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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Le sens « commun »

campagne VG 

 

 

 

 

 

 

 

        Est-il définitivement perdu ? 

 

 

 

Chez nos ancêtres « homo sapiens chasseur-cueilleur », la notion de propriété était sûrement assez circonscrite.

Il y avait la propriété commune, à savoir le territoire qui assurait la subsistance du clan, et qu’il fallait défendre contre les clans voisins pour garantir la survie collective. Il y avait la propriété privée, celle de ce que l’on est capable de conserver individuellement en la tenant fermement et en la défendant contre le chapardage des « autres ». Il y avait la propriété du « chef », celle qu’il s’appropriait au détriment de ses congénères parce qu’il était le plus fort et qu’il en avait le droit puisqu’il était le plus fort.

Le droit de propriété du chef lui était reconnu et ne suscitait pas de conflits (sauf de la part des rivaux qui voulaient être chef à la place du chef) parce qu’il était le plus fort mais aussi parce qu’il prouvait son utilité de différentes façons : il servait de guide et de symbole de ralliement, il guidait le clan avec l’aide sagace de quelques « sages », il défendait les faibles contre les plus forts qui tentaient de les dépouiller (et qui faisaient donc mine de se positionner en rivaux dans le rôle de chef), il était en première ligne et payait de sa personne dans les luttes dangereuses contre les prédateurs et les clans concurrents. S’il ne remplissait pas bien son rôle, il se faisait éliminer par un rival soutenu par le reste du clan. Son droit était la contrepartie d’une utilité qu’il avait à prouver en permanence.

Le droit de propriété de l’individu était lui aussi indispensable pour permettre la survie de chacun. Il est plus facile de chiper ce que l’on convoite à son voisin plus faible, que de s’astreindre à l’extraire d’un environnement domanial plus ou moins complaisant. Si cela devient la règle, les plus faibles sont condamnés et le clan se réduit progressivement. Pour ne pas risquer de perdre leur propriété individuelle, les individus avaient néanmoins intérêt à se dépêcher de la consommer avant que d’autres veuillent s’en emparer quand le chef a le dos tourné.

Ces trois notions sont toujours présentes dans nos sociétés. Avec les évolutions ahurissantes de la complexité du système socioéconomique elles ont revêtu des formes très sophistiques et réglementées. Pourtant, la distinction entre biens communs, propriété collective et propriété publique, gérée par le pouvoir politique, est toujours là, tapie dans notre ADN comme dans nos dispositions systémiques.

 

Une des causes de la confusion générale qui règne dans la pensée économique actuelle est que les fondements d'utilité de cette triple distinction ont été remisés avec les vieilles lunes. Tout se mélange dans les esprits.

Au jour d’hui, le débat se circonscrit aux considérations relatives à la frontière entre propriété individuelle et propriété publique, avec toujours les mêmes motivations élémentaires derrière le subconscient : consommer à volonté ce que l’on peut attraper, et défendre le domaine de maraude contre les dangers de l’environnement.

Les « chefs », en raison des progrès technologiques, ne sont plus limités à une consommation seulement de nourrissage et de satisfactions sexuelles (les autres non plus d’ailleurs). Ils ont tendance à abuser de leur privilège statutaire d'accaparement prioritaire qui leur permet d’accroître leur propriété individuelle aux dépens des « autres », sans se  préoccuper d’un quelconque souci d’utilité. Le système est devenu tellement complexe que la preuve de l’utilité des chefs se perd facilement dans ses méandres et dans les entourloupes démagogiques.

Une autre raison de la difficulté de juger de l’utilité des « chefs » est que la frontière du domaine de subsistance est difficile à identifier car l’individu appartient simultanément à plusieurs « clans » dont les frontières ne se recoupent pas : la famille, l’Etat, le fournisseur de revenus, l’appartenance socioculturelle, la secte de pensée politique, le sous-clan en lutte contre la gouvernance en place, le domaine ludique, la planète, etc. Dans beaucoup de cas, les droits de propriété reliés à ces entités différentes sont en rivalité, entre eux et avec la propriété individuelle. La plus extrême confusion règne et certains, les plus habiles, en jouent à leur profit.

 

Dans ce fatras, la « propriété commune », qui n’intéresse manifestement personne, a vu sa part se réduire progressivement, même si elle existe encore factuellement. Chacun a tendance à la piller sans vergogne.

Il faut dire aussi que gérer la propriété commune est astreignant.

Certains s’en chargeaient autrefois. Dans chaque « commune » des travaux étaient faits en « commun » pour entretenir les biens « communaux ». Cela fonctionne correctement quand chacun est amené à utiliser peu ou prou ces biens communs, et quand il est capable d’identifier les « autres » bénéficiaires de son travail. Il considère qu’en contrepartie, il pourra aussi bénéficier, par reconnaissance de son mérite, d’un retour sous une forme quelconque sur l’investissement auquel il s’est astreint. Il y avait une certaine pression communautaire pour maintenir ces façons de procéder et cela fonctionnait bien dans les communes rurales à population limitée, où chacun pouvait en bénéficier (voirie, bois communaux, parcours de pacage, édifices publics, …).

Quand la taille des collectivités et la variété des activités ont eu tendance à exploser, l’intérêt commun a du être pris en charge de manière autocratique par les dirigeants statutaires. La contrainte de la force publique s’est substituée à la pression sociale. Les individus ont rapidement perdu de vue la notion de biens communs, d’autant que les dirigeants aux commandes ne se sont pas gênés pour exploiter à des fins politiques ou personnelles les activités de gestion concernées. Il suffit de regarder autour de soi pour en prendre conscience. La propriété commune s’est réduite en étant cannibalisée par les deux autres types de propriété et continue à être progressivement grignotée.

 

Les détournements ont pris maintenant des proportions telles, avec des dégâts collatéraux tellement perceptibles, que certains s’en émeuvent à juste titre. Mais là où ils sont complètement dans l’absurde, c’est qu’ils ne cherchent des solutions que dans le renforcement de la propriété publique ou dans celle de la propriété privée. C’est sauter dans la mare pour éviter la pluie.

 

Mais peut-on revenir à une part raisonnable de gestion commune de richesses communes, et bien considérées comme telles ?

 

Déjà, il est clair que c’est très difficile. Pour que cela fonctionne, il faut que les propriétés communes aient une utilité pratique évidente pour chacun des gestionnaires en commun, afin qu’ils partagent une même opinion sur la manière de procéder utilement.

Ensuite, ils faut qu’ils identifient les autres bénéficiaires et qu’ils puissent en attendre un retour de service d’une manière ou d’une autre.

En tout état de cause cela ne peut être fait que sur un domaine bien défini et délimité. Dans l’imbrication systémique où nous sommes, de tels domaines ne sont pas évidents à déterminer. De nouveaux besoins de gestion des entités sans propriétaire identifié se révèlent continuellement. C’est encore accentué du fait que ce qui aurait vocation à être un « bien commun » se diversifie constamment avec les progrès scientifiques et technologiques. Le domaine immatériel est de plus en plus concerné.

 

Pour aller dans le sens d’une identification et d’une prise en considération du « bien commun », il faudrait que survienne une prise de conscience généralisée et c’est probablement utopique.

La piste qui pourrait y conduire passe par une mutation de la vision « commune ». Il faut passer d’un regard nombriliste à un regard altruiste : regarder la réalité des autres autant que la sienne propre, sans œillères ni verres déformants. Parallèlement, il faudrait examiner lucidement le système avec tous ses enchaînements de cause à effets, lucidement c’est à dire objectivement et avec une curiosité investigatrice.

C’est indispensable pour faire la part de

-      ce qui relève de la propriété privée, ce que l’individu consomme réellement pour ses besoins individuels,

-      ce qui relève de la propriété publique, ce que la gouvernance et le fonctionnement collectif institutionnalisé requièrent,

-      ce qui relève de la propriété commune et qui peut être gérée par un consensus d’individus y consacrant eux-mêmes une part de leurs activités, sans attendre l’interventionnisme public, forcément perturbé par les luttes de pouvoir.

 

Seulement ensuite il serait possible d’envisager une recherche d’utilité et d’efficacité. Celle-ci ne serait porteuse que si elle s’accompagnait d’une compréhension suffisante des responsabilités individuelle et collective qui incombent à chacun, à commencer par soi-même (surtout si l’on est un dirigeant ou si l’on aspire à le devenir). Dans une telle perspective, les ministres de « l’éducation nationale » de tous les pays auraient préalablement pas mal de pain sur la planche pour faire évoluer les pensées dominantes polluées par les aveuglements et les  fantasmes !

 

« Il faudrait que … ». Nous sommes confrontés à un raisonnement au conditionnel, ce qui signifie que, pour y parvenir, il faut compter sur un genre de miracle. Mais c’est l’espoir qui fait vivre, … ou survivre. Pour « la survie de l’espèce » c’est peut-être bien nécessaire, à en croire Christian de Duve.

 

à plus …

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A
<br /> Il faudrait effectivement un monde où ceux qui possèdent fournissent une contrepartie et où ceux qui dirigent le<br /> fassent dans l’intérêt général.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Mais nos sociétés sont devenues tellement vastes et complexes que le contrôle social n’opère plus et que le contrôle<br /> organisationnel, qui pourrait s’y substituer, n’est pas encore au point.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Les capacités de notre cerveau organisationnel n'ont pas  suivi la loi de Moore!<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> C’est là que nous avons failli !<br />
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