Observation irrévérencieuse des "vaches sacrées" de l'Economie mondiale, plutôt destinée aux curieux qu'à ceux qui savent déjà tout du système socioéconomique. Si vous le trouvez parfois provocateur, ce n'est pas fortuit.
Une analyse lucide de plus par Henri Regnault
Encore une fois bravo à Henri Regnault pour le dernier numéro de sa publication régulière :
http://www.ieim.uqam.ca/IMG/pdf/la_crise_no26.pdf
Ces commentaires viennent avec du retard, mais mieux vaut tard que jamais.
Je voudrais simplement mettre en exergue quelques points qui me semblent particulièrement importants car complètement passés à l’as par les commentateurs habituels.
D’abord le côté fallacieux du PIB comme indicateur de croissance. Rien que par l’inflation et la spéculation, sans croissance réelle, le PIB grimpe mécaniquement et cela suffit souvent pour contenter les instances officielles.
Ensuite la nécessité d’une monnaie de référence indépendante des intérêts particuliers du monde financier et des pressions politiques. Avant l’abandon de la convertibilité du dollar, l’or jouait à peu près ce rôle. Pour ma part, je considère que les taux de change devraient prendre aussi en compte la réalité des niveaux de vie dans les différentes zones monétaires. Comme les comparaisons entre modes de vie différents ne sont pas toujours évidentes, il faudrait prendre l’avis de sociologues sur la base de « paniers de consommation » considérés comme équivalents et chiffrés en monnaie locale.
Enfin, je crois que quand on parle de croissance réelle, il faut savoir de quelle croissance on parle. Le PIB est contestable comme indicateur, mais le taux d’emploi aussi. Dans la « production réelle », ne doivent être pris en compte que les produits ayant une valeur marchande et qui sont destinés à la consommation. Le citoyen ordinaire demande des produits qui correspondent à ses besoins, pas des prestations qui lui coûtent et dont il n’a que faire. Peu importe qu’ils soient diffusés par le canal de la distribution marchande, et payés en espèces sonnantes et trébuchantes dans un contexte de concurrence permettant un choix, ou qu’ils soient fournis par les services étatiques et payés par l’impôt ou les prélèvements obligatoires.
Ce que demande le citoyen, c’est d’avoir ce qui lui convient en échange de son argent. Les services de santé, d’instruction, de police ou de justice entrent dans ce cas dans la mesure où leurs prestations lui semblent convenables par rapport à leur coût. N’y sont pas les services administratifs surabondants, producteurs de formalités inutiles, ni toutes les prestations qui relèvent de la représentation publique mais qui ne sont que des fromages pour une foultitude de professionnels qui en profitent et qui ne délivrent que des discours contradictoires et souvent de mauvaise foi, ou des participations à des instances sans aucune utilité réelle sinon de servir de réserve de partisans pour le clan au pouvoir. Dans les grandes entreprises, le phénomène de la « niche dorée » existe aussi pour des raisons de politique interne, mais il est freiné par la nécessité de rentabilité.
Quand Henri Regnault évoque le parasitisme des spéculateurs, il n’épuise donc pas le sujet. Les emplois rémunérés, sans participation à la production réelle, créateurs d’agitations stériles sinon de nuisances, peuvent entrer dans la même catégorie. L’emploi est donc aussi à regarder de près quand à la « réalité de la participation » de certains à la vie économique.
Pour essayer d’échapper aux indicateurs, s’agissant de la croissance économique, le sujet qui vient probablement en tête est celui de l’investissement. Il a déjà été abordé sur ce blog. Là encore, il ne s’agit pas de se laisser piéger.
Ce n’est pas parce que des liquidités supplémentaires sont laissées à la disposition des entreprises que la croissance réelle va se déclencher :
- Il y a celles qui vont les orienter vers la spéculation, soit directement, soit par l’intermédiaire de l’épargne des hauts revenus. Grâce aux exploits de l’industrie financière, les placements spéculatifs sont souvent perçus comme plus rémunérateurs et moins risqués que l’investissement productif dans les équipements, dans la recherche de nouveaux produits, dans la formation, ou dans l’embauche de sang nouveau.
- Il y a celles qui vont racheter des entreprises déjà existantes, telles que certains de leurs fournisseurs ou concurrents. L’effet sur la production est nul et l’effet sur l’emploi est souvent négatif, pour raison d’économies d’échelle.
- Il y a celles qui vont investir à l’étranger, pour conforter leurs débouchés. L’effet sur la production domestique et sur l’emploi est alors nul ou négatif (désindustrialisation) et le risque est grand d’évasion de technologies intéressantes.
Pour être efficace au niveau national, « l’investissement aidé » des entreprises doit réunir certaines conditions :
- Ne pas servir à prolonger en pure perte l’agonie de celles qui se sont réfugiées dans des technologies dépassées, ou qui n’ont pas anticipé l’évolution des marchés et de la concurrence extérieure.
- Etre réellement de l’investissement productif et non l’utilisation de fonds à d’autres fins, sans utilité vis-à-vis de la production réelle.
- Se situer sur des secteurs porteurs.
- Ne pas être distribué n’importe comment. Il y a des entreprises qui ont des réserves qu’elles consacrent à la spéculation ou d’autres usages sans utilité vis-à-vis de la production. Il convient qu’il soit sélectif, afin d’affecter les moyens (rares et précieux) à celles qui en ont réellement besoin.
- Viser, si possible, l’exportation pour rétablir la balance commerciale.
Comme quoi, l’aide à l’investissement ne doit pas être saupoudrée indifféremment mais plutôt concentrée sur les entreprises qui sauront l’utiliser à « faire de la croissance » et, à ce titre, qu’elle se situe dans le cadre de projets précis qui puisse faire l’objet et d’un contrôle.
à plus …