Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
à utiliser avec précaution, … autant que faire se peut !
Austérité, le mot est lâché à contrecœur. Nos élites gouvernementales le préfèrent à celui de rigueur. Elles se contorsionnent pour ne pas dire qu’il va falloir se serrer la ceinture (nous, pas eux). Le citoyen moyen est vraiment pris pour un benêt.
Ceux qui pensent qu’il suffit d’imprimer des billets de banque pour distribuer à gogo du pouvoir d’achat effectif hurlent déjà de douleur à titre préventif.
Austérité ou rigueur, de toutes les façons il n’y a plus d’échappatoire. L’aborder à reculons, ne permettra guère de la gérer intelligemment.
Notre pays (comme d’autres) vit au dessus de ses moyens. C’est devenu tellement évident qu’il n’est plus possible de se le masquer. Notre économie est incapable de produire suffisamment pour assurer la consommation de la population sur ses bases actuelles et futures, directement ou indirectement. Produire directement, c’est produire soi-même ce que l’on consomme soi-même. Produire indirectement, c’est produire de quoi échanger des biens ou services consommables avec les producteurs étrangers, c’est avoir une balance commerciale équilibrée.
L’austérité évoquée est la réduction de la consommation par le rognage du pouvoir d’achat. Sans autre précision, elle revient à reconnaître, en feignant de la contrôler, la diminution factuelle du flux des liquidités issues de la consommation alors que la production ne peut plus s’alimenter comme avant et diminue. Cette austérité passive ramène alors inévitablement au problème précédent en l’amplifiant, celui d’une production incapable de faire face aux besoins de la consommation, même amputée. Les dirigeants politiques européens le découvrent maintenant et en restent apparemment désarçonnés, sans savoir quoi faire. Dans quelle galère allons-nous tomber ?
Alors, mettons les points sur les i et exposons les réalités, même si elles dérangent le politiquement correct.
Les liquidités issues de la consommation sont celles que dépensent les acquéreurs (personnes physiques ou morales), finals ou intermédiaires, quand ils achètent pour consommer : nourriture, services à la personne ou professionnels, logement, soins, chauffage, transports, ressources, équipement, travail humain, etc. Par essence, consommer revient à détruire une richesse existante en la consacrant à la satisfaction d’un besoin. La consommation est destructrice de valeur d’usage. Une partie des liquidités perçues par les vendeurs doit revenir en amont afin de renouveler les produits consommés. Pour continuer à consommer il faut reconstituer la valeur détruite, faire fonctionner des filières de production plus ou moins longues, ramifiées et internationalisées. C’est l’économie marchande avec la vente de ce que l’on produit pour acheter ce que l’on consomme. C’est elle qui offre un fondement à l’économie réelle. C’est cette destruction et restauration permanente de valeur d’usage, à titre onéreux, qui fournit la dynamique indispensable de l’économie. Si le volume de liquidités qui sont remises ainsi en circulation utile dans l’économie marchande diminue, l’économie réelle s’étouffe progressivement. Les producteurs n’ont plus les moyens de rétribuer travail, ressources et fournitures. En manque de carburant, ils s’anémient, périssent ou s’expatrient.
Une partie seulement des liquidités issues de la consommation alimente la production marchande. Trois autres flux s’en échappent.
Un premier se dirige vers la fourniture de services réels, consommés, mais fournis par les services publics, gratuitement ou à prix dérisoire par rapport à leur coût réel.
Certains sont indubitablement des « productions » car il existe des prestations comparables, concurrentes, mais fournies, elles, à titre onéreux. Ce sont par exemple les services éducatifs, de santé, d’infrastructures publiques, etc.
D’autres n’ont pas vraiment d’homologues dans le domaine marchand, tels que les services de police, de justice, de défense ou d’administration d’Etat. Ils sont néanmoins indispensables, ils satisfont des besoins latents.
Pour des raisons de démagogie politique, les uns comme les autres sont fréquemment produits à des coûts élevés pour des qualités de prestation médiocres. C’est du moins ce que montrent les comparaisons, internationales ou avec des concurrents marchands. Un critère simple d’appréciation globale est, par exemple, à qualité de service public comparable, le nombre de fonctionnaires pour mille citoyens, selon les pays et les secteurs considérés.
A cet ensemble de services publics « réels » plus ou moins efficaces se surajoute la représentation nationale. Un grand nombre de personnes est rétribué au titre de la représentation des citoyens dans les multiples instances qui entretiennent les débats institutionnels. Ce sont les « élus » et leur appareil partisan. Ils pèsent sur les finances à plusieurs titres. Ils sont rétribués (parfois très coquettement). Ils mobilisent de nombreux fonctionnaires et assistants divers pour administrer les institutions où ils s’ébattent. Ils induisent par les péripéties de leurs continuelles luttes de pouvoir des surcoûts non négligeables dans les organismes de la production réelle (grèves, règlementations incohérentes ou absurdes, conflits d’intérêts, etc.). Le résultat de ces activités onéreuses n’est pas consommable car il n’est concrétisé que dans les postures avantageuses des élus, exposées par eux avec narcissisme dans les affichages de pouvoir inhérents aux péripéties de la gouvernance politique. Là aussi, le pourcentage d’élus institutionnels de tous poils (et rétribués comme tels) par rapport à la population est un critère intéressant à observer.
Ce sont les impôts et taxes qui dirigent vers ces producteurs de services, utiles ou supposés tels, une bonne part des liquidités issues de l’économie marchande. Elles sont soustraites en divers points du flux entrant dans les cycles marchands de création de valeur et réapparaissent pour consommer des richesses auxquelles elles n’ont guère apporté comme plus-value constitutive.
Un deuxième flux est détourné au titre de la redistribution sociale.
Un nombre important de citoyens n’a aucune activité de production marchande, simultanément rémunératrice et créatrice de valeur. Ils ne participent à aucune émergence dédiée à la consommation générale. Ce sont les retraités, les chômeurs, les handicapés gravement, les jeunes en formation, les malades, etc. Ils sont à la charge de la collectivité et celle-ci affecte à leur entretien des prélèvements dits sociaux.
C’est encore autant de liquidités qui n’irriguent guère la production. Elles sont pompées intégralement dans le fonctionnement de l’économie productrice et remises en circulation au niveau de la consommation. Presque rien d’entre elles ne peut être affecté à une quelconque émergence de valeur marchande, vectrice de liquidités.
Un troisième flux se dirige vers les activités financières.
L’Etat vit à crédit et de nombreux consommateurs consomment à crédit. Ces crédits entrent dans le circuit des liquidités au niveau des consommations. Ensuite, ils sont pompés dans le flux général, avec effet multiplicateur, par le remboursement du nominal et par le paiement des intérêts. En plus, les activités financières absorbent les placements d’épargne. Sur la durée, le système financier prélève dans le flux général beaucoup plus de liquidités qu’il n’y injecte. Il remet au pot commun une petite partie de la différence par le biais de la consommation des titulaires de rentes financières. Le reste va gonfler des bulles d’actifs comptables.
Toutes les entrées dans le circuit des liquidités venant du crédit se font au niveau de la consommation. En économie réelle, quelle pourrait être la motivation d’un endettement sinon la nécessité de consommer un bien tangible ou un service dans une activité participant en position quelconque à une filière production à consommation ?
Les liquidités qui rejoignent le circuit par la consommation sont celles qui subissent le maximum de ponctions aux dépens de leur participation à la création de valeur marchande d’usage finale.
Le fonctionnement financier à base spéculative a déjà été abordé dans d’autres billets, aussi je n’en dirai qu’une chose : en connivence avec les gouvernants politiques, ce fonctionnement permet de juguler le risque inflationniste et s’acharne à éviter le défaut des débiteurs insolvables, afin de préserver les intérêts des rentiers (qui, à ce titre, ne participent pas aux activités de production réelle). Ils sont largement plus nombreux que les producteurs « réellement utiles », et imposent leurs vues au détriment de ceux-ci.
La crudité de la situation est de plus en plus évidente et l’austérité est à nos portes.
Pour rendre utile l’austérité-rigoureuse (ou la rigueur-austère, au choix), il n’y a qu’une façon de faire et elle tient en deux volets :
- Il faut la concentrer sur les improductifs factuels, quitte à jouer sur la redistribution pour ne pas accabler plus ceux qui le sont déjà trop (accablés car improductifs).
- En leur laissant suffisamment de carburant, il faut faciliter le travail des producteurs réels, ceux de l’économie marchande, ceux qui alimentent la consommation domestique et l’exportation de richesses vendables, sans pour autant les laisser produire n’importe quoi et n’importe comment.
La nécessité de repositionner globalement à la baisse les dépenses alimentées par les détournements stériles évoqués plus haut est évidente. Pour y parvenir, il faut réformer en profondeur à la fois le système de gouvernance étatique et le système financier. A quand l’ouverture d’un chantier de vraies réformes alors que toute évocation de projet allant dans ce sens est soigneusement étouffée et ne fait même pas l’objet d’un début de débat préalable sur le fond ?
En attendant, les créanciers internationaux qui alimentent en liquidités notre consommation à crédit continuent de sélectionner les beaux morceaux de notre patrimoine. Pour nous rendre les liquidités évadées chez eux en raison de nos excédents d’importations, ils préfèrent acheter des pépites plutôt que nos créances de débiteur de plus en plus fragile. L’affaire Dailymotion, par exemple, ressortira bien un jour ou l’autre et si ce n’est pas avec Yahoo ce sera avec un autre. Egalement, le gouvernement est en train d’évoquer la vente de certaines participations, c’est un signe sans équivoque de son acharnement à ne rien réformer sur le fond, donc à progresser encore vers l’insolvabilité.
Le vignoble bordelais est grignoté par les Chinois, les clubs sportifs professionnels et l’hôtellerie de luxe par les émirats pétroliers : ce ne sont que des émergences de l’iceberg. Notre pays est devenu une braderie où les connaisseurs viennent depuis longtemps picorer les capacités productives intéressantes. Les usines ou raffineries en déshérence cherchent des repreneurs exotiques … C’est cela la normalité des pays débiteurs de plus en plus insolvables du fait d’une balance commerciale chroniquement déficitaire.
Lors du premier choc pétrolier, Monsieur Giscard d’Estaing avait lancé le slogan « Nous n’avons pas de pétrole mais nous avons des idées : attirons les capitaux étrangers ». Il doit jubiler devant le succès de sa formule. Non ? Ce n’était pas une bonne idée ?
à plus …