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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Arnaque systémique

bon-marché 

artisanat commercial et industrialisation 

 

Le magazine « Le Point » publie dans son numéro daté du 6 juin un « dossier noir » sur les « grandes surfaces ». 

Cette indignation a, bien sûr, des justifications indiscutables. Mais peut-on réguler un phénomène qui étend ses ramifications sur toute la planète ?

 

Dans un billet publié sur ce blog en 2011, j’avais abordé par la tangente de la démondialisation la nature profonde de la dérive du commerce vers l’arnaque des producteurs et des consommateurs. Ci-après, voici une partie du texte publié à l’époque.

 

« Le commerce n’est pas considéré comme une spéculation alors que la différence entre prix d’achat au producteur et prix de vente au consommateur est généralement très importante. Les commerçants fournissent un service de distribution et leur bénéfice est la rétribution de ce service. Le jeu du marché permet de rétribuer producteurs et distributeurs. Ceux-ci et ceux-là ne peuvent pas se montrer trop gourmands puisque les consommateurs font jouer la concurrence et ainsi un juste équilibre s’établit.

C’est du moins la théorie

 

Dans une approche instantanée, il apparaît que la masse monétaire disponible pour les achats de consommation est une donnée bien déterminée. L’offre de biens de consommation en regard est tout aussi déterminée quantitativement. L’objectif des producteurs est d’écouler toute leur production en échange d’un maximum de monnaie.  Celui des consommateurs est d’acquérir toute la production en échange d’un minimum de monnaie. Celui des distributeurs est d’obtenir un maximum de monnaie des consommateurs et d’en retourner un minimum aux producteurs. Finalement, l’objectif de tous est d’acquérir ou de conserver un maximum de monnaie.

 

En regardant la distribution dans son ensemble, à la lumière de la théorie des jeux, elle se présente comme un double jeu :

-      Les distributeurs proposent aux producteurs de les aider à soustraire un maximum de monnaie aux consommateurs, un jeu apparemment gagnant-gagnant.

-      Parallèlement, ils proposent aux consommateurs de les aider à acquérir un maximum de produits au détriment des producteurs, un jeu apparemment gagnant-gagnant, lui aussi.

 

Clairement, dans ces jeux, la distribution sort toujours gagnante et les perdants désignés sont la production et la consommation.

Le commerce ne serait-il qu’un avatar de la spéculation ?

 

Structurellement donc, le système économique favorise une hypertrophie de la distribution, c'est-à-dire du commerce et de la logistique associée, au détriment de la production et de la consommation. C’est ce que montrent les réalités, Ce qui est défini comme un service devient un pouvoir qui s’exerce contre ses partenaires. Tous le ressentent mais les consommateurs accusent les producteurs d’être des exploiteurs, et les producteurs, tout au moins ceux qui n’ont pas le pouvoir de contrôler un tant soit peu la distribution de leurs propres produits, voient les consommateurs comme des enfants gâtés exigeants.

 

Tout ceci n’est-il pas paradoxal ?

 

S’appuyant sur un fonctionnement monétaire et boursier essentiellement spéculatif, le système économique actuel tend à maximiser les transferts, les intermédiaires et les ruptures de charge. Il multiplie ainsi les étapes d’exercice de l’activité commerciale et de prise de bénéfice sans contrepartie suffisante. Le résultat en est, globalement, un gaspillage des ressources et une mauvaise couverture des besoins essentiels. Que ceux qui ne sont pas d’accord démontrent le contraire.

 

Tout le monde est victime du système à des degrés divers. Les distributeurs sont aussi des consommateurs. Dans ces jeux, ceux qui gagnent le plus facilement sont naturellement ceux qui distribuent la palette de produits la plus étendue en volume et en variété, par exemple les grandes chaînes de distribution, ou tout au moins leurs dirigeants.

 

Certains s’indignent.  … ».

 

Le phénomène a toujours existé, du moins depuis que l’usage des monnaies s’est généralisé. Il est inhérent à la nature même du commerce et aux confrontations de pouvoir  qu’il provoque (à l’étonnement d’Hermès dans le billet précédent). Depuis le dix-neuvième siècle, et en particulier depuis le Bon Marché créé par le couple Boucicaut, le concept de « grande surface » l’a fait passer progressivement du niveau artisanal à un niveau industriel maintenant mondialisé.

 

Peut-on en corriger les excès ?

 

Malgré déjà des tentatives de la part des organismes prétendus de régulation des activités socioéconomiques par la voie politique, le phénomène ne fait que se développer. Il n’est que le reflet du fonctionnement général du système global.

Tant que les régulations systémiques ne seront basées que sur une évaluation comptable des résultats, il ne pourra pas en être autrement. Sous prétexte d’objectivité, tout ce qui n’est pas mesuré est évacué des débats. Cela conduit d’une part à limiter la vision des choses à quelques données chiffrées, parfois de manière totalement intéressée par de prétendus experts (les cotes en particulier) ou en utilisant des instruments de mesure sans aucune impartialité, d’autre part à ignorer tout ce qui est subjectif, qui n’est pas étayé par des considérations matérielles quantifiées. Or les comportements individuels reposent avant tout sur cette base subjective qu’est la prégnance des besoins. Les frustrations n’ont pas d’étalon de mesure, et d’autant moins quand elles s’appliquent à des besoins artificiellement créés pour développer le commerce au bénéfice d’une minorité.

 

Pour réguler, il faudrait positionner la foultitude des situations humaines multiples, ressenties individuellement et subjectivement, par rapport à des points de repère universels reconnus  et partagés. Il faudrait donc admettre un principe général de transcendance qui rebute tous les partis-pris egocentriques. Nous n’y sommes pas du tout, et même la tendance générale entretenue par la pensée dominante va dans le sens contraire.

 

Le dossier noir du magazine est instructif mais peut-il alimenter les réactions indispensables pour changer le cap ? J’ai des doutes mais je souhaite me tromper.

 

à plus …

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