Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
Parenthèse dans la pause
Selon le palindrome bien connu, Esope reste ici et se repose. Néanmoins, pour ne pas faillir à son habitude maintenant établie, il interrompt brièvement son repos pour applaudir au dernier article d’Henri Regnault, « La crise n° 25 ».
http://www.ieim.uqam.ca/spip.php?page=article-ceim&id_article=8527
Une fois de plus, j’y souscris entièrement, d’autant plus que dans son dernier point « Mes sous » il est en parfaite concordance avec mon très récent billet sur le côté grotesque du marchandisage outrancier qui frappe l’économie.
Néanmoins, pour apporter mon grain de sel, je voudrais relever que les solutions proposées dans cet article, me semble-t-il, misent sur une prise de conscience généralisée de ce qui est raisonnable et de ce qui ne l’est pas. Il fait appel à une prise de conscience, in fine, suffisamment généralisée au sein des multiples acteurs de l’économie : dirigeant politiques, dirigeants économiques, masse des producteurs effectifs à la manœuvre, masse des improductifs répertoriés ou ne générant que de l’agitation, le tout baignant dans une religiosité dévote à la consommation et à toutes ses fantaisies.
La société humaine, tant d’un point de vue mondial que national, est composée d’une multitude d’individus en interaction les uns avec les autres. Ils sont emprisonnés dans un réseau de contraintes hétéroclites qui reposent sur toutes sortes de liens formels ou informels tissés au cours des ans sur la base de considérations de multiples natures. Il y a bien sûr les contingences factuelles, mais aussi tout le tissu clanique plus ou moins imprégné de sectarismes divers. Il y a les intérêts individuels, convergents ou divergents, entre des personnalités forcément toutes complexes car humaines (cf. les psychologues). Il y a les substrats de principes idéologiques parfois très antagonistes. Il y a tous les impératifs incontournables de nature technocratique. Etc.
Tous ce relationnel entre individus ou collectifs hétéroclites se traduit par des tensions multiples dont l’accumulation conduit à des « sociétés bloquées » incapables de s’adapter aux évolutions de leur environnement.
Je voudrais ici faire un rapprochement avec la résistance des matériaux hétérogènes aux contraintes qu’ils subissent.
Quand les tensions entre leurs composants intimes restent faibles, nous nous trouvons en face de matériaux plastiques, comme la pâte à modeler, capables de se plier à toutes sortes de modifications imposées mais sans aucune fiabilité structurelle. Cela manque de tenue, et pour faire face à des objectifs un peu contraignants, ce n’est pas sur ce type de matériau qu’il est possible de s’appuyer.
Avec un réseau de tensions plus structurées, nous trouvons des matériaux plus ou moins plastiques. Comme extrêmes, nous pouvons prendre le plomb d’un côté et l’acier doux d’autre part. Les tensions internes existent, elles permettent de donner de la structure aux objets fabriqués, de les rendre opérationnels, mais restent suffisamment dociles pour permettre des adaptations aux évolutions subies. Un fil de fer ordinaire est solide, permet de supporter des charges importantes, mais il se plie aux besoins et, sous réserve de quelques précautions de manipulation, il peut être étiré, embouti, reforgé, poinçonné, etc.
En montant dans la gamme des matériaux où les tensions internes sont fortes, nous rencontrons les matériaux élastiques.
Ils sont capables d’une certaine adaptation aux contingences, mais ensuite, dès qu’ils le peuvent, ils retournent à leurs tensions bien autoentretenues. Nous pouvons évoquer là les aciers alliés, les matériaux composites fibres-liant, etc. Au-delà d’une certaine charge, ils se brisent comme la lame d’un ressort.
Enfin, à partir d’une accumulation de tensions entre composants, le matériau est très dur, érode les autres, mais est incapable d’adaptation à n’importe quelle adaptation aux charges externes. Il ne peut évoluer que par des dislocations, des fractures, donc en se détruisant brutalement devant les évolutions des contingences. Entrent dans cette catégories les aciers fortement alliés, reforgés et trempés, les céramiques, etc.
Dans les collectivités humaines se retrouvent toutes les nuances. Elles s’éparpillent selon un large éventail. D’un côté se trouvent les regroupements de foules rassemblées fortuitement, sans relationnel établi entre individus, et incapables d’actions collectives faute de structures. De l’autre se placent les collectivités hyper-structurées, bardées d’organisations et de règlementations, truffées de dispositions de conservation des situations acquises, incapables d’adaptation aux évolutions du contexte, et vouées à la dislocation violente et destructrice quand les charges augmentent continument.
L’histoire, surtout récente, regorge d’exemples des différents types.
Notre société nationale est-elle capable encore de plasticité ?
à plus …