Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
Comment chiffrer l’économie réelle ?
Les gestionnaires ont besoin de chiffres pour structurer leurs réflexions, et pour décider et contrôler objectivement les résultats obtenus. Mais comment chiffrer une économie réelle basée sur des critères d’utilité des productions par rapport au ressenti des besoins aussi divers et fluctuants que ceux d’une population. Comment attacher une valeur aux activités de production ?
Spontanément la notion de besoin accorde aux activités de production, non seulement une caractéristique d’utilité qui se rapporte au consommateur, mais aussi une évocation de reconnaissance de mérite qui se rattache à l’acteur. Finalement, c’est ce tandem utilité-mérite qui positionne factuellement une activité dans un relationnel socioéconomique.
Vous allez me dire que c’est tout aussi subjectif. Il y a cependant une différence. Sur ce tandem, il peut y avoir un débat constructif parce que il est indispensable pour structurer le relationnel producteur/consommateur. Sur la notion unique d’utilité ce n’est pas possible, les positions affichées sont purement individuelles, sans incidence structurante. Elles se fondent sur un ressenti particulier, donc incommunicable, et elles tournent tout de suite à la confrontation de pouvoir. L’appréciation de l’ « utilité-mérite », par contre, peut être arbitrée par un appel à l’opinion publique.
C’est sans doute pour cela que la valeur d’une activité est intuitivement rapportée au travail qu’elle implique, en durée, en pénibilité apparente, et en rareté des compétences nécessaires. C’est la moins mauvaise base objective et elle est généralement retenue par les économistes qui se sont préoccupés de la notion de valeur du travail.
Pour chiffrer l’économie réelle d’un pays, il serait donc possible de retenir comme base de départ le nombre d’heures de travail consacrées, à titre professionnel et rémunéré, à la production de biens et services consommables fournis à la collectivité. Cela n’est pas prévu dans les déclarations obligatoires des entreprises, mais le faire ne poserait pas trop de difficulté. Par ailleurs, des estimations assez bonnes peuvent être faites à partir des chiffres connus et c’est probablement tout à fait dans les capacités de L’INSEE.
Le fait que la réalisation de ces produits entraîne une rémunération est une indication objective sur le fait qu’ils soient utiles, qu’ils correspondent à un besoin avéré et soient fournis à un niveau de qualité suffisamment concurrentiel. C’est le cas des services marchands car des acheteurs se manifestent pour y affecter leurs liquidités précieuses, à seule fin de les détruire par une consommation. Il subsiste par contre une interrogation sur la nature de biens et services, prétendus consommables ou tout au moins consommés, fournis à titre gratuit par les pouvoirs publics. Pour éviter toute discussion oiseuse sur la part de l’économie et celle des manœuvres politiciennes dans le fonctionnement étatique, nous pouvons nous contenter de ne retenir que celles qui font en parallèle l’offre de certains services marchands, services de santé, de sécurité ou d’éducation par exemple.
Il faut aussi trouver une clé de valorisation. Chiffrer les heures au prix de marché relatif à chaque cas serait trompeur. Cette valeur conventionnelle résulte d’un rapport de forces où l’économie spéculative joue un rôle considérable.
Par ailleurs, comment comparer les « utilités-mérites » des multiples et divers acteurs de l’économie réelle ? Quelle est la valeur comparée de l’heure d’activité d’un chirurgien qui fait des miracles avec ses dix doigts, d’une star du showbiz qui remplit les stades et les écrans en exhibant son anatomie, d’un entrepreneur qui met en place une branche de production d’intérêt mondial à partir d’une simple bonne idée, d’un ouvrier manuel qui martyrise ses articulations au service de ses concitoyens, ou d’un employé administratif qui passe son temps devant un guichet où il doit fournir à chaque visiteur intéressé le bon bordereau à remplir ?
Nous avons en fait le choix entre plusieurs rémunérations de référence :
- le smic horaire net, qui correspond en principe au strict minimum de consommation indispensable,
- le salaire horaire moyen, toutes professions confondues, qui représente à peu près deux fois le smic, autant que je sache,
- le salaire horaire de nos représentants élus pour nous représenter en toutes les circonstances d’importance nationale, à savoir nos députés préférés.
Je propose de prendre la première ou la seconde de ces propositions. Si l’on prenait la troisième, en divisant la rémunération moyenne nette qu’ils reçoivent dans leurs activités par le nombre moyen d’heures passées en commission ou dans l’hémicycle, activités pour lesquelles nos chers élus l’ont été (élus), le chiffre serait tellement gros que la valorisation à ce prix de toutes les heures utiles travaillées dans le pays conduirait probablement à un PIB supérieur au PIB mondial total.
Ce serait vraiment trop paradoxal. Même Zénon déclarerait forfait !
à plus …