Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
pour observer la TGCM
En économie, les experts et les dirigeants qui les consultent n’utilisent guère que la vision comptable pour repérer et identifier les déséquilibres. Ils explorent les statistiques tirées de la multitude des comptabilités. Ils le font dans un louable souci d’objectivité et à cet égard ils sont rassurés par la froide rigueur de l’arithmétique.
Ce faisant, ils ne peuvent prendre en compte que ce qui est chiffré dans les comptabilités, des « valeurs conventionnelles ». Celles-ci sont fixées en application de processus de cotation qui se ramènent à des luttes de pouvoir de propriété entre cédants et acquéreurs. Il en résulte une vision très tendancieuse des situations, d’autant plus que l’analyse du mécanisme montre que ce sont les productions qui en viennent à représenter les besoins. Bye bye .
Prisonnier de sa tautologie statistique, le système socioéconomique s’est disjoint : les considérations financières vont d’un côté, les considérations psycho-socio-biologiques de l’autre. Sa conduite navigue dans la virtualité au bénéfice de la très faible minorité qui a pouvoir de manipulation sur le chiffrage des valeurs. Le système se développe indépendamment des besoins objectifs de l’humanité, besoins matériels et psychologiques et non pas besoins comptables.
Tous les déséquilibres qui jouent au niveau du ressenti ne sont considérés par les décideurs que par empathie or celle-ci est sélective et très capricieusement répartie. Il existe bien des techniques de sondage mais leur application est limitée à quelques domaines très circonscrits et leurs résultats sont très peu fiables.
Quand bien même ces déséquilibres non comptabilisables sont avérés et essaient d’être traités, les tentatives de redressement sont bloquées par la rigueur implacable de chiffres qui ne représentent que la capacité de bocage de certains, pour préserver leurs avantages en termes de pouvoir. Finalement, la vision comptable généralisée offre un mécanisme à cliquet pour éviter les retours en arrière dans l’ascension des pouvoirs liés à la propriété.
Est-ce un bien, est-ce un mal ? Tout dépend de l’idée que l’on s’en fait, du point de vue où l’on se place. L’objectif de ce blog n’est pas de porter des jugements de valeur, mais de fournir au lecteur un éclairage susceptible de lui permettre de faire jouer sa propre éthique. Passons outre.
Peut-on trouver des éclairages objectifs et insensibles aux manipulations ?
Sans être parfait, il existe un outil issu des techniques d’organisation et que l’on pourrait appeler le « Macroscope Multidimensionnel ».
Bien sûr, comme tous les outils d’observation macroscopique, il n’offre que des vues globales. Avant de les exploiter de manière opérationnelle, il est nécessaire d’utiliser des outils plus fins pour cibler judicieusement les actions à entreprendre. Mais il offre l’immense avantage d’indiquer les points sur lesquels il est important de prêter attention et offre des sujets précis aux analyses plus ciblées.
Le système socioéconomique est constitué de toutes les activités développées sur la planète en vue d’assurer la subsistance de l’Humanité.
Voyons de plus près. Une activité est une mise en application de l’ingéniosité humaine induisant une évolution des contingences. Elle peut être observée et décrite en toute objectivité, indépendamment de son auteur, de ses motivations ou de ses objectifs. C’est la mise en œuvre d’actions structurées, qui consomment des ressources et en premier lieu de l’énergie vitale humaine, afin de produire des résultats.
Pour les assoiffés de statistiques, les activités génèrent des modifications de l’environnement dont certaines sont mesurables et peuvent être quantifiées et enregistrées à des fins d’analyses ultérieures.
Les activités, observées au niveau élémentaire, constituent une collection d’éléments de système, répartis dans le temps, en nombre tellement immense qu’il est impensable de les regarder chacune individuellement. Elles constituent un système au sens de la systémique car elles sont en interaction entre elles. Pour les étudier de manière macroscopique, vu leur nombre, il est nécessaire de les regrouper par grandes natures et un tel regroupement constitue, dans le jargon, un « macro-processus ». Il est alors possible de l’étudier, de regarder comment il se structure, d’observer les ressources qu’il consomme, les informations qu’il mobilise, ses résultats sur l’environnement et d’apprécier ses interactions. Il est possible, de modéliser un même macro-processus de différentes façons. Cette pratique permet alors de l’étudier de différents points de vue.
En analyse systémique, la principale difficulté réside dans le choix de la caractéristique à privilégier pour chacune des macro-activités à identifier, afin de les associer conceptuellement pour structurer le macro-processus. Il existe pour cela quelques astuces qu’il serait trop long ici de décortiquer. Elles impliquent l’identification d’une « finalité » globale.
Pour en venir à une vision multidimensionnelle, une telle méthode de modélisation offre la possibilité d’identifier des finalités différentes pour un même macro-processus, et donc d’observer les interactions des activités selon différents angles d’observation. Pour un macro-processus aussi fourni que la système socioéconomique, les possibilités ne manquent pas.
Si nous lui désignons comme finalité celle de produire de quoi satisfaire aux besoins objectifs de l’Humanité, nous acquerrons une vision utilitaire. Si nous choisissons celle de structurer la Société par des statuts afin de lui permettre une grande efficacité collective, nous aurons une vision politique. Si nous prenons celle de restreindre les impacts environnementaux de la prolifération humaine, ce sera une vision écologique, … et ainsi de suite.
Actuellement, la finalité respectée factuellement par les pilotes, accaparés par une vision comptable, est simplissime. Elle est de maximiser globalement les actifs, avec une préférence manifeste pour ceux dont ils tirent avantage afin d’accroître leur pouvoir de mainmise sur l’économie.
Ceci nous amène à la question du pilotage des processus. Il a déjà été abordé sur ce blog. Régulation. Dans notre réflexion, la vision multidimensionnelle est a priori destinée aux pilotes, les grands moteurs de toutes spécialités interférant dans le système socioéconomique. Les individus lambda ne pourraient en tirer que des frustrations et, heureusement pour eux, leur immense majorité se contente d’illusions et de fantasmes.
Un pilotage consciencieux est indispensable pour rattraper tous les déséquilibres qui se créent naturellement partout et dans tous les domaines. La vision multidimensionnelle permet de les observer. Il est illusoire de viser une optimisation de toutes les activités à la fois car les finalités différentes se traduisent souvent, pour une même activité élémentaire, par des orientations contradictoires. Par exemple, si la vision utilitaire et la vision politique parviennent à se concilier, la vision écologique et la vision utilitaire sont régulièrement en opposition de phase.
Par ailleurs, le macro-système est tellement évolutif et complexe qu’il est encore plus illusoire de compter sur un « Big Brother » omniscient et universel afin de procéder à une optimisation globale.
Tout ce que peuvent faire les pilotes, c’est confronter leurs différentes visions multidimensionnelles pour, de concert, œuvrer à couper court aux déséquilibres, de quelque nature qu’ils soient, qui risquent de faire s’effondrer le système, ce qui est probablement en cours avec la TGCM (Très Grande Crise Multidimensionnelle). Ce qu’ils pourraient viser, c’est une Régulation Multidimensionnelle Concertée.
La croissance de l’industrie financière, favorisée par la vision unidimensionnelle des dirigeants, fascinés par la prolifération exponentielle des actifs comptables, a détruit tous les autres équilibres. Leurs disloquements chahutent l’équilibre acrobatique issu de la comptabilité en partie double, ajusté en continu par le balancier des taux convenus entre acrobates experts en la matière.
Pour pouvoir réguler convenablement, faire de la régulation multidimensionnelle concertée, il faudrait d’abord que les pilotes soient crédibles, et que les individus lambda comprennent et acceptent leur pilotage. La manière dont les dirigeants politiques et les potentats économiques sont considérés par leurs assujettis dans les différents pays n’incline guère à l’optimisme, mais sait-on jamais, le pire n’est pas toujours certain !
Leur ouvrir les yeux est ardu. Promouvoir une vision multidimensionnelle, c’est se heurter à un mur d’incompréhensions. C’est ne créer que des inquiétudes chez tous les bénéficiaires de situations acquises qu’une vision différente des contingences pourrait remettre en question. Grâce à l’éclairage unidimensionnel, les puissants entretiennent les déséquilibres qui leur permettent de conforter leurs pouvoirs. Pour qu’ils acceptent de sortir de leurs aveuglements consciencieusement entretenus, il faudrait qu’ils soient confrontés eux-mêmes à des situations catastrophiques. Par malheur pour les individus lambda qui font bouclier, ils sont les mieux protégés en haut de leur échelle. Néanmoins, si j’ai ajouté ce dernier paragraphe, c’est que j’espère me tromper et qu’il leur est possible d’être lucides.
à plus …