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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Capitalisme, musculation et gonflette

Capitalisme, musculation et gonflette

Le capital, bon ou mauvais ? comme le cholestérol ?

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Dans le microcosme des macro-économistes, une controverse est apparue, le jeune Matthew Rognlie a contesté, avec semble-t-il des arguments convaincants, la théorie défendue par Thomas Piketty dans son best-seller « Le capital au XXIème siècle » comme quoi le rendement du capital était historiquement supérieur à la croissance de l’économie, d’où un accroissement continuel des écarts de revenu et des fractures sociales. Ce contestataire aurait prouvé que cela dépendait de la nature du capital, que c’était valable pour le capital immobilier mais que ce n’était pas une règle générale.

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Existerait-il donc un bon et un mauvais capital, comme pour le cholestérol ?

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Les économistes se sentent bien démunis pour sortir de leurs raisonnements traditionnels car ils ne savent plus réfléchir sans s’appuyer sur des masses de statistiques comptables, et il y a vraiment de quoi s’y noyer. En cherchant bien, un économiste peut d’ailleurs y trouver tout ce dont il a besoin pour défendre des positions dogmatiques. Ces spécialistes sont en fait trop loin de « l’économie réelle », celle du terrain des productions et des consommations, celle des métiers triviaux et des recherches d’emploi, pour chercher ailleurs que dans leurs données conventionnelles des pistes de raisonnement.

Donc, plutôt que les statistiques arrangeantes pour les uns ou pour les autres, regardons directement les réalités.

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Quand il est question de capitaux et de capitalisme, il s’agit évidemment des richesses enregistrées dans des actifs comptables. Elles peuvent être affectées à différentes utilisations.

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Il y a bien sûr la possibilité de les laisser dormir. Ce serait dommage car elles risquent alors de se déprécier progressivement du fait de l’inflation.

Il y a aussi celle de les affecter à de la consommation, acheter des produits consommables ou des services, les consommer, et donc vouer ces capitaux à une disparition des comptes de leurs propriétaires en échange d’une satisfaction personnelle de besoins ressentis. Or la consommation a forcément des limites, même pour des estomacs d’autruches capables de gober n’importe quoi, surtout si ça fait bling-bling.

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Il existe aussi deux autres natures d’affectation. Elles se conjuguent dans le langage habituel sous le vocable « investissement », mais aboutissent respectivement à des résultats très différents.

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La première, que l’on peut noter « investissement productif », consiste à acheter des ressources, biens, services ou travail humain, pour produire des réalisations qui seront mises sur le marché. Cela correspond à une croissance de l’économie marchande. Au fil du temps, ces ressources vont être consommées ou devenir obsolètes, donc vont disparaître. En contrepartie, l’investisseur va recevoir (du moins y compte-t-il) la rétribution de son capital sous forme de chiffre d’affaires. Son objectif est de faire un profit, donc que la vente des productions (et éventuellement du reliquat de ressources qui peut subsister sous forme d’actif) rapporte plus en valeur constante que la mise initiale.

Cet investissement peut être qualifié de productif car il « travaille » pour produire des richesses à consommer.

Il nécessite de la part de l’investisseur à la fois une attitude d’entrepreneur et une compétence concernant les technologies à mettre en œuvre et l’appréciation du marché à l’égard des produits concernés. La prise de risque est importante et il n’y a pas de parachute. Le profit peut être très intéressant, mais le retour sur investissement est généralement de plusieurs années au minimum.

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La seconde, qui pourrait s’intituler « investissement spéculatif » consiste à acheter la propriété de « supports spéculatifs » dont la valeur a toutes chances de croître à plus ou moins long terme : biens matériels, titres de propriété variés, etc.

Le retour envisagé peut varier, au choix de l’acquéreur, entre le 1/100ème de seconde dans le cas du trading à haute fréquence, et plusieurs dizaines d’années pour les « valeurs de père de famille ». Il est généralement conseillé de « prendre son bénéfice » trop tôt afin d’assurer le spéculateur contre les risques.

Les comportements nécessaires pour réussir sont le suivi attentif des cotes boursières et un activisme prétendu informatif à l’égard des boursicoteurs pour faire bouger ces cotes de manière favorable.

L’industrie financière a monopolisé l’investissement spéculatif et contrôle les bourses, ce qui lui permet de générer des retours sur investissement importants et réputés sans risques. Cette nature d’investissement n’entraîne aucune croissance des productions (donc des consommations) mais sert à faire gonfler indéfiniment les actifs financiers. Les supports sont de natures diverses mais peuvent être multipliés continuellement grâce à la titrisation de créances et grâce aux produits dérivés.

Pour les gros acteurs financiers, le jeu est quasiment sans risque dans l’état actuel des choses. La menace résulte des éventualités de défaut des emprunteurs. Si ces défauts sont limités et localisés, ceux qui en supportent les conséquences sont les épargnants primaires qui ont placé leurs économies dans l’activité bancaire. Si les défauts sont généralisés (crise financière) « too big to fail », ce sont les Etats donc les contribuables qui subissent l’effondrement.

Parmi les supports spéculatifs, les biens immobiliers sont très intéressants car leur valeur à terme ne peut que s’accroître indéfiniment : ils ne sont pas extensibles.

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L’investissement productif est indispensable pour ces deux raisons que sont la croissance démographique et l’évolution qualitative et/ou quantitative des besoins humains. Il peut être qualifié de « bon investissement ». C’est lui qui permet la croissance. Il permet de muscler la production.

Cependant il comporte des inconvénients qui le font dédaigner des possesseurs de capitaux et des dirigeants. Il est d’abord risqué d’une manière évidente. Il est facteur d’inflation car il nécessite d’investir, donc d’engager des liquidités de manière importante avant que la contrepartie sous forme de chiffre d’affaire commence à jouer, ce qui rebute les économistes superficiels. L’afflux de liquidités dans l’économie réelle sans encore de production marchande pour compenser le déséquilibre du marché a un effet inflationniste. Pour les productions, la concurrence conduit, dès que la production nouvelle devient significative, à une création de valeur décroissant vers une valeur marginale et le profit relatif tend à diminuer progressivement.

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L’investissement spéculatif est le réflexe traditionnel des détenteurs de capitaux importants. Il est pratiquement sans risque si l’investisseur sait répartir ses placements sur une variété suffisante de supports.

Il a deux inconvénients majeurs pour l’économie. Il tarit les sources d’investissement productif et condamne celui-ci à faire appel au crédit, donc à dépendre du bon vouloir des établissements financiers qui boudent tous les crédits risqués. Il installe un fossé grandissant entre les citoyens ordinaires et des capitalistes qui n’apportent à l’économie réelle rien d’autre que des tensions sociales et une distorsion des capacités productives vers les produits de luxe et de loisir.

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Pour répondre à la question initiale, il apparaît que le capital est neutre, sans odeur aurait dit Vespasien. C’est son utilisation qui peut être qualifiée de bonne ou de mauvaise.

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L’investissement productif dans l’économie marchande permet la croissance réelle (pas celle du PIB, mais celle des productions, des consommations et du plein emploi). Il muscle l’économie mais il nécessite de la clairvoyance et de la sueur.

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L’investissement spéculatif n’apporte rien à la croissance réelle mais au contraire la perturbe et l’affaiblit. Il induit des tensions qui peuvent s’exacerber et conduire à des phénomènes incontrôlables. Il sert simplement à certains (les fameux 1%), sans aucune activité entrepreneuriale ni prise de risque notable, d’éclabousser les autres par leur superbe tout en ne leur fournissant rien de concret pour faire face à leurs besoins avérés.

Ce n’est plus de la musculation de l’économie, mais de la gonflette des actifs comptables. Les acrobaties financières, les produits dérivés, les engagements hors bilan, les paradis fiscaux, les euphorisants boursiers, et les saignées, perfusions et transferts étatiques, remplacent les anabolisants, les injections de collagène, la chirurgie, les prothèses et autres artifices.

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Si vous regardez l’illustration en tête d’article, à votre avis, pour subsister par ses propres moyens dans un environnement chaotique, en partie hostile et aux ressources difficiles à extraire, ou bien pour s’aligner dans une compétition sportive, vaut-il mieux être configuré comme le personnage de gauche ou comme celui de droite ?

Autrement dit, dans la période de crise où nous sommes, vaut-il mieux une économie nationale productive bien musclée et bien proportionnée, ou une économie difforme à force de pratiques ne visant que le « paraître » et le « posséder » à des fins privées et/ou démagogiques ?

Notre système socioéconomique national est-il encore capable de bouger et de courir à bon escient ?

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… à plus …

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E
Votre blog est une source d'inspitation ! merci pour vos articles.<br /> Patrick.
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