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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Réflexion, conscience, logique et volonté

chimpanzé 3 

 

Cet article est une réaction à une publication de Paul Jorion sur son blog  < http://www.pauljorion.com/blog/?p=35678 > .

Ce blogueur, auteur et conférencier est très intéressant. Il possède une caractéristique à peu près unique, il est à la fois économiste, anthropologue, mathématicien, et il peut s’appuyer sur une expérience reconnue des techniques financières. Ses points de vue sur l’économie offrent des échappées originales et extrêmement pertinentes en face de toutes les incohérences du monde actuel. Il voit où il faut gratter pour que cela démange les esprits curieux et il est très doué pour relever les distorsions entre l’économie globale, l’économie réelle et la réalité humaine.

Son blog publie régulièrement des observations auxquelles je ne souscris pas nécessairement mais qui ne peuvent que réjouir un amateur de paradoxes comme Zénon.

 

Dans son article, il souligne que la prise de conscience concrète d’une activité  volontaire n’intervient qu’après l’accomplissement de cette activité. C’est scientifiquement prouvé. L’action échappe donc à une quelconque volonté consciente. La conscience n’est alors qu’une sensibilisation à la mémorisation. La volonté attribuée à une décision d’action n’est qu’une fiction qui nous sert finalement à emballer après coup la mémoire du constat dans une présentation autant que possible gratifiante pour notre ego, en fonction des caractéristiques de celui-ci.  

Ces quelques lignes ne sont que le résumé de ce que j’ai intégré de son analyse. Ceux que le sujet intéresse peuvent suivre le lien ci-dessus, lire l’article et les nombreux commentaires qu’il suscite.

Pour ma part, j’y trouve un intérêt en économie parce que le réel des comportements de certains est très décalé par rapport à la conscience qu’ils en ont.

 

Cette interprétation me semble trop simple pour refléter la réalité. Elle installe le déroulement des comportements dans un ensemble à deux niveaux pour lesquels P. Jorion propose deux étiquettes, respectivement « le corps » et « l’imagination ». La logique et le pilotage des comportements se placent dans le corps, et leur description après coup dans l’imagination. Un comportement (inné ou acquis) instantané est géré dans le corps. Un comportement complexe, étalé dans le temps, implique des allers et venues entre les deux. La conscience est la reconnaissance, en différé, au niveau « imagination » des constats provenant du « corps » quand elle les mémorise à ce niveau conscient. Les routines logiques qui pilotent les comportements sont dans le « corps », les informations traitées proviennent des capteurs sensoriels et des mémorisations. La volonté est une fiction gratifiante.

Si la logique inconsciente du corps bute sur des impasses, les routines regardent-elles s’il existe de quoi les alimenter dans les images (enjolivées par l’égo) des constats placés sur le rayon imagination et essayent-elles de se relancer ? L’article ne le précise pas.

 

C’est une vision très parallèle à celle d’un ordinateur.

Le « corps » est une unité centrale avec son processeur, sa mémoire centrale et son disque dur. Les programmes y sont enregistrés et réagissent en fonction des signaux d’entrées et des données en mémoire. Elle pilote des périphériques qui impactent l’environnement, sans l‘intervention d’un opérateur.

La conscience est une sorte de logging du déroulement des opérations que l’UC affiche sur l’écran à l’intention de l’opérateur, pour lui donner l’impression qu’il est utile. En fonction de son intérêt, il décide de le sortir comme avec une imprimante, de l’imprimer dans son « imagination », tel quel ou amélioré, pour pouvoir s’y reporter. L’UC mémorise consciencieusement les images d’impression. Ultérieurement, elle pourrait y recherchera des données pour ses programmes, si ceux-ci le prévoient.

Ce « corps » est capable d’insérer dans ses routines les modifications habituelles de déroulement que l’opérateur introduit pour l’impression du logging, ou d’intégrer les enchaînements toujours constatés par l’expérience des stimuli-réponses avec l’environnement. Elle possède une routine d’apprentissage, une intelligence artificielle, pour améliorer sa programmation comportementale.

 

Cette appréciation soulève deux interrogations.

 

D’abord, quelle est l’utilité de la conscience (au sens philosophique du terme) ?

Les automates pourvus d’une grosse capacité de traitement informatique et de dispositifs adaptés sont capables de performances très étonnantes. Il en est de même, paraît-t-il, des somnambules

Pour un animal supérieur, gérer son existence par le moyen d’une programmation innée complétée d’un apprentissage initial, par le mimétisme et par l’expérience vécue, est concevable sans nécessiter l’intervention d’une conscience. Le ressenti, l’affect, apporte à chaque situation le paramétrage des comportements adaptés. Il suffit qu’il puisse intégrer des notions très simples au perçu des situations, en forme de tropismes : agréable ou désagréable, dangereux ou inoffensif, comestible ou non, sexuellement attractif ou non, ludique ou fastidieux, dominant ou subordonné, reconnu ou inconnu, etc. Cela se conçoit physiologiquement avec des marqueurs en forme de protéines, des centres d’émission, des récepteurs sur les cellules sensibles. Cela passe par les hormones, les phéromones, les excitations de certaines zones cérébrales, les signaux visuels sonores ou olfactifs,  etc. Même les notions d’individu et d’autrui peuvent être gérées par des combinaisons de notions plus élémentaires.

Les comportements basiques de déplacement, d’alimentation, de prédation, de fuite, de séduction, d’accouplement, de jeu éducatif, etc. ne semblent pas demander un cortex performant. Dans ces domaines, par exemple, même les oiseaux sont très bien pourvus de routines. Ont-ils la nécessité d’une conscience et d’un sentiment de volonté ?

 

Ensuite, qu’est-ce que la créativité et comment se situe l’intelligence symbolique ?

L’intelligence symbolique n’a pas vocation à gérer l’instantané et elle requiert une réflexion consciente. A-t-elle une utilité ?

Son utilité fondamentale est, me semble-t-il, de « donner du sens » pour situer l’individu dans un contexte environnemental, pour lui donner des repères indépendants du contexte biologique et physico-chimique, mouvant par nature, et pour pouvoir communiquer, développer une intelligence collective complexe et une pérennisation des savoirs. Elle permet d’établir des arborescences de causes et de conséquences et de choisir un comportement dans un intérêt individuel et/ou collectif.

En enrichissant la « base de données » dans lesquels les routines comportementales et les réflexions conscientes viennent chercher leur carburant, elle permet la créativité en face des situations non identifiées, mais aussi à titre ludique.

Elle a besoin de s’alimenter et implique donc l’existence d’une mémorisation consciemment consultable.

Dans sa vocation à donner du sens, elle se doit d’intégrer la connaissance consciente des actes. Décrire, comme on le fait, tous les comportements qui ne sont pas inconscients par le terme « comportement volontaire » est une simple question de vocabulaire. De nombreux actes aussi banals que mâcher sa bouchée de pain, ou se gratter là où cela démange, ne demande ni réflexion compliquée, ni volonté farouche justifiée par un objectif hasardeux. Par contre d’autres comportements méritent qu’y soit associées réflexion et volonté délibérée. Tous les intermédiaires existent probablement.

Dans notre prise de conscience, les comportements machinaux qui n’ont pas été bloqués à la suite d’une réflexion consciente sont intégrés comme normaux et qualifiés abusivement de volontaires. En fait, ils s’inscrivent simplement dans la conscience sans susciter d’incohérence avec le « sens » général attribué à l’existence au moment concerné.

 

Où se situe l’intelligence symbolique ? Egalement dans le cortex semble-t-il. Il y a encore beaucoup à découvrir du fonctionnement cérébral. Psychologues, philosophes et neurologues ont encore du pain sur la planche.

 

Tout ceci conduit à placer l’intelligence comportementale sur trois niveaux. Pour reprendre la comparaison avec l’ordinateur, il y a aussi les cas où l’opérateur est indispensable. La machine se plante, boucle ou provoque des comportements inappropriés à la situation. Il y a aussi le cas où il faut échanger avec une autre machine qui n’est pas programmée de la même façon. L’UC est dépassée et le logging n’est qu’une aide au diagnostic.

 

Je proposerais donc plutôt les trois domaines suivants : les comportements inconscients, les comportements machinaux et les comportements réfléchis, avec un attribut « volonté » affecté d’un coefficient multiplicatif variable de zéro à un. Faut-il les appeler limbiques, reptiliens, corticaux ou autrement, qui peut le dire ? Sûrement pas Esope.

Cela concorde approximativement avec les trois niveaux d’apprentissage qu’il convient de mettre en place quand on veut gérer une conduite de changement : « l’acquisition de comportements automatiques », « le conditionnement opérant »  et « la gestion émotion-anticipation ».

 

Un comportement machinal est constaté consciemment et sera qualifié de volontaire par les neurologues. Il n’implique aucune volonté à proprement parler. Il est simplement la gestion d’une situation connue et maîtrisée. Il est mémorisé provisoirement et oublié très rapidement s’il n’est pas significatif.

Si vous enfilez machinalement une paire de bottes pour marcher dans la rosée, vous allez très rapidement oublier par quel pied vous avez commencé. Cela n’a aucune signification notable. Par contre, si vous écrasez un escargot qui s’y était réfugié, vous vous souviendrez plus longtemps du pied concerné parce que vous allez trouver du sens à cet événement, que ce soit du gauche ou du droit n’a pas de signification mais vous allez retenir vos sensations physiques désagréables et enclencher une réflexion consciente pour évaluer les risques que vous courrez en laissant vos bottes boueuses sur le seuil, à l’extérieur, et pour imaginer le cas échéant une solution alternative.

Si vous décidez d’adopter et mettez en pratique une solution alternative, ce sera une décision volontaire mais elle sera concrétisée par un enchaînement de routines comportementales inconscientes : prise d’objets, déplacements, etc. Cela peut ensuite devenir un comportement machinal sous l’effet de l’accoutumance. Le mot « machinal » indique bien qu’en l’occurrence le corps fonctionne comme une machine, sans nécessité de réflexion consciente.

 

Toujours est-il que la capacité humaine de mobiliser une intelligence symbolique lente, quand d’autres espèces s’en passent et utilisent des circuits logiques inconscients et rapides, se traduit par des performances très médiocres dans certains domaines.

Dans des tests de tri sélectif ou de classement simple d’objets, paraît-il, des animaux comme les pigeons, les rats, ou les chimpanzés se révèlent expérimentalement beaucoup plus performants que nous, qui allons chercher à identifier des attributs signifiants à ces objets et raisonner sur les attributs plutôt que traiter physio-logiquement, comme eux probablement, les objets en tant qu’affects inconscients.

 

Faut-il pour autant nous lobotomiser ?

 

 

à plus ...

  

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