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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Maurice Allais, protectionnisme et régulation financière

Maurice Allais, libéral et socialiste

 

Hérisson

 

Le protectionnisme et la régulation financière s’installent dans la discours politique. Peut-être peut-on y voir une résurgence de la pensée de Maurice Allais, le seul prix Nobel français en Economie, décédé il y a un an. Il avait été  soigneusement évacué du politiquement correct car il se définissait lui-même, que je sache, à la fois comme libéral et socialiste. C’était paradoxal et il y avait dans ce positionnement de quoi inquiéter tous les dogmatismes. Comme ni le libéralisme, ni le socialisme ne semblent capables de régler les problèmes de l’heure, il est tout aussi paradoxal de l’évoquer.

 

Non seulement économiste, il était un scientifique reconnu. Ceci implique une méthodologie de travail : il observait, de l’observation il déduisait des théories puis cherchait dans les réalités la confirmation de ses théories. Egalement, il était précis dans ses formulations, il n’habillait pas les mots de connotations déformantes qui arrivent à leur faire dire le contraire de leur définition.

Quand il parlait de libéralisme, il considérait que les productions, les prix et les consommations arrivaient à un équilibre acceptable par le jeu de libres négociations entre individus informés, responsables et prévoyants. Il voyait dans le libéralisme un moteur pour développer la production en fonction des besoins. Il considérait que ce système était préférable aux décisions arbitraires de puissants maniaques dictatoriaux. Il n’évoquait donc pas des foires  d’empoigne sordides, avec des chiffres truqués, des manœuvres déloyales, des abus de pouvoir et des informations mensongères.

Quand il parlait de socialisme, il évoquait une volonté d’équilibre social où une juste distribution des richesses, des droits et des devoirs évite des distorsions choquantes entre individus. Il préférait la solidarité et le respect de la dignité humaine aux autocraties, ploutocraties et autres tyrannies. Mais pour lui, le socialisme n’était pas l’affiliation aveugle à un parti paralysé, comme les autres, par un sectarisme dogmatique, le clientélisme, la démagogie, avec des représentants soigneusement conditionnés dès leur plus jeune âge en pouponnière par le sérail, nantis, cumulards et abonnés aux jeux des conflits d’intérêts.

 

Toujours est-il qu’il prônait un certain protectionnisme, autrement dit une surveillance aux frontières et des droits de douane sélectifs. Il ne le faisait pas par principe, mais il y voyait un moyen d’agir comme palliatif aux distorsions entre pays. Pour lui, me semble-t-il, ces distorsions  résultaient d’une mauvaise mise en œuvre du libéralisme et de la démocratie. Le protectionnisme n’était qu’une mesure palliative en attendant que la situation internationale se rééquilibre.

Il voyait le déséquilibre actuel comme le résultat d’une mondialisation de l’économie qui prend la forme d’une guerre internationale entre blocs menant des stratégies antagonistes.

Le protectionnisme consiste à instaurer la guerre de tranchées à la place de la guerre de mouvement, mais c’est toujours la guerre. C’est prendre la position du hérisson qui se met en boule piquante, confronté à un renard. Ce n’est pas une posture très confortable. Pour la tenir longtemps, il faut savoir s’en contenter malgré les crampes. Le rideau de fer s’est effondré sous le souffle de l’implosion de l’économie protectionniste soviétique.

C’est une attitude tactique qui ne peut s’envisager raisonnablement que dans une perspective raisonnée de reconquête du marché intérieur(*). En faire une stratégie permanente, c’est s’inscrire d’emblée en position de faiblesse, c’est partir battu d’avance.

 

Maurice Allais prônait aussi, je crois, la régulation financière, l’éradication de la spéculation et le contrôle de la création abusive d’objets monétaires par le crédit. Cela ne lui valait sûrement pas que des amis dans les sphères du CAC 40 ou du Dow Jones.

Il avait compris, lui, que le recours au crédit n’enrichit que les prêteurs et qu’elle devient une machine à plumer les naïfs à l’heure des échéances. Il voulait limiter les liquidités au nécessaire pour faire circuler les flux de production et de distribution, sans plus, car les excédents ne peuvent qu’aller vers la spéculation et le gonflement artificiel du prix des richesses pérennes, au détriment des coûts de production.

 

Sur bien des points, il avait raison, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille le suivre dans tous ses attendus, en particulier sur la mondialisation.

Il la prenait en compte comme une agression, mais si elle prend une telle allure, ce n’est qu’en raison des écarts énormes de niveau de vie entre des pays moins évolués et ceux, comme le notre, qui ont profité de leur supériorité technologique et organisationnelle depuis 150 ans pour se gaver de consommations anarchiques aux dépens des ressources de toute la planète. Nos pays ont vécu à crédit et, en échange, ils ont distribué des titres de propriété surévalués (voir <  Monnaie forte   >).

Depuis une vingtaine d’années, certains autres pays commencent à toucher des dividendes de leurs investissements en sueur et en exploitation de leurs ressources naturelles. Ils se font payer en richesses durables. Notre belle vie à crédit semble bien compromise et pour continuer à consommer, il va falloir produire. C’est inquiétant quand, jusque là, tout a été organisé pour éviter de se fatiguer et quand les outils de production ont été échangés contre des gâteries déjà disparues dans la consommation.

Dans nos pays l’inquiétude s’installe, les plus faibles ne veulent pas être comme d’habitude les dindons de la farce, et les nantis s’offusquent à l’idée de  limiter leurs appétits. Tout le monde s’indigne à titre préventif.

L’intérêt de tous les pays, les « occidentaux », les « BRIC (**) » et les « braques », n’est pas de se faire la guerre, mais de chercher un modus vivendi pour aller progressivement vers un équilibre des pouvoirs d’achat réels. Ouvrir brutalement des hostilités protectionnistes serait une maladresse.

Tout changement en profondeur passe nécessairement par une restructuration complète du système financier et monétaire international. Il est encore entre les mains des occidentaux. Ils ont encore la possibilité de le rebâtir avec persévérance, par étapes. Mais plus le temps passe, plus l’opération risque de leur échapper.

Il aurait fallu être plus lucide il y a trente ans et maintenant il faut rattraper le temps perdu. Cela demande un ambitieux projet politique de dialogue international, s’appuyant sur une éthique évidente de reconnaissance et de respect mutuel. Dans un tel contexte, les discours ne suffisent pas, il faut entraîner, donc être convaincant, donc être exemplaire. Cela passe donc d’abord par un projet national clair, réaliste et circonstancié, avec des objectifs  de premiers résultats probants, pour lever les méfiances internationales.

 

Depuis plus de trente ans, nos dirigeants politiques se sont déconsidérés pour la plupart par leurs aveuglements, leur démagogie, leurs boniments et les contre-exemples qu’ils offraient en matière de comportement et de sectarisme. Ils sont maintenant acculés à devoir se comporter, non en politicards, mais en figures historiques. Il leur faut se métamorphoser pour ne pas s’effondrer piteusement et nous avec. Restons optimistes car il ne faut jamais partir battus d’avance, mais ne rêvons pas !

 

à plus …

  

(*) Ce qui signifie se serrer la ceinture et bosser, mais c’est de toutes les façons indispensable

(**) Brésil, Russie, Inde, Chine, etc.

 

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