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Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.

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Pas touche à mes frontières géographiques et mentales

Pas touche à mes frontières géographiques et mentales
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Débandade intellectuelle, pays et nations, migrants et réfugiés, clivages et recompositions sociales

 

Dans la presse, certains articles mettent en cause les frontières établies au Moyen-Orient après les deux guerres mondiales du vingtième siècle. Si des désordres (le mot est faible) surviennent, c’est que le découpage géographique de l’époque était vicié. Dans un tout autre registre, l’allusion faite par Madame Moreno à un « pays de race blanche » déclenche une avalanche de commentaires. Par ailleurs encore, un débat est ouvert sans être jamais refermé pour donner un sens concret à des mots comme « intégration », « assimilation », « migrant », « réfugié », qui font actuellement irruption dans l’actualité médiatique. Bien d’autres sujets pourraient aussi être pris comme illustrations d’un malaise généralisé relatif aux intersections entre les peuples.

Il est flagrant que les notions de pays, de nation, de peuple, de frontières géographiques, d’identité nationale, de valeurs communes, etc., se mélangent dans les esprits et dans les propos avec une confusion extrême. Chacun y met ce qui lui convient afin de placer sa petite personne et ses propres avis comme une référence incontournable dans une mouvance chaotique généralisée.

 

Cette désagrégation de la pensée unique nous rend incapables de prendre du recul en face de la situation actuelle, fortement secouée par des événements tragiques. Pour elle, les populations sont définies par des données administratives, les nations sont des entités conceptuelles figées pour toujours dans un ordre mondial d’essence supérieure, et les frontières sont immuables, sauf exceptions bien sûr.

De ce fait, la réflexion s’égare hors les réalités, dans un monde onirique. Il n’en résulte qu’un discours dérisoire, incapable de déboucher sur quoi que ce soit de pertinent. En substance, elle explique « Si des tensions surviennent et si des affrontements sanglants en découlent dans un pays comme la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, le Soudan, le Nigéria, la Lybie, … (les exemples ne manquent pas), ce ne peut être que pour deux causes pouvant se cumuler : un(ou des) fauteur(s) de trouble en interne créant une pagaille criminelle, et/ou des actions relevant de la géopolitique, venues de l’extérieur. Dans les deux cas leur objectif est de brouiller les cartes, pour des intérêts particuliers, à partir d’un contexte normal de rivalités naturelles relevant de concurrences roboratives, et donc bénignes ».

Il faut toujours chercher des boucs émissaires ailleurs que parmi ceux qui sont mortellement accablés, … des fois que cela nous arriverait.

Même si cette façon de voir semble à première vue satisfaisante, elle ne peut déboucher sur rien. Les analyses se révèlent presque toujours incapables de dégager pour agir un consensus suffisant sur l’identité et sur les motivations d’un ou plusieurs coupable(s) à neutraliser. Les intervenants potentiels se rencontrent sur les conséquences mais s’opposent sur les causes et sur les moyens. Leurs interventions officielles ou occultes, quand il y en a, se font dans la pagaille.

 

Le présent blog se contente mal des considérations trop binaires. Dans les crises, les causes sont généralement multiples et enchevêtrées, alors voyons plus loin.

 

Les frontières erratiques évoquées ci-avant et les violences concomitantes ne sont que des cas parmi une multitude. A titre d’exemple parmi bien d’autres, voici quelques liens qui montrent les fluctuations de frontières en Europe occidentale, chez nous en particulier, au cours des siècles :

 

- La Gaule au premier siècle  http://www.bookine.net/gaule-carte.JPG

- La carte du traité de Verdun (9ème siècle) http://www.cartesfrance.fr/cartes/histoire/division-traite-verdun-843.png

- La France au tournant 12ème / 13ème

http://www.cartesfrance.fr/cartes/histoire/carte-evolution-france-1180-1223.gif

- Europe 1740

http://www.exploracours.fr/Images/europe_en_1740.jpg

- Empire - 1812

http://www.cartesfrance.fr/cartes/histoire/departement-france-napoleon-1812.png

- La carte actuelle de la France, avec les territoires d’Outre-mer, pourrait être ajoutée mais elle est connue de tous.

 

Là comme ailleurs, ces errances de frontières ont entraîné énormément de dommages humains collatéraux. Elles s’accompagnèrent de nombreuses conséquences négatives mais aussi positives. Des agissements politiques avaient évidemment exploité les clivages qui existent au sein de toute population et entre les populations voisines, clivages  dont jouent les leaders à tous les niveaux, afin de développer leur pouvoir en concurrence les uns avec les autres.

Le tout a été instrumentalisé après coup, avec des variantes selon les époques, pour élaborer des « mythes fondateurs » et justifier des « politiquement corrects » obséquieux à l’usage des générations présentes et suivantes. Des fauteurs de troubles ont alors été pointés du doigt par les historiens, en fonction souvent de préjugés dogmatiques, à partir de données plus ou moins complètes et dignes de foi.

 

Les clivages internes à une collectivité humaine sont aussi anciens que l’Humanité. Ils fluctuent, se creusent ou se déplacent, et ils sont généralement imputés par l’individu ordinaire à des activistes politiques, engagés par leurs luttes de pouvoirs dans des concurrences féroces. Devant les difficultés, évidemment, il faut toujours trouver des explications mettant en cause des « autres ». Mais ce fonctionnement, dans des dimensions allant du clanique réduit jusqu’au géopolitique, n’est-il pas simplement lié à l’espèce humaine, à « l’homo » prétendument « sapiens » ?

Après tout, ces agités politiques sont de la même espèce que nous, leurs  comportements sont traditionnels chez les humains. Les anthropologues en ont relevé des comparables chez les animaux. Les conflits armés et les luttes territoriales ne seraient que l’expression d’un « besoin inné » de structuration interne de l’espèce humaine (un sous-genre des primates). Quand ils émergent de la foule, dans notre espèce comme ailleurs, les leaders ont plus de pouvoir que les autres, l’exercent et le renforcent.

L’espèce humaine étant très ingénieuse et industrieuse, chez elle les conflits de personnes, de clans et de territoire, peuvent à la fois prendre des dimensions gigantesques, avoir des conséquences extrêmes, et présenter des complexités presque indéchiffrables, objets d’analyses contradictoires selon les inclinations des commentateurs.

 

A la décharge des commentateurs actuels, il semble néanmoins que nous sommes dans une période d’accélération de l’Histoire et de ses cahots. Elle est probablement causée par la mondialisation de l’économie, par les proliférations diverses liées à la croissance démographique, par le développement des moyens de transport, par les progrès des moyens de transmission des informations (exactes, tendancieuses ou falsifiées, comme toujours), et par la gloutonnerie ordinaire, le « toujours plus » de tout, et en particulier de tout ce qui est nouveau : le progrès technologique joue comme un accélérateur.

Cependant, toutes ces considérations ne conduisent qu’à faire tourner en rond des constats, sans pouvoir déboucher. Abordons donc la question sous un autre angle : à quoi tient la stabilité d’une nation et de ses frontières ? Qu’est-ce qui la fragilise et peut la livrer finalement, avec plus ou moins de résistance, aux dépeceurs ?

 

Afin de simplifier le raisonnement, adoptons la convention suivante : une nation est la conjonction d’une population, d’un espace géographique (un pays) et d’un système politique, le tout étant couvert par tout un ensemble de considérations administratives et réglementaires. Sans cette convention, quelques pages ne suffiraient pas pour tenter de répondre, sommairement comme ci-après, à la question précédente.

 

Pour exister en tant qu’entité, il faut un nom à la nation (une identification), par exemple « la France ». Mais pour exister dans les esprits en tant que collectivité identifiable, il lui faut une collection suffisante de points de repère sur lesquels son peuple puisse converger. Là, ça se complique car pour créer cette convergence il faut attirer une large majorité, malgré toutes les différences individuelles, et malgré la concurrence naturelle entre les individus qui pousse chacun à se diversifier des autres.

A l’observation, il est possible de reconnaître différentes natures de repères de convergence, qui jouent un rôle pour établir une identité nationale. Retenons particulièrement : le lieu de naissance et les souvenirs communs qui s’y rattachent, la langue parlée, l’origine ethnique, l’éducation et l’instruction, les croyances dogmatiques de toute nature (convictions religieuses, convictions politiques, convictions économiques, convictions scientifiques ou assimilées, convictions humanitaires, convictions écologiques, etc.), mais aussi l’espérance d’une collaboration fructueuse entre ressortissants et la séduction charismatique d’une équipe de dirigeants.

Il ne suffit pas de les énumérer, il faut aussi avoir des critères pour apprécier s’ils sont suffisamment respectés. Il leur faut aussi des ordres de préséance pour choisir entre eux s’ils se trouvent en contradiction dans des situations courantes.

C’est cette identité nationale au complet qui fédère un peuple et lui permet de résister aux tentatives de déstabilisation venant de l’interne ou de l’externe.

 

Il existe de nombreuses causes naturelles de clivages sociaux : les évolutions technologiques des pratiques opérationnelles (au sens très large), les évolutions de pouvoir d’achat et les envies qui en découlent, la démographie, les évolutions environnementales, les évolutions dogmatiques, etc. Les agissements volontaires des activistes, internes ou externes, vont venir s’y surajouter. Si les tensions sont trop fortes, les dislocations s’amorcent et peuvent mener à des implosions ou à des explosions.

 

La séduction d’une équipe de dirigeants est citée en dernier parmi les repères de convergence car, pour le subconscient d’un administré ordinaire, la tour de contrôle de la nation est le support incarné de tous les attendus. C’est ce qui conduit l’individu à se ranger docilement derrière sa dominance. Il attend de ses dirigeants qu’ils endossent dans l’ordre de ses propres préférences les repères qu’il adopte, et qu’avec une compétence opérationnelle avérée, ils les brandissent comme un étendard pour mener les foules vers un paradis terrestre relatif.

 

L’espèce humaine a mis en place progressivement un système de fonctionnement ultra-complexe constitué de toutes les interactions de fait entre tous les habitants de la planète. Les nations s’inscrivent comme une segmentation de cette gigantesque construction, bâtie de bric et de broc au cours des siècles.

Confrontés à cette complexité, les humains ont été contraints par les faits de se spécialiser. Les activistes politiques ne sont finalement qu’une variété particulière de spécialistes parmi d’autres. En tant que spécialistes, par leurs activités, dans chaque pays, ils se cantonnent de fait dans un microcosme. C’est de ce microcosme qu’émergent les dirigeants, par un processus de sélection interne.

Il offre un conglomérat de confrontations pour l’acquisition des pouvoirs les plus gratifiants. Il s’agit donc pour les postulants, avant toute autre considération, d’en expurger leurs rivaux.

En conséquence, les caractéristiques indispensables à un rôle de dirigeant important sont la capacité d’écraser des gêneurs, et la capacité de rassembler des suiveurs pour être soutenu dans ses ambitions.

Les dirigeants suprêmes sont des virtuoses dans les activités de nuisance et dans l’art de promettre en laissant à d’autres le rôle de tenir leurs promesses démagogique et de payer les pots cassés qui s’ensuivent.

Après leur accession aux pouvoirs, il se révèle généralement qu’ils n’avaient guère que ces deux outils dans leur sacoche, mais à des niveaux inégalés.

 

Toujours est-il que, pour qu’une unité nationale soit suffisante, il est indispensable qu’existe en arrière plan un ensemble de valeurs partagées servant de points de repère pour la convergence indispensable. Le problème est que les activistes politiques évitent d’en débattre sérieusement car ils s’imaginent pouvoir les incarner, toutes à la fois aux yeux des foules, en dépit de toutes leurs contradictions et de leurs incohérences insurmontables. Pour ne citer qu’un exemple, la liberté individuelle et les intérêts communs se trouvent régulièrement en opposition dans les faits, et il s’agit d’arbitrer en satisfaisant tout le monde.

Plus ils essayent de ratisser large leurs suiveurs, plus ils apparaissent comme inconsistants aux yeux de leurs concitoyens, en regard de la véracité de leurs engagements et de leurs capacités à tracer la route. Ce désenchantement est d’autant plus accusé quand leur comportement se révèle en opposition avec leurs professions de foi.

La piètre image qu’ils donnent en ce moment chez nous se reflète dans tous les sondages.

 

La question des migrations rejoint cette problématique des valeurs. Des gloses savantes sont développées pour cataloguer migrants et réfugiés. Dans tous les cas pourtant, il s’agit de personnes humaines confrontées dans leur pays à des conditions de vie insupportables, et qui cherchent à se poser ailleurs, pour y trouver un équilibre. Dans le fond pourquoi les distinguerait-on …

Une distinction entre migrants et réfugiés ne peut être faite que sur la base des systèmes de valeurs. Parmi elles, les valeurs de base de la vie économique (solidarité, partage, droits de propriété, etc.) sont une chose importante mais ce n’est pas tout, d’autres sont indispensables à une vie harmonieuse en collectivité.

Les réfugiés connaissent par expérience celles du pays qu’ils abandonnent. S’ils espèrent y retourner, c’est pour les y retrouver, en pensant qu’elles pourront y ré-émerger. Ils sont des réfugiés en attendant le retour au bercail. D’une certaine façon, ce sont des touristes qui attendent un billet de rapatriement.

S’ils récusent les perspectives de retour, s’ils aspirent à autre chose, souvent sans bien savoir quoi, ils sont des migrants. Mais il n’est pas du tout garanti pour autant qu’ils seront satisfaits de ce qu’ils rencontreront comme valeurs cultivées là où ils atterrissent.

 

Immanquablement, nous débouchons alors sur la distinction entre intégration et assimilation.

L’intégration : Si les migrants acceptent, sans restriction, les valeurs en vigueur à leur point de chute, s’ils les intègrent telles qu’elles à leur façon de voir, il pourra être question d’intégration. Il s’agit là pour eux de respecter sans exclusivité toutes les valeurs en place, en France par exemple (en principe) l’égalité des sexes, le respect mutuel, le respect de l’environnement et des lieux de vie, etc.

Dans le cas contraire, une alternative se présente.

L’assimilation : La nation qui les accueille fait alors évoluer son système de valeurs (et donc sa réglementation) pour essayer de le rendre compatible avec celui des arrivants. Mais alors, attention à ne pas dénaturer le système en vigueur sous peine de faire éclater l’unité nationale. On sait ce que l’on perd mais on ignore ce que l’on gagnera (et s’il y a quelque chose à gagner). Il faut des efforts de part et d’autre. Après ce mixage, le système social sera-t-il capable de résister, de fonctionner, et de continuer à maintenir une cohésion suffisante ?  Rien n’est moins sûr.

L’autre branche de l’alternative n’est que l’expulsion, expulsion ferme mais sans pour autant inhumaine, évidemment.

 

Au fait, c’est quoi le système de valeurs qui assure une identité nationale pour la France ? Si l’on ne se pose pas la question ou si l’on est incapable d’y répondre collectivement, il va être difficile de s’y reconnaître entre migrants ou réfugiés, entre intégration ou assimilation ou expulsion, … et entre cohésion ou désintégration progressive de la structure de la nation, du pays et du paysage.

 

… à plus …

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