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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Le râtelier

L’économie est mondialisée. Qu’est-ce que ceci signifie ?

 

C’est simple. Les produits et services consommés à un endroit précis de la planète sont, pour la plupart, élaborés ailleurs, au moins en grande partie. Cet « ailleurs » peut se situer dans un quelconque pays lointain, les producteurs sont des personnes dont le consommateur n’a pas la moindre connaissance. A notre époque, surtout dans les pays réputés développés, la part d’autosuffisance devient de plus en plus inexistante.

 

L’économie mondiale fonctionne comme un énorme râtelier, pour approvisionner toute la consommation de l’ensemble de la population de la planète. Des « producteurs » le remplissent et les « consommateurs » le vident.

Tous les humains ne sont pas producteurs, loin de là. Le sont ceux qui n’ont pas trouvé le moyen de vivre sans se fatiguer, en étant utiles à tous. Par contre tous sont des consommateurs qui dépendent de ce système de manière vitale, ne serait-ce que pour ne pas mourir de faim. Il y a bien quelques originaux vivant en autarcie, ou quelques reliques de tribus primitives au cœur de l’Amazonie, mais ils sont en nombre négligeable.

                                 

Pour se servir au râtelier, il faut respecter un ordre de préséance. En tête de file sont les plus puissants, ceux qui ont le plus gros pouvoir d’achat en monnaie internationale. La queue s’organise ensuite par pouvoir d’achat décroissant. Les plus riches prélèvent ce qui les intéresse, puis les un peu moins riches et ainsi de suite. C’est l’argent disponible pour dépenser qui sert de critère. En fin de cortège, se trouvent par exemple les enfants travaillant dans les mines de Bolivie, ou ceux qui trient au Bengladesh les déchets toxiques collectés dans les poubelles des pays riches. Les mal nourris sont estimés à 2 milliards.

                 râtelier

Il est intéressant de regarder comment les choses se passent dans la file d’attente.

 

D’abord il y règne une certaine discipline car de multiples précautions sont prises pour éviter les comportements violents.

 

En tête, les choses sont simples. Le palmarès est connu. Il est publié régulièrement par le magazine « Forbes ».

 

Derrière, il se passe ce qui se passe toujours dans une file d’attente, les participants regardent attentivement ceux qui se trouvent devant eux et ignorent superbement ceux qui se trouvent derrière, a fortiori ceux qui sont perdus au bout de la queue (qui est longue, quand même d’environ 7 milliards d’individus !).

En termes de consommation effective, les plus pauvres des pays riches se trouvent objectivement dans le premier tiers, le plus favorisé, quoiqu’ils en pensent puisqu’ils ne regardent pas dans le rétroviseur. Ceci explique l’immigration clandestine depuis les pays pauvres.

 

Chacun, évidemment, essaye de se placer mieux en gagnant des places dans la queue.

Cela peut être en flattant les riches, pour se faire rétrocéder de la monnaie. Cela peut être en produisant plus et mieux pour gagner plus, en bénéficiant de la reconnaissance de ceux qui apprécient de voir le râteler mieux garni. Cela peut être en combinant les deux, c'est-à-dire en produisant plus ce qui plait aux riches, c'est-à-dire du superflu à la mode : c’est le plus efficace.

Il y a d’autres moyens. Il est intéressant de faire bloc. Une troupe impressionne et peut obtenir plus en intimidant. De là, l’existence de multiples groupes de pression, syndicats ou autres. Cette manœuvre trouve assez vite ses limites car elle suscite des groupes de résistance et un équilibre se crée.

Elle est plus porteuse quand le groupe dispose d’un fort pouvoir de nuisance, par exemple quand il contrôle un monopole et peut bloquer le fonctionnement économique au détriment d’un grand nombre de consommateurs. A ce titre, tous les monopoles que sont les services publics dans les différents pays sont particulièrement bien placés.

 

En fait, il existe de nombreuses façons d’essayer de bien se placer dans la queue. Certaines sont des manœuvres concertées au niveau d’un pays, ou d’une profession. Il existe des moyens légaux et d’autres qui le sont moins. Il y a les trafics, la corruption, les mafias, etc.

Pour être avec les plus riches, les méthodes sont bien connues, à base de spéculation, mais elles ne sont pas à la portée de tout le monde. Les magazines économiques les exposent clairement à ceux qui veulent en savoir plus. L’histoire de Crésus, sur ce blog, aborde le sujet de façon plus accessible < Le royaume de Crésus  >.  

 

Toujours est-il que certains sont toujours les mieux servis, et largement. D’autres sont toujours réduits à la portion congrue. Ce sont ceux qui sont près du râtelier qui définissent la manière de le remplir. En conséquence, les derniers n’y trouvent guère ce qui leur conviendrait le mieux. Ceux qui sont du mauvais côté de la file doivent se contenter de ce qui reste, même si ce n’est parfois que de la nourriture pour animaux de compagnie, dont la date de péremption est dépassée.

 

Des organisations caritatives font la quête tout le long de la file pour faire descendre un peu plus de consommation vers le bas, avec plus ou moins d’efficacité.

 

Il arrive que certains démunis, ayant dépassé leurs limites supportables dans la détresse se révoltent. Ils chassent leurs dirigeants en espérant mieux. C’est ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte (nota : il est aussi des révolutions pour d’autres raisons que la pénurie). Encore faut-il qu’ils aient encore la force et les moyens de le faire, ce qui n’est pas le cas de ceux tout au bout de la queue, ils sont trop faibles.

 

Vous allez peut-être penser : où est le côté paradoxal ? Il y en a plusieurs.

 

Le premier est que ce système soit considéré comme optimisé, et soit ingénieusement entretenu, alors que les écarts de consommation entre les deux extrémités de la file sont vertigineux et continuent de s’accroître.

Le second est qu’il concentre l’ingéniosité et les moyens sur le perfectionnement du superflu alors que l’indispensable est mal approvisionné.

Le dernier, et non le moindre, est que tout le monde souhaite un râtelier copieusement garni, quantitativement et qualitativement, mais que tout le monde se fait tirer l’oreille quand il s’agit de travailler pour produire de quoi l’approvisionner. Les humains préfèrent jouer des coudes pour reléguer derrière eux ceux qui sont devant, ce qui ne fait que déplacer ailleurs les problèmes avant qu’ils reviennent, comme le mistigri du jeu de cartes.

 

Vous pouvez trouver ce texte un peu provocateur. Rassurez-vous, ce n’est pas par hasard. Si vous avez une contreproposition, je suis preneur.

 

A plus.

 

 

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