Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
de quelles sources et comment ?
L’image qui illustre le billet précédent fait apparaître que la monnaie proprement dite, au niveau mondial, ne représente que 1% des liquidités en circulation et 10% du PIB, qui lui-même n’est concerné que par 10% de l’activité financière. J’ignore la façon dont ces chiffres ont été obtenus. Même s’ils sont un peu erronés, leurs ordres de grandeur sont éminemment significatifs : le volume des liquidités qui alimentent les échanges commerciaux de l’économie réelle est proprement dérisoire par rapport à celui qui tourne entre toutes les transactions financières.
Pendant ce temps, nos dirigeants politiques pleurent (des larmes de crocodile ?) et se lamentent devant le tarissement des investissements productifs !
C’est un paradoxe qui mérite d’être décortiqué alors mettons les points sur les i. Il existe quelques vérités bonnes à connaître. Dans ce billet, je vais commencer à les aborder, d’autres suivront.
· La monnaie sous forme d’espèces, pièces ou billets, n’existe plus que comme un vestige destiné à entretenir des pratiques ancestrales qui n’affectent que marginalement le déroulement de l’économie. Depuis la décision du Président Nixon ("Tricky Dicky" pour les intimes) de supprimer la convertibilité en or du dollar, les monnaies ne sont plus que des symboles destinés à quantifier les richesses, reconnues comme telles par le fait même de les évaluer dans une potentialité d’échange de propriété. C’est indispensable pour donner de la fluidité aux pratiques marchandes.
Les rapports d’étalonnage entre les différentes unités de mesure, les taux de change, ne reposent pas sur des critères objectifs liés aux richesses, objets commercialisables, dont la propriété transite entre pays. Ils dépendent d’un consensus entre financiers qui repose sur une vision subjective des risques qu’ils encourent à détenir des comptes libellés dans une monnaie plutôt que dans une autre. Ce consensus en vase clos est aussi convaincant que celui des producteurs d’œuvres prétendues artistiques, lors de leurs grand-messes entre professionnels reconnus :
- « Telle œuvre est géniale, elle mérite une publicité mirifique ! » …,
- la publicité est lancée,
- le bon peuple se précipite et achète,
- « Cette œuvre est manifestement géniale, tout le monde l’apprécie » …,
- pendant ce temps les véritables artistes restent méconnus, les professionnels reconnus sont confortés, mais c’est ça le bizness.
· Les liquidités qui circulent ne sont factuellement que des mouvements comptables entre comptes courants de détenteurs différents, personnes morales ou physiques. Elles reflètent l’utilisation de la comptabilité en partie double, du traitement numérique de l’information, et des télécommunications. La monnaie est scripturale à plus 99% autrement dit à peu près totalement.
Quand nous lisons que telle banque centrale a apporté au flux quelques milliards supplémentaires, elle n’a produit ni billets ni pièces, elle a ajouté une ligne au débit d’un compte et au crédit d’un autre.
· Créer de la monnaie scripturale est à la portée de n’importe quelle banque, et cela permet d’envoyer dans la circulation générale une bouffée de liquidités.
Le moyen le plus banal est d’accorder un crédit. Il suffit d’inscrire une ligne de crédit sur le compte du client, avec en contrepartie l’ouverture d’un débit (une créance) sur un compte de prêt créé à l’occasion.
Au fil des remboursements, une partie de ceux-ci serviront à éponger la créance et les intérêts iront dans un compte de produit pour rémunérer le prêteur. A la fin, le compte de prêt sera soldé et pourra être supprimé.
Vous allez me dire qu’en ce cas, puisqu’il a fallu des liquidités pour accorder le prêt et pour le rembourser, globalement il n’y a pas création de nouvelles liquidités. C’est le point de vue de certains économistes qui ne sont que comptables.
La comptabilité en partie double n’est qu’un constat a posteriori qui permet d’établir des bilans. Elle ne tient pas compte du fait que, dans la réalité, il y existe des décalages dans le temps entre le crédit sur un compte et le débit sur un autre compte, surtout quand ces différents comptes sont tenus dans des banques différentes et que les écritures transitent par des intermédiaires. Pour dresser un bilan, les comptables attendent d’être sûrs d’avoir reçu toutes les écritures relatives à la période. Pendant que les délais courent, les échanges économiques continuent. C’est cette souplesse qui permet d’entretenir la dynamique économique, sinon les partenaires devraient périodiquement arrêter à cadence régulière et synchronisée toute activité, le temps de dresser tous les bilans et d’en tirer toutes les conséquences, avant de lancer un nouveau train d’actions.
Pour comprendre l’économie, il ne suffit pas de regarder les bilans, il faut apprécier les différentiels sur les flux.
Factuellement, la création de liquidités par les banques centrales (en particulier la FED) se fait en continu à des rythmes variables. Leur quantité totale est toujours en augmentation. L’explication qui en est donnée est la « croissance générale », à commencer par celle de l’économie réelle.
La population mondiale augmente, les découvertes scientifiques et techniques permettent d’accroître et de diversifier les productions de biens et de services, de nouveaux besoins apparaissent, les circuits de production se fragmentent et s’étalent sur toutes la planète, toutes ces raisons justifient un accroissement du besoin global des liquidités.
Qui plus est, il existe toujours et partout une certaine inflation. Un manque de liquidités provoque un désordre paralysant de l’économie réelle car tout se bloque. Alors les banques centrales sont toujours très attentives au risque de déflation, indicateur quelque part d’un manque de liquidités. Elles pilotent leur création en jouant sur les quantités émises et sur le taux des prêts qu’elles consentent aux banques.
Pour créer de la monnaie, elles peuvent financer directement les dépenses gouvernementales quand les impôts ne suffisent pas pour y faire face, et elles prêtent aux banques qui prêtent aux gouvernements et aux autres emprunteurs. Nous verrons plus tard qu’elles endossent aussi les risques in fine. Dans cette création, elles n’ont comme instruments de surveillance que le taux d’inflation, la demande des banques et les incitations gouvernementales.
Le crédit joue comme un accélérateur du besoin en liquidités. Même si les banques disposent grâce à l’épargne des fonds nécessaires pour accorder les prêts, l’injection de cette bouffée qu’est un prêt va susciter à la fois une circulation anticipée du nominal, qui sera progressivement amortie par les remboursements, et un besoin de création supplémentaire répartie dans le temps pour le versement des intérêts.
Le crédit est un accélérateur de la création de liquidités par les banques centrales et son rôle est tellement mixé avec celui des autres causes qu’il passe inaperçu.
· Il existe d’autres pratiques financières que le crédit pour générer des liquidités. Elles sont suffisamment alambiquées pour mériter un développement ultérieur. Ce sont surtout elles qui causent la prolifération des volumes des liquidités en circulation qui figurent sur le schéma évoqué en début d’article.
Avec le crédit, les liquidités reviennent à la source par le remboursement du nominal et seuls les intérêts ont un effet multiplicatif, par ailleurs étalé dans le temps.
· Les liquidités ne sont à prendre que comme des données d’information sur les fonctionnements comptables, elles sont des écritures qui transitent pour imputer des comptes courants. Elles sont élaborées par des processus convenus entre initiés et ne sont recevables que par un consensus entre eux. Elles sortent des chapeaux de prestidigitateurs banquiers presque à volonté (nous en reparlerons). Considérer ces données comme étant en soi une « Vérité-vraie » d’ordre supérieur est un acte de foi dans la pertinence désintéressée des fonctionnements bancaires. Cette attitude relève soit d’une naïveté béate, soit d’un aveuglement volontaire.
Tout le monde les manipule avec une dévotion respectueuse parce que ceux qui ont la main sur le robinet ont le pouvoir d’assoiffer le monde. Ils essayent de ne pas le faire car ce serait se condamner soi-même à périr de soif. De là à dire qu’ils procèdent en faisant passer l’intérêt général avant le leur propre serait les prendre pour des saints laïcs. Faut pas rêver !
à suivre …