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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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En quête d’un modèle économique

En quête d’un modèle économique
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Pour Jacques Attali, priorité à la citoyenneté éclairée

 

Le souci de l’intérêt commun afin de participer à l’intérêt de tous, c’est le civisme. Ce thème était abordé de manière irrévérencieuse dans le billet précédent. J’ai découvert par hasard, sur son blog, un billet récent de Jacques Attali qui me semble très intéressant car il illustre bien la nécessité d’un socle de valeurs partagées pour mettre en place une citoyenneté efficace, y compris dans le domaine économique.

 

Le civisme n’est qu’un concept. Pour le faire passer dans les faits, l’être humain a inventé la citoyenneté, autrement dit, le respect scrupuleux par chacun de ses droits et de ses devoirs, afin de sauvegarder les intérêts collectifs et l’équilibre social.

Pour entrer dans le réel, il faut évidemment définir avec suffisamment de précision les droits et les devoirs de chacun, ensuite mettre en place des dispositifs de diffusion de cette information (qui n’est pas inscrite dans l’ADN des nouveau-nés) et de contrôle de leur respect par la force publique. Comme nous vivons dans un monde en « progrès » permanent, il faut aussi mettre en place des dispositions pour faire évoluer cette réglementation en fonction de la mutation continuelle des contingences.

Afin de mettre en fonctionnement cette « citoyenneté » indispensable, par touches successives, chaque collectivité nationale s’est engagée en tâtonnant dans des processus de plus en plus compliqués, et donc de plus en plus difficiles à gérer efficacement.

 

De multiples réalisations ont vu le jour et beaucoup se sont effondrées au cours du temps, ou bien ont été tellement secouées qu’elles s’en sont trouvées complètement dénaturées. A l’heure actuelle il existe des formules fortement dissemblables. Certaines présentent des similitudes et constituent quelques familles. Des vocables sont proposés pour qualifier leurs caractéristiques majeures : autocratie, ploutocratie, démocratie, théocratie, etc. Il est possible de faire des comparaisons entre pays selon l’efficacité de leur réglementation propre, reconnaissable au confort de la vie et à la qualité du relationnel qu’on y constate.

Naturellement, certains penseurs lucides et bien intentionnés se sont dit que pour progresser, il faut s’inspirer des meilleurs, et que ce serait œuvre utile que de leur faire de la publicité.

 

Si l’on pousse un peu trop loin le raisonnement sur une citoyenneté accrochée à une réglementation modèle, certains penseurs arrivent à la conclusion qu’avec un bon marketing et un bureau d’études compétent, il est possible de diffuser des systèmes règlementaires de qualité supérieure, fabriqués semi-industriellement à partir de composants garantis qu’il suffirait de paramétrer en fonction des contingences locales de mise en œuvre. C’est la démarche imposée par les extrémistes de gauche, de droite ou d’ailleurs, au Venezuela, en Birmanie ou en Califat Islamique par exemple. Simplement, pour gagner du temps face à l’urgence de diffuser le bonheur pour tout le monde, ils sautent l’étape de test approfondi sur un prototype expérimental.

Mais ceci n’est qu’un aparté qui tend à sortir du sujet.

 

Ce que les penseurs ne soulignent généralement pas, c’est qu’à la base de toute réglementation générale se niche un système de valeurs supposées communes. Ce sont elles qui fournissent la cohérence opérationnelle. Ils se contentent de faire confiance à leurs propres convictions et à organiser, s’ils ont le pouvoir, le comportement des « autres » en fonction de leurs préoccupations personnelles.

 

Dans le billet de J. Attali, ce qui m’a heureusement surpris, c’est qu’il comporte une analyse des valeurs qui président au fonctionnement de l’Etat de Singapour.

 

http://www.attali.com/actualite/blog/geopolitique/singapour-un-modele-de-societe-positive

 

En fait, c’est sur la pertinence des valeurs qui l’inspirent, par rapport aux attentes des citoyens, que repose le succès d’une citoyenneté réglementée. Cette pertinence ne peut se trouver qu’à l’écoute des prises de position à tous niveaux qui animent chaque population. C’est la raison qui conduit à souhaiter des débats ouverts sur la notion de valeurs communes à retenir, avant même de chercher comment les faire passer dans les réalités.

 

Dans tous les pays, une valeur fondamentale est présente d’emblée, « un niveau de vie décent ». En fait, cette valeur a deux composantes, une composante individuelle et une composante collective. Elle implique la satisfaction des besoins individuels de nourriture, de logement, de santé, de sécurité. Elle implique aussi la notion d’image donnée aux « autres » et reflétée dans leur regard.

Pour la traiter, il est nécessaire d’avoir une économie en croissance suffisante et une société équilibrée en termes de revenus, sans disproportions choquantes entre les « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas ». Il faut aussi que les disparités puissent être justifiées par une notion de « mérite » à l’égard de la collectivité.

 

Pour Singapour, les valeurs soulignées par Attali sont la méritocratie, le pragmatisme et l’honnêteté. Une recherche rapide sur le web me fait rajouter tolérance religieuse, souci environnemental, souci artistique et culturel, absence de préjugés ethniques, souci éducatif. Le lecteur a toute latitude  pour approfondir sa recherche.

 

Une valeur est absente du catalogue singapourien, la Démocratie (avec une majuscule tant elle est chez nous révérée verbalement). Il y règne un parti dominant qui s’appuie sur la réglementation pour éviter les candidatures dérangeantes. Il met en place des dirigeants n’ayant pas comme unique souci de se faire réélire à la prochaine échéance électorale. En ceci aussi, la méritocratie a du bon.

L’exemple de la plupart des pays soumis à un régime de parti dominant incite cependant à la méfiance. Mais par ailleurs, bien des pays à prétention démocratique comme le notre, exposent un fonctionnement où la démocratie n’est qu’un artifice publicitaire pour les  naïfs : elle sert à absoudre les pratiques démagogiques et la manipulation partisane de l’opinion sous prétexte de culture et d’éducation des foules. Ce constat pour Singapour interpelle.

En raison de la dévotion rituelle du microcosme à notre démocratie-slogan, je crains que Jacques Attali ne recueille pas beaucoup d’applaudissements du côté de la bienpensance.

 

Pour bousculer encore notre politiquement correct, il apparaît que les termes de Liberté et Egalité sont absents des affichages courants du régime singapourien. Sans doute ont-ils compris, eux, que la Liberté brandie comme un totem n’est qu’un goupillon pour absoudre les excès des plus puissants dans les confrontations de toutes sortes et à tous les niveaux. Pour ce qui est de l’Egalité, qui chez nous tourne à l’égalitarisme borné, elle est évidemment en balance avec la méritocratie.

 

De toutes les façons, pour dégager une convergence de valeurs communes, Singapour est bien mieux placé que la France : seulement 5 millions de citoyens et 700 km2. Il est plus facile de sonder les opinions sur un confetti que sur une carte de géographie.

Pour en revenir à la France, la fuite devant cette notion de valeurs communes nous conduit à avoir une réglementation boursoufflée, sans charpente. Les valeurs subsistantes se délitent peu à peu, sans soutien politique pour les appuyer. La citoyenneté n’a plus de colonne vertébrale, le citoyen lambda se retranche progressivement dans l’individualisme et le matérialisme élémentaires. L’économie divague faute de boussole.

Dans notre pays, l’entretien du système réglementaire consiste à coller des rustines là où apparaissent des faiblesses trop dommageables pour le microcosme au pouvoir. Ce système n’est plus qu’une énorme carcasse rouillée qui ne tient que par la peinture. Le mot « réformes »  est sur bien des bouches mais ne va pas plus loin.

 

Il y a urgence à redécouvrir, à réhabiliter et à rénover le système de valeurs qui devrait servir de lieu de ralliement pour les citoyens. Faut-il pour cela choisir celui de Singapour comme modèle ? Encore faudrait-il que la question soit ouvertement posée et que tous puissent y répondre, oui, non, ou un peu, et exposer leurs idées.

Une vraie démocratie demanderait que soit lancé un vaste débat, très ouvert et documenté, sur le sujet des « valeurs communes » à soutenir et à partager. Pour être éclairée, une citoyenneté a besoin d’un éclairage.

 

… à plus …

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