Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
une monnaie ancrée sur le réel
La crise actuelle s’est cristallisée autour de la défense de l’Euro. Les plus éminents experts se triturent les méninges, sans succès jusqu’à maintenant, pour éviter le tsunami économique mondial que provoquerait l’effondrement de cette monnaie. Pourtant, au départ, il ne s’agissait que de faire face aux imprudences d’un pays, la Grèce, qui ne pèse pas bien lourd dans l’économie mondiale, même s’il dispose d’une position éminente dans l’histoire des civilisations.
La pratique monétaire est à l’évidence le talon d’Achille de l’économie. Pourquoi ?
Dans l’entendement commun, la monnaie (ou plutôt les monnaies) n’est qu’un moyen pour faciliter le troc. Pour permettre l’échange généralisé des richesses destinées aux consommations individuelles, c’est un intermédiaire d’échange, neutre par rapport à la richesse contre laquelle il est troqué. C’est un support de valeur, dûment étalonné pour jouer un rôle de symbole quantitatif. D’un pays à un autre, grâce à une cotation conventionnelle du change, les frontières deviennent perméables aux marchandises.
L’existence humaine, comme toute manifestation de la vie terrestre, se déroule dans un contexte concurrentiel inévitable. Il existe une concurrence entre individus. Etant donné que l’être humain ne peut perdurer que collectivement, il existe aussi une concurrence entre collectivités et en particulier entre nations.
Il faut gérer cette concurrence.
Le moyen le plus primitif est de jouer du tandem guerre-diplomatie ce qui revient à réguler par la nuisance et la menace. Pour beaucoup, c’est dérangeant car cela risque de les transformer rapidement en dégâts collatéraux.
Amasser des monnaies permet tout autant d’assurer une dominance durable aux gagnants, mais d’une manière beaucoup plus soft. Entre gens civilisés, c’est ainsi que se déroule, autant que faire se peut, la régulation du phénomène concurrentiel entre nations. L’industrie financière est de ce fait devenue une industrie de combat tout autant que l’industrie guerrière. Les taux de change sont devenus des armes.
Avec les espèces, les nations avaient le moyen de contrôler l’utilisation de leur monnaie et donc de prendre en considération l’intérêt national. Elles le faisaient plus ou moins intelligemment mais les dommages économiques restaient confinés, le cas échéant.
Avec la monnaie scripturale et les progrès dans la transmission de l’information, les frontières se sont effondrées un peu partout en ce qui concerne l’industrie financière. Les activités financières se sont mises à fonctionner dans un univers virtuel international qui s’est décroché des économies nationales. Les taux de change, sous le contrôle des organismes financiers, se sont mis à évoluer, non pas en fonction des réalités des économies nationales, mais en fonction des commodités des acteurs financiers les plus influents. Les dirigeants financiers, comme les autres dirigeants pour la plupart, sont soucieux d’abord de leur intérêt personnel, puis de l’intérêt de leur communauté d’appartenance immédiate, et seulement ensuite de l’intérêt de leurs concitoyens. Leur communauté, à laquelle ils doivent des comptes mais qui les met en position hégémonique, est le microcosme international des acteurs financiers prépondérants et ils s’y confortent mutuellement sous peine de bannissement.
Ce microcosme n’a pas hésité à jouer des taux de change en fonction de ses intérêts particuliers, sans souci des intérêts nationaux, sachant que ceux-ci sont forcément antagonistes. Le financiarisme a engagé les nations économiquement solides dans des addictions à des monnaies surévaluées qui permettent au microcosme d’agir sur les dirigeants politiques. Les taux de change sont devenus virtuels et les économies nationales se sont engagées dans des impasses < Le problème de l'Euro, ... >. Maintenant tout le monde est en train d’errer dans un labyrinthe constellé d’absurdités économiques.
Comment remettre sur pied une gestion monétaire qui collerait au terrain de l’économie réelle ?
Une monnaie unique serait ingérable car forcément accaparée par un pays, ou quelques pays dominants aux économies coordonnées. Les autres seraient rapidement en décalage. L’Euroland en fait actuellement une démonstration. Une autre a été faite par les pays, comme l’Argentine, qui ont voulu se raccrocher trop longtemps au Dollar US.
Le Bancor de Keynes, avec une chambre de compensation régnant sur le troupeau des monnaies, ou tout autre système dépendant de l’économie financière internationale virtuelle, n’est pas non plus la solution.
Ma petite utopie à moi est la suivante : avoir des taux de changes basés sur un étalon qui ne soit ni l’or, ni le dollar, ni l’Euro, mais un « panier de la ménagère ». Chaque pays, sous le contrôle d’un organisme international, aurait à définir un panier-type (ou caddy-type) correspondant aux besoins de consommation mensuelle (ou tout autre cadencement convenu) d’un panel de consommateurs déterminé (actifs, retraités, enfants, etc.) bénéficiant d’un niveau de vie « normal » aux yeux de la majorité des citoyens. Le contenu de ce « basket » serait concrétisé par une liste quantifiée de produits et de service concrets (alimentation saine, logement, transport, éducation, soins de santé) propre à chaque pays. Le prix en monnaie locale du « basket » donnerait le taux de change de la monnaie concernée. Ce serait une sorte d’« étalon Mac Do » amélioré.
Pourquoi laisser la composition de ce basket à la discrétion du pays et non à une commission pluridisciplinaire d’experts internationaux ?
D’abord parce que les modes de vie varient selon les pays.
Ensuite, parce que les pays qui positionneraient trop haut leurs exigences de confort seraient désavantagés dans le commerce international et inversement. Cela devrait conduire vers une uniformisation à terme des niveaux de vie et supprimer beaucoup des tensions dommageables qui se manifestent partout.
C’est très utopique parce que, si cela était, les balances commerciales de tous les pays riches s’effondreraient très rapidement car leurs monnaies, grâce à l’industrie financière, sont très surévaluées par rapport à leur économie réelle, à savoir celle de leur équilibre entre productions et consommations réelles.
Mais après tout, en y allant très prudemment et progressivement, ne serait-ce pas possible ? On peut toujours rêver, et ma grand-mère, paix à son âme, me surnommait Jean-de-la-Lune quand j’étais petit, il y a longtemps.
à plus …