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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Yanis Varoufakis en face des réalités

Yanis Varoufakis en face des réalités

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Les impératifs ternaires

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Son analyse macroéconomique est à la fois ingénieuse et bien fondée. Ses exposés sur le rôle globalement néfaste des activités spéculatives de haute volée menées par les organismes financiers, en complicité avec la politique des USA, sont convaincants. Sont-elles menées avec une intelligence subtile digne d’une « théorie du complot » de la plus haute volée, ou sont-elles le résultat d’une approche pragmatique à petits pas, alignés les uns après les autres dans une direction, celle qui convient expérimentalement aux joueurs disposant du plus grand nombre d’atouts ? Manifestement, il penche pour la première hypothèse.

En fait, cela n’a aucune influence pratique.

La théorie des jeux a quelque chose de remarquable, c’est qu’elle trouve toujours des explications aux phénomènes qui résultent de décisions humaines hasardeuses, mais suite à de mûres réflexions de la part des joueurs, quand elles aboutissent après coup à des résultats apparemment visés. Quand le résultat est piteux, c’est que ces joueurs n’ont pas bien mis en application la dite théorie.

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Cela n’a pas d’influence pratique, parce que d’après lui, mais il est loin d’être le seul à le penser, la situation présente est celle d’un échec, de plus en plus évident, des agissements du « Minotaure planétaire ». La finance internationale et ses supports politiques, les gouvernements du bloc Atlantique, pédalent dans la semoule.

Alors, point n’est besoin de chercher les responsables de cette situation, ce sont évidemment ceux qui ont mené le jeu depuis quarante ans. Cela défoule peut-être de le clamer mais cela ne débouche sur rien. L’important est de trouver une voie de sortie. De fait, la neutralisation du jeu des joueurs qui se sont mis eux-mêmes en échec est en cours, mais que faire derrière. Il y-a-t-il des modèles à imiter ?

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Yanis Varoufakis, lui, a engagé un jeu spectaculaire avec les responsables politico-financiers qui détiennent toutes les cartes intéressantes. Il consiste à essayer de désamorcer dans leurs mains les combinaisons qu’ils souhaitent voir jouer en Grèce. Il le fait d’une manière très subtile en les mettant en face de leurs propres contradictions, en leur expliquant qu’on ne peut pas avoir à la fois : une spéculation financière juteuse et sans risques (pour eux), des investissements indispensables (mais à retours lointains et progressifs), une consommation sans production, et une croissance avec une inflation maîtrisée.

Il marque des points dans les médias mais la suite, quelle sera-t-elle ? Même si son gouvernement essaye faire le ménage parmi toutes les incuries qui parasitent son pays, les choses ne vont pas se redresser d’elles-mêmes.

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Il est macro-économiste. Comme tel, il ne regarde que les circulations de liquidités. Or, ce qui fait la réalité de l’économie d’un pays, ce n’est pas l’arrosage ou le drainage monétaire, c’est la consolidation des millions de micro-activités des millions d’acteurs économiques, producteurs et consommateurs dans l’économie réelle. C’est la consolidation de millions de microdécisions de millions d’individus, avec chacun sa problématique en termes de besoins ressentis.

La microéconomie aussi peine à y voir clair, même dans des domaines limités et au ras des pâquerettes. Elle n’apporte pas un bien grand secours. La macroéconomie est de fait une émergence à partir d’un chaos nano-économique.

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Pour prendre une comparaison, ce qui se passe en économie relève de l’horticulture plutôt que des équations statistiques. Il ne suffit pas d’arroser un jardin pour recueillir des légumes. Certes, la sécheresse détruit la récolte donc il faut arroser en cas de besoin, mais l’excès d’arrosage noie ou rend malade les plantes.

Les gouvernements, sur les conseils de leurs économistes favoris, passent leur temps mettre en place des systèmes de drainage et d’arrosage sophistiqués et à jouer avec les pompes et les robinets pour liquidités monétaires.

Pour récolter, il faut non seulement un arrosage judicieux mais aussi : un bon terrain, bien ameubli et amendé, des bonnes graines ou plants, les outils convenables, un respect du temps qu’il fait et du calendrier, de la compétence pour bêcher, sarcler, tailler, tuteurer, semer, éclaircir, du travail et de la sueur, de la surveillance et de la lutte contre les nuisibles.

Certains jardiniers prennent en considération respectueuse les phases de la lune et rien ne les en fera démordre. D’autres s’en contrefichent. Il en est de même pour les économistes dans leurs œuvres, certains chouchoutent le libéralisme, d’autres le dirigisme. Ce qui compte en fait, c’est le résultat et il n’a rien de convaincant, dans un cas comme dans l’autre.

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Comme le jardinage, une économie réelle prospère nécessite de conjuguer beaucoup de choses convenables en qualité et en quantité, en gros : des moyens, des sources d’approvisionnement, des compétences, du travail humain, et le tout dans une perspective temporelle. Elle a besoin aussi d’une circulation adaptée de liquidités, ni trop ni trop peu, et au moment judicieux. Les bagarres de politiciens entre eux, et de financiers entre eux, autour des pompes et des robinets à liquidités, y causent des catastrophes.

Mais l’économie n’est pas le fait d’un jardinier, si haut soit son perchoir, elle est le fait de millions de petites mains dont les agissements se révèlent finalement soit complémentaires soit antagonistes.

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Yanis Varoufakis ne joue pas une partie à un contre un, la Grèce contre la Troïka (BCE, FMI, Commission Européenne), contrairement à ce qu’exposent les médias. Lui et tout le gouvernement d’Alexis Tsipras se trouvent confrontés à de nombreux autres pôles de pouvoirs organisés en triangles. La vie politico économique est une recherche perpétuelle d’équilibre entre des éléments organisés par trios.

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Revenant à notre héros grec, nous pouvons énumérer les triangles qui le concernent en priorité :

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La nécessité pour lui, bien sûr, de positionner convenablement ses actions entre ses idées propres, l’opinion publique de son pays, et les moyens dont il dispose par rapport à son terrain de manœuvre.

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Evidemment, prendre en compte les trois pôles qui écartèlent toute économie, le tandem consommation/production, l’économie financière, et l’activisme politique traditionnel de distribution/prélèvements.

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Mais aussi, en tant que ministre des finances, respecter le Triangle d’incompatibilité de Mundell, l’impossibilité d’avoir à la fois des taux de change fixes, une libre circulation des capitaux et une politique nationale de gestion monétaire adaptée aux contingences. C’est cette incompatibilité qui fait actuellement patauger l’union monétaire européenne.

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Mais encore, accepter le fait que l’économie est mondialisée, avec trois pouvoirs à la fois en concurrence et complémentaires, l’économie politique grecque, l’économie politique de la zone Euro, et l’économie politique mondialisée, concernée en particulier par tout le chaos dramatique au Moyen Orient, aux frontières de la Grèce.

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Enfin, arrêtons-nous au principal, tenir compte du Triangle de Sigaut.

L’économie est une émergence depuis une foultitude de nano-comportements. Ceux-ci dépendent du ressenti et des actions décidées sur le terrain par la multitude des acteurs économiques, surtout évidemment si l’on se trouve en confrontation avec l’économie mondiale. Déjà pour la Grèce, cela concerne onze millions de personnes (soumises en particulier par ailleurs à des contingences sociodémographiques).

Le triangle de Sigaut expose que chaque individu organise son comportement pour minimiser son inconfort ressenti, et que cet inconfort résulte de trois pôles qui écartèlent sa réflexion comportementale : son ego, sa perception des réalités tangibles qui le concernent, sa perception des « autres ».

L’économie politique grecque a besoin d’importantes réformes, tout le monde en convient. Les théoriciens de la « conduite du changement » ont établi que pour que des réformes puissent aboutir, il est nécessaire qu’une majorité supérieure à 66% des personnes concernées les accepte, sinon il y a blocage. Il y a donc un énorme effort pédagogique à engager avec succès de la part de son gouvernement. Il ne s’agit pas seulement de multiplier des discours ronflants qui, vu la nature du sujet, risquent de passer largement au-dessus de la tête des gens, il faut y apporter des éléments probatoires.

Cet effort pédagogique va impacter directement les 11 millions de triangles de Sigaut de la population grecque. Et de ce chaos doit émerger un consensus cohérent, allant dans le sens des réformes indispensables. Une gageure ?

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Bonne chance Monsieur Varoufakis !

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… à plus …

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D
Merci pour cet article .
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