les approvisionnements de consommation, nous devenons de plus en plus dépendants, d’autant que tous ont pris l’habitude de consommer largement sans s’investir dans des activités de production. Une addiction à la consommation est installée, conjointement à une habitude d’assistanat public et au recours culturel à « l’Etat Providence ».
La nécessité de produire pour consommer est complètement passée aux oubliettes par des élites nanties converties à l’hédonisme.
- Pour maintenir nos capacités d’approvisionnements, nous n’avons que la ressource des activités financières, à base de crédit et de spéculation, afin de faire fructifier les rentrées d’euros.
- Les biens durables prennent des valeurs de plus en plus élevées, ceux de nos concitoyens en premier lieu mais aussi ceux des riches étrangers.
Il se crée un écart de richesses grandissant entre, d’une part les privilégiés et les propriétaires qui voient leur patrimoine s’accroître mécaniquement en valeur, d’autre part les producteurs ou assistés qui dépensent tous leurs revenus, surtout s’ils font appel au crédit pour céder aux séductions ludiques de la société de consommation. Le mécontentement tend à devenir explosif.
- Pour financer les dépenses publiques, des prélèvements importants sur les flux monétaires sont nécessaires (plus de la moitié du PIB).
Les flux relatifs aux activités financières et spéculatives sont considérables, mais celles-ci sont en grande partie mondialisées. Dans de nombreux cas, faire apparaître l’accroissement d’une richesse à un endroit ou à un autre du globe est une simple question de jeux d’écritures. Pour conserver sur le domaine national la matérialisation comptable d’un accroissement de richesse, il faut limiter les prélèvements. Les taxes sur les revenus financiers et sur les plus-values doivent rester très mesurées. Néanmoins l’évasion fiscale est élevée et les paradis fiscaux se portent bien.
Les flux monétaires relatifs à la consommation locale et à la production qui subsiste sont eux bien localisés. Ils sont donc ponctionnés (TVA, cotisations sociales). Les coûts sont accrus d’autant. La compétitivité diminue et la désindustrialisation s’accélère.
Le recours au crédit arrange tout le monde …, tant qu’il peut durer.
- Cette situation de monnaie forte (chez nous et ailleurs) et de recours au crédit facile est encouragée par les BRICS qui tirent des bienfaits substantiels de la situation. Ils n’ont aucune difficulté à maintenir des écarts de change favorables à leurs intérêts étant donné nos aveuglements. Les possédants de tous les pays soutiennent cette addiction qui conduit à une survalorisation permanente de leurs avoirs en euros.
L’addiction pathologique s’installe à partir du moment où la balance commerciale devient déficitaire et où la balance des comptes ne reste équilibrée que grâce à une augmentation conventionnelle, à base spéculative, de la valeur des richesses durables intransportables ailleurs. Le déficit des productions est compensé par une vente à tendance hémorragique de celles-ci à l’étranger.
L’accroissement de l’endettement et la croissance conventionnelle continue des richesses durables sont-ils irréversibles ? En raison de l’aveuglement populaire (souvent entretenu par démagogie) et de l’addiction généralisée à la consommation matérielle, on peut le penser. La seule solution est une combinaison délicate entre une rigueur sélective du côté des consommations et une inflation contrôlée pour permettre un atterrissage en douceur. Cela impose un rééquilibrage des revenus pour répartir les chocs. C’est tellement délicat et cela demande tellement de consensus international que c’est probablement utopique, mais « point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ».
Monsieur Calderon raille Monsieur Hollande qui fait le choix de fermer les yeux sur les réalités. C’est paradoxal. Il devrait lui aussi porter des lunettes car, bien que la GB ait du pétrole, que la City se porte bien, et que la jet-set affectionne Londres, la foule ordinaire renâcle aussi chez lui.
Je n’en dirai pas plus car « il ne faut pas parler de corde dans la maison d’un pendu » dit la sagesse populaire.
à plus …
PS - Le Quatar vient d'acheter chez nous quatre grands hôtels de luxe ...